IL EST VENU, IL VIENT, IL VIENDRA. 1er dimanche de l’Avent A

IL EST VENU, IL VIENT, IL VIENDRA

(Mt 24, 37–44)

1er décembre 2019

1er dimanche de l’Avent

A par­tir d’aujourd’hui tous nos regards sont tour­nés vers Noël. Nous nous y pré­pa­rons pen­dant quatre semaines, parce qu’il n’est pas pos­sible d’entrer tout de go dans un tel évè­ne­ment ; il nous faut du temps pour y pré­pa­rer notre cœur, pour que l’attente puisse gran­dir et tout à fait nous habi­ter. La litur­gie nous aide. Dans l’évangile, Jésus « nous parle de sa venue », à tra­vers tous les alea, les dan­gers et les sur­prises de notre temps. Nous sommes donc invi­tés à médi­ter sur le mys­tère de cette venue du Seigneur Jésus, pour alors pou­voir mieux l’accueillir à Noël. Le temps de l’Avent (adven­tus) est lit­té­ra­le­ment le temps de la Venue. Mais que signi­fie pour nous cette annonce que la litur­gie nous redit : le Seigneur vient ?


En fait elle nous dit : Il est venu, il vient, il vien­dra. Passé, pré­sent et ave­nir. Car, bien sûr, nous célé­brons un évè­ne­ment du pas­sé. Notre foi plonge ses racines dans deux mille ans et même quatre mille ans d’histoire. Mais notre vie n’est pas pour autant pro­gram­mée depuis tou­jours, et nous ne fai­sons pas que rejouer chaque année, indé­fi­ni­ment, un sce­na­rio écrit jadis. Parce que, s’il est vrai qu’il est venu, il est aus­si cer­tain qu’il vient encore aujourd’­hui, et d’ailleurs aus­si qu’il vien­dra. (C’est le der­nier mot de notre évan­gile.) Il vien­dra, mais quand ? On attend tou­jours cette venue en gloire, et plus on l’attend, plus elle s’éloigne… La parou­sie est si impré­cise qu’elle a per­du toute force d’attraction.
Il ne fau­drait donc pas lais­ser notre foi être comme pha­go­cy­tée par un ave­nir impro­bable, et pas non plus par le pas­sé nos­tal­gique. Mais il nous faut mal­gré tout gar­der à l’esprit toutes ces dimen­sions du mys­tère de Jésus, venu dans le pas­sé, qui vient aus­si aujourd’­hui, et que cepen­dant nous atten­dons encore. On ne peut pas fixer sa venue en un moment, en l’année 0, parce que la pré­sence de Jésus est dyna­mique. Le Seigneur que nous prions, que nous écou­tons et que nous ser­vons dans nos frères et sœurs « nous prend en che­min ».
Aujourd’hui, dans l’incertitude qui nous habite, nous serions ten­tés de nous conten­ter du pré­sent, mais la pré­sence ne peut pas nous com­bler. On parle beau­coup d’une spi­ri­tua­li­té de l’‘ici et main­te­nant’. C’est bien, mais il ne fau­drait pas nous noyer dans un pré­sent abso­lu qui nous ferait oublier le pas­sé et le futur. Le pré­sent doit être res­pon­sable, conscient de tout le pas­sé reçu, et aus­si ouvert sur un ave­nir, accueillant pour ce qui nous sera don­né. Le pré­sent ne devrait pas épui­ser notre attente. En tout cas, la pré­sence de Jésus par­mi nous, en nous, est une grâce qui ne peut nous com­bler, nous ras­sa­sier ; elle est tou­jours habi­tée par une attente.

