Fra Angelico

3ème dimanche TO. A

3ème dimanche TO. A

Is 8, 23b – 9, 3
Mt 3 12–23

26 janvier 2020

Voici deux semaines, le P. Pierre et moi-même, nous ren­trions d’un séjour pas­sé à Kinshasa dans le monas­tère de Mambré . Aujourd’hui encore de manière actuelle et concrète, les textes lus ce matin revêtent un sens pro­fon­dé­ment vrai, ancré dans l’histoire humaine. . Les ténèbres de la nuit, les Congolais la vivent non pas comme les dépor­ta­tions des régimes du nord de la Palestine sous Teglat-Phalasar en 732 avant notre ère, mais dans la vie de tous les jours, dans la misère où les plus pauvres sont taxés de 40 %, extor­qués sur leur mini­mum vital.

Les ténèbres conti­nuent à enve­lop­per le monde entier d’une nappe de brouillard. Et la lumière de l’Évangile tel le rayon du soleil trans­perce l’horizon et apporte sa lumière au monde. Un matin, pen­dant que nous chan­tions les Laudes à Kinshasa, nous avons vu sur­gir l’œil rouge du soleil écar­tant sou­dain l’obscurité de la nuit. Nous venions de célé­brer trois pro­fes­sions solen­nelles et nous enten­dions Jésus pro­cla­mer : « Convertissez-vous et croyez à la bonne Nouvelle ».

Quelle est donc cette lumière qui s’est levée avec la venue du Christ Jésus ? L’essence du sym­bo­lisme de la lumière mani­feste une double capa­ci­té : celle d’éclairer et de trans­for­mer. Dans la tra­di­tion juive, le mes­sage divin se trans­met par les Tables de la Loi, la Torah, et 613 pré­ceptes de vie. Comme la lumière est por­tée par l’huile, la mèche et la flamme, le juif pra­ti­quant res­pecte ses com­man­de­ments. Elle s’impose par sa sim­pli­ci­té ; elle est le sym­bole par excel­lence à la fron­tière de deux uni­vers, le visible et l’invisible ; notre monde et celui de Dieu.

Pour nous chré­tiens, cette Lumière nous est don­née par la per­sonne de Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu. Lumière de nos gestes sur la terre, Lumière de Dieu, ou plus exac­te­ment Lumière qui rayonne du mys­tère divin. Jésus est bien l’Homme-Lumière qui entre dans nos vies si nous l’accueillons pour nos éclai­rer et nous trans­for­mer.
Dans la Genèse (1. 17–18), nous lisons : « Dieu pla­ça deux lumi­naires au fir­ma­ment du ciel pour éclai­rer la terre, pour com­man­der au jour et à la nuit, pour sépa­rer la lumière et les ténèbres et Dieu vit que cela était bon » et dans le psaume 104, nous chan­tons : « Dieu se revêt d’un vête­ment de lumière ». Cette lumière est à la fois natu­relle ; elle est aus­si d’ordre inté­rieur, mys­tique, où le Christ se révèle le Fils du Père, l’icône du Dieu invi­sible.

L’Homme–Lumière, habi­té par le Souffle divin, l’Esprit-Saint, envoyé par le Père, dans l’Evangile de St Matthieu, relie le choix des pre­miers dis­ciples à cette mis­sion qui lui est confiée au Baptême : « Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est tout proche » (Mt. 4. 17). Ils sont appe­lés pour faire leur cette vision de la lumière, la décou­vrir, la connaître, recou­vrir leur être du rayon­ne­ment de cette lumière et ensuite la trans­mettre à ceux qui les entourent. Chaque matin, nous chan­tons à Laudes : « Tu es venu, Seigneur, dans notre nuit, tour­ner vers l’aube nos che­mins. Le tien pour­tant reste caché, l’Esprit seul nous découvre ton pas­sage… ».

Comment ne pas avoir sous les yeux la veillée de la nuit pas­cale. Devant les braises de feu qui sont appor­tées, le célé­brant pro­clame : « Christ, Alpha et Omega, début et fin de toutes choses » tout en mar­quant ces signes sur le cierge pas­cal, évo­quant le Christ. Ensuite, toute l’assemblée écoute l’annonce pas­cale : « Exultez de joie, mul­ti­tude des anges…exultez, ser­vi­teurs de Dieu, son­nez cette heure triom­phale… ». A la fin du chant, cha­cun prend la bou­gie qu’il a reçu et reçoit la lumière du Cierge pour la trans­mettre à son voi­sin en chan­tant : Christ est res­sus­ci­té, Christ est vrai­ment res­sus­ci­té ». Tel est le témoi­gnage fort, visible et invi­sible que nous nous trans­met­tons depuis le temps des Apôtres.

Dans la deuxième par­tie de l’Evangile de ce jour, Jésus choi­sit ses dis­ciples. La pêche devient la méta­phore de la Bonne nou­velle et de la mis­sion confiée aux Apôtres. Jésus s’y pré­sente comme le pre­mier pécheur d’homme. Il monte dans une barque, près du rivage et enseigne la foule par les Béatitudes, le Sermon sur la mon­tagne qui accom­plit les pré­ceptes et la Loi de Moïse.

Jésus marche le long de la mer de Galilée, Il voit Simon Pierre et son frère André qui jettent leurs filets, car ils étaient des pécheurs et il leur dit : « Venez à ma suite et je vous ferai pécheur d’hommes ». Aussitôt jetant leurs filets, ils le sui­virent. Deux autres appe­lés, Jacques et Jean fils de Zébédée firent de même.
Tout com­mence là : accueillir la parole de Jésus comme une flamme ardente dans le feu de l’Esprit Saint et la trans­mettre. C’est le regard de Jésus qui se situe entre la foule en quête de nour­ri­ture maté­rielle et spi­ri­tuelle et les Apôtres, l’Eglise.

Que cette eucha­ris­tie nous donne de contem­pler le regard lumi­neux de Jésus qui nous sur­prend à l’aube de chaque jour. Il nous offre son Corps et son Sang dans l’Esprit pour le salut du monde, et nous envoie fai­sant de nous des pécheurs d’hommes.

fr Martin

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