Épiphanie

Épiphanie

Saint Matthieu est le seul évan­gé­liste à rap­por­ter les faits qui nous sont racon­tés dans ce récit détaillé, brillant, tout illu­mi­né de la pré­sence de ces mys­té­rieux visi­teurs venus d’Orient. Aucun his­to­rien n’a jamais confir­mé tous ces faits qui sont à la fois mer­veilleux – l’étoile, ces 3 mages venus appor­ter cha­cun un tré­sor de son pays en guise d’hommage – et éga­le­ment fort inquié­tants puisque la suite va deve­nir tra­gique : furieux d’avoir été ber­né par eux, les mages, sur le lieu où devait naître l’enfant roi, Hérode ordon­na le mas­sacre de tous les enfants de moins de 2 ans, ce qui obli­gea Joseph à fuir en Égypte avec Marie et Jésus. La véri­té his­to­rique de tout cela ne doit pas nous poser beau­coup de pro­blèmes, car ce qui importe à l’évangéliste Matthieu, c’est la confor­mi­té des faits à l’Ecriture qui s’accomplit. Je vous laisse avec cette ques­tion inno­cente : Matthieu aurait-il inven­té quelques détails ? C’est une ques­tion sans inté­rêt et croyez-moi sur parole pour vous évi­ter de pas­ser à côté de l’essentiel ! C’est la même ques­tion que celle qui consiste à savoir si saint Grégoire a inven­té les miracles qui sont attri­bués à saint Benoît dans ses Dialogues (la plu­part de ceux-ci sont des répliques de faits mer­veilleux que l’on peut trou­ver dans l’Ancien Testament).

Ce qui fait la beau­té et l’intérêt de ce texte de Matthieu, c’est qu’il uti­lise la force sym­bo­lique qui nous fait décou­vrir de nom­breuses choses qui dépassent la simple lettre du texte : les mages, l’étoile qu’ils suivent, les par­fums et arômes qu’ils apportent nous font rêver : ils repré­sentent toute sorte de choses qui sont ima­gi­nables et qui sont décrites avec beau­coup de pas­sion et de verve lit­té­raire par plu­sieurs pro­phètes, Isaïe sur­tout et les psaumes.

Avant d’y venir plus expli­ci­te­ment, je vou­drais mettre le doigt sur une autre sym­bo­lique uti­li­sée par l’auteur ; elle fonc­tionne par un contraste très par­lant. Je veux par­ler du grand roi Hérode qui ges­ti­cule pour hono­rer lui aus­si, dit-il, le nou­veau roi d’Israël qui, lui, est cou­ché dans une crèche. Le contraste entre un grand roi de la terre qui s’agite avec une inten­tion très mal­veillante (il veut sup­pri­mer l’enfant Jésus en qui il voit son rival) et le petit Jésus qui dort dans une crèche, cela est très remar­quable. Le pre­mier est redou­té et contour­né sans hési­ta­tion, le second est ado­ré et recher­ché avant même qu’il n’ait rien dit, ce contraste for­mi­dable peut nous ser­vir d’enseignement. Quel roi, quel maître est-ce que moi je suis ? Qui est-ce que j’adore ? Pour qui ai-je du res­pect ? Le diri­geant qui est hon­nête et qui a par­fois de la peine à se faire entendre ou bien celui qui ne se gêne pas pour recou­rir à des pro­cé­dés mal­hon­nêtes tels que le men­songe, la vio­lence ou la trom­pe­rie ?

Passons aux mages. La tra­di­tion y a vu des savants venus de dif­fé­rents hori­zons ; on a dit qu’ils étaient trois, de races dif­fé­rentes, pour­quoi pas un blanc, un noir et un jaune. Ils sont tou­jours repré­sen­tés dans la pein­ture comme des princes cou­ron­nés, por­tant des vête­ments amples avec des cou­leurs cha­toyantes. Sans nul doute, ils repré­sentent tout homme en quête de véri­té. Ce sont des cher­cheurs. ( confi­dence.. ) La tra­di­tion biblique (sur­tout Isaïe) les a vus comme des mar­cheurs qui convergent vers un même lieu hau­te­ment sym­bo­lique, Jérusalem, la ville où tout se des­sine. Pensez à la Jérusalem céleste qui des­cend du ciel. Ils viennent tous pour une louange una­nime. Un autre aspect de la sym­bo­lique qui se dégage des mages : cha­cun apporte quelque chose de par­ti­cu­lier, on pour­rait dire le meilleur de sa culture, et en géné­ra­li­sant, le meilleur de soi. Ainsi en est-il dans le royaume de Dieu : cha­cun est unique et apporte aux autres le meilleur de lui-même, et le juge­ment sur l’autre n’est pas auto­ri­sé. On pour­rait épi­lo­guer lon­gue­ment sur la richesse évi­dente pour nos socié­tés qu’est le mul­ti­cul­tu­ra­lisme et de la néces­si­té d’une bonne édu­ca­tion pour rece­voir les richesses les uns des autres et en pro­fi­ter.