Nous atten­dons Jésus à Noël, comme on dit qu’une mère ‘attend un enfant’. (Il fau­drait qu’une femme puisse par­ler ici à ma place. Ça vien­dra bien­tôt, j’espère.) Son enfant est là, bien pré­sent (oh com­bien !), — mais il n’est pas encore là. C’est cela attendre : savoir que l’être aimé est pré­sent, mais aus­si qu’il doit encore venir, ‘venir au monde’. Le Dieu que nous atten­dons, nous le por­tons en nous, au plus intime de notre cœur, mais il nous faut encore le mettre au monde : tel est bien notre voca­tion chré­tienne.
Pendant ce temps de l’Avent, nous sommes invi­tés à vivre plus inten­sé­ment ce mys­tère de la pré­sence de Dieu en nous. Dimanche pro­chain il sera ques­tion de Jean-Baptiste, celui qui pres­sen­tait déjà qu’« il y a par­mi nous quelqu’un que vous ne connais­sez pas… il vient après moi… » La litur­gie nous pré­sen­te­ra ensuite Marie qui « gar­dait tout cela en son cœur et le médi­tait… ».
Oui, nous por­tons Dieu en nous ; il y a en nous cette « image de Dieu », impri­mée au plus vrai de notre être, ins­crite, dès la Création, en tout humain. Il faut faire confiance en cette pré­sence mys­té­rieuse. Certains parlent ici d’‘embryon divin’. Il faut l’accueillir, le pro­té­ger, le nour­rir. Thomas Merton a un jour très bien évo­qué cette pré­sence : « Au centre de notre être est un point qui est vierge de péché et d’illusion, une étin­celle qui appar­tient entiè­re­ment à Dieu, qui ne nous appar­tient jamais. Cette petite pointe de pau­vre­té abso­lue est la gloire de Dieu en nous. C’est pour ain­si dire, son Nom écrit en nous, sous forme de notre indi­gence, de notre qua­li­té de fils et files de Dieu »

Mes frères, mes sœurs, oui, res­tons pré­sents à cette pré­sence de Dieu en nous. Comme nous y invite la litur­gie par la voix de saint Paul, accueillons ce temps de l’Avent, qui est un temps favo­rable pour nous éveiller et pour voir poindre le jour de la venue du Seigneur en nous et par­mi nous. Nous savons que, pour cela, il faut prendre du temps, un temps de silence et d’adoration, le temps de la patience, si néces­saire pour que gran­disse en nous cet ‘embryon divin’, pour qu’il puisse venir au monde, dis­crè­te­ment, res­pec­tueu­se­ment, — évi­dem­ment. C’est un temps d’attente confiante, aimante, pleine d’espérance, mais aus­si déjà plein d’énergie pour répondre aux exi­gences de celui qui va venir. Même dans le fra­cas des évè­ne­ments ter­ribles que nous décrivent les apo­ca­lypses de la Bible, comme d’ailleurs aus­si les media, chaque jour, même dans l’incertitude sur l’avenir qui pour­rait nous faire perdre cou­rage, il est pos­sible et néces­saire de res­ter pré­sents à cette pré­sence de Dieu en nous. Quand nous en pre­nons mieux conscience, per­son­nel­le­ment, nous réa­li­sons alors aus­si qu’il est éga­le­ment pré­sent en cha­cun de nos frères et sœurs, et nous pou­vons d’autant mieux les res­pec­ter et les ser­vir.
Car cette pré­sence de Dieu en nous est active : elle est com­mu­nion à l’action de Dieu qui nous engage, cha­cun, là où nous sommes, pour construire un monde nou­veau où, « de leurs épées, les hommes for­ge­ront des socs de char­rue et de leurs lances, des fau­cilles ». Chacun à sa place, au fond d’un monas­tère, der­rière les cas­se­roles, à une place déci­sive pour la socié­té, — sim­ple­ment à notre place, nous pou­vons voir où sont les épées et les lances qui attendent notre inter­ven­tion, pour les conver­tir en ins­tru­ments de paix. Prions les uns pour les autres pour que nous soyons tou­jours davan­tage éveillés à cette pré­sence agis­sante de Dieu en nous, pour que nous deve­nions à notre tour des arti­sans de paix, de joie et de com­mu­nion.

Fr Pierre de béthune

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