On pour­rait s’attarder sur cha­cune des per­sonnes pré­sentes dans cette scène vivante qui a ins­pi­ré tant d’artistes sans par­ler de la crèche elle-même qui, his­to­ri­que­ment par­lant, a été mise à l’honneur par saint François d’Assise. Le pape François en fait cette année une longue caté­chèse qui reprend les dif­fé­rentes sym­bo­liques dont je vous ai dit un mot. Regardons un ins­tant la Sainte Vierge Marie : elle est là en silence, les yeux tour­nés vers l’Enfant Dieu, elle recueille, elle écoute toutes les paroles et les pen­sées qui lui sont adres­sées. Joseph, lui, —remar­quons qu’il n’est pas pré­sent dans notre texte —.il est par­fois repré­sen­té tour­né vers l’arrière dans un pro­fond songe. (Ici )

Arrivons-en au sym­bole le plus cen­tral, le plus mer­veilleux de cette his­toire : l’étoile que les mages ont aper­çue et qui les a gui­dés jusqu’à la crèche de Bethléem. « Nous avons vu son étoile et nous sommes venus nous pros­ter­ner devant lui » dirent-ils arri­vés à Jérusalem, et « quand ils virent l’étoile qui s’arrêta à Bethléem au-dessus du lieu où se trou­vait l’enfant, ils éprou­vèrent une très grande joie ». En creu­sant un peu le sens de ce texte, on peut dire que cette étoile sym­bo­lise la Parole de Dieu qui est notre bous­sole, qui nous guide à tra­vers tous les méandres de nos vies, qui est aus­si la lumière qu’elle apporte sur toutes les choses cachées.

Les mages qui sont des étran­gers, des païens au sens pau­li­nien du mot, ne font pas par­tie du peuple pri­vi­lé­gié. Arrivés à Jérusalem, ils demandent aux auto­ri­tés reli­gieuses « où est né le roi des juifs », celles-ci connaissent bien la réponse parce qu’elle elle est écrite dans leurs Ecritures : à Bethléem ; mais ils ne bougent pas. Ce sont des païens, fidèles à leur démarche reli­gieuse, qui arrivent jusqu’au lieu béni. Le sens géné­ral de cet épi­sode est l’universalité du salut : le roi des juifs est ado­ré par toutes les nations païennes parce qu’il est au-dessus de tous les rois, de tous les peuples. C’est ce que nous disait expli­ci­te­ment saint Paul dans la deuxième lec­ture (aux Éphésiens). Mais on peut s’attacher à cer­tains détails, comme nous l’avons fait rapi­de­ment pour y décou­vrir d’autres sens cachés qui sont tout aus­si inté­res­sants.

Épin­glons encore une fois l’attitude très digne de ces per­son­nages mys­té­rieux que sont les mages. Ils n’ont pas la foi, mais ils suivent leur conscience : ils vont à la ren­contre de ceux qui savent, ils ques­tionnent, ils pour­suivent leur route, ils cherchent mais ils sont gui­dés par une étoile mys­té­rieuse, un astre brillant qu’ils suivent. Ils viennent se pros­ter­ner, dépo­ser leurs offrandes devant celui qu’ils consi­dèrent comme leur sou­ve­rain. N’est-ce pas beau tout cela ?Chaque dimanche, nous sommes invi­té à faire de même : recon­naître en Jésus notre maître sou­ve­rain en le louant, en dépo­sant sur l’autel nos peines et nos joies pour qu’il en fasse du bon maté­riau de construc­tion pour l’édifice que nous bâtis­sons tous ensemble.

Fr. Yves de Patoul

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