Présentation du Seigneur

PRÉSENTATION DU SEIGNEUR

2 février 2020

Avec cette fête, 40 jours après Noël, nous concluons un temps tout par­ti­cu­lier. Un temps de fêtes intimes, fami­liales, recueillies, mais qui débordent tou­jours sur « le salut pré­pa­ré pour tous les peuples, lumière pour éclai­rer les nations ». Et nous voyons main­te­nant à l’horizon la fête de Pâques qui célèbre pré­ci­sé­ment ce salut appor­té par toute la vie, la mort et la résur­rec­tion du Seigneur Jésus.
Les évan­giles nous ont écrit la vie de la famille de Jésus, les ques­tions que pose sa nais­sance, ses espoirs, ses craintes, et jusqu’aujourd’hui cette pré­sen­ta­tion du premier-né au Temple à Jérusalem, selon la cou­tume. Ce genre de petit rituel, pres­crit par la loi, ne semble avoir intri­gué per­sonne dans le Temple, sauf deux vieillards qui, ins­pi­rés par l’Esprit, ont révé­lé le sens et les dimen­sions vrai­ment uni­ver­selles de ce geste posé par les parents de Jésus.

Le rite auquel se sou­mettent Marie et Joseph est très ancien, archaïque même : il se retrouve dans d’autres reli­gions. Il s’agit de recon­naître que c’est Dieu qui donne toute fécon­di­té, que c’est Lui qui a don­né cet enfant. Il convient donc de remettre au Seigneur le pre­mier enfant ain­si reçu. On se sou­vient du petit Samuel que sa mère est venue por­ter au temple, ou même déjà d’Isaac que son père Abraham accep­tait d’offrir en sacri­fice. Reste en tout cas ce geste de ‘pré­sen­ter’ d’offrir l’enfant au Seigneur, dans un mou­ve­ment d’abandon total à sa volon­té. L’épitre aux Hébreux, en citant le psaume 39, décrit la façon dont Jésus lui-même a fait cette démarche : « Tu n’as vou­lu ni sacri­fice, ni obla­tion. Me voi­ci, Dieu, je viens pour faire ta volon­té ». Désormais la ‘pré­sen­ta­tion’, l’offrande à Dieu, n’est plus un holo­causte, une des­truc­tion, mais une volon­té don­née, comme dit encore le psaume : « Ta loi est au fond de mon cœur ».

L’évan­gé­liste Luc a rete­nu cette scène, parce qu’elle exprime bien l’attitude de Jésus, encore por­té dans les bras de sa mère, mais qui va au-devant de son Père, pour lui offrir toute sa vie. Quelques années plus tard, dans le même Temple, il dira à ses parents : « Ne saviez-vous pas que je me dois aux affaires de mon Père ? ». Cette même atti­tude tra­verse toute son exis­tence. Et à l’offrande des ‘pré­mices’ de sa vie cor­res­pond le don ultime, quand, sur la croix, il remet­tra son esprit à son Père.
Pour illus­trer cette démarche de l’enfant Jésus, il y a ici Syméon et Anne, à l’autre extrême de la vie. Ils ont tout don­né, comme cette autre veuve du Temple, dont par­le­ra Luc plus tard sans son évan­gile, celle qui avait tout don­né « depuis son indi­gence ». Ainsi ces deux per­sonnes âgées, sont-elles mys­té­rieu­se­ment accor­dées avec ce petit enfant dans la foule, et elles ont été capables de dis­cer­ner en lui « le Christ du Seigneur ». La petite enfance et l’extrême vieillesse ont en com­mun non seule­ment une grande fai­blesse, mais aus­si l’attente d’un dépas­se­ment. C’est pour­quoi Syméon peut voir :
« Le salut pour tous les peuples,
la lumière pour la révé­la­tion aux nations. »

C’est cette allu­sion à la lumière qui a don­né à cette fête de la Présentation de Jésus au Temple le nom de ‘Chandeleur’. Mais je me suis deman­dé s’il n’y avait pas un rap­port plus fon­da­men­tal entre l’offrande au Seigneur et la lumière. Est-ce que ‘offrir’ n’apporte-t-il pas tou­jours de la lumière ? Et d’abord, qu’est-ce que ‘offrir’ ? Nous connais­sons bien le plai­sir d’offrir. Nous aimons ce moment où nous voyons la joie de celui qui reçoit, — et notre joie est aus­si grande. Quand nous pou­vons ain­si éta­blir une nou­velle com­mu­ni­ca­tion entre les per­sonnes par l’intermédiaire d’un objet, d’un mot, d’un geste, nous ouvrons un nou­vel hori­zon. Et c’est la qua­li­té, la sin­cé­ri­té, du don (pas son prix !) qui condi­tionne cette ouver­ture.
Nous voyons tout cela dans l’évangile d’aujourd’hui. Les deux carac­té­ris­tiques de ce récit y sont liées : l’offrande et l’ouverture sur l’universel. C’est parce que Jésus, encore dans les bras de sa mère, puis de Syméon, s’offre à son Père sans res­tric­tion que l’horizon s’ouvre lar­ge­ment sur le « salut pour tous les peuples ».
Mais il en va de même pour nous. dans notre vie quo­ti­dienne. Voyons com­ment. Offrir ain­si quelque chose est encore assez facile ; — mais nous offrir nous-mêmes est beau­coup plus dif­fi­cile ! Or c’est de cela qu’il est ques­tion ici, quand nous pou­vons dire : « Voici, je viens pour faire ta volon­té ». N’est-ce pas aus­si à cela que nous sommes tous sont appe­lés ? Mes sœurs, mes frères, nous sommes ici au cœur du mys­tère de cette fête. La Présentation de Jésus au Temple est certes une fête que les reli­gieux et reli­gieuses aiment célé­brer, en se sou­ve­nant de leur propre offrande totale, de leur ‘consé­cra­tion’ reli­gieuse, quand ils sont entrés au monas­tère. Mais ils n’en ont pas le mono­pole. Cette ‘consé­cra­tion’ n’est aucu­ne­ment une mise à part, comme on l’a pré­ten­du à cer­tain moment. Tout chré­tien est appe­lé à se consa­crer au Seigneur sans retour. Seulement ce don de soi n’est pas néces­sai­re­ment recon­nu offi­ciel­le­ment, dans l’Église, comme c’est le cas pour les reli­gieux. Cela importe peu, en défi­ni­tive. L’important est la qua­li­té de ce don de soi auquel nous sommes tous appe­lés.

Parce qu’alors, en vivant « dans la sim­pli­ci­té de notre cœur » tout ce que la vie nous donne, nous pou­vons faire de notre vie une offrande, une prière. Ainsi ‘consa­crée’, notre vie devient tout entière lumi­neuse, ouverte. Il s’agit de nous désen­com­brer de ces pré­oc­cu­pa­tions per­son­nelles qui ne sont pas essen­tielles, pour pou­voir lever notre regard vers un hori­zon plus large. Il y a des pré­oc­cu­pa­tions impor­tantes et tout à fait res­pec­tables, mais nous savons qu’il y a aus­si beau­coup de retours sur nous-mêmes qui nous encombrent inuti­le­ment. En nous libé­rant de ce qui nous enferme ain­si, nous voyons s’élargir mer­veilleu­se­ment les pers­pec­tives de notre vie.

En tout cas, en célé­brant l’eucharistie nous vivons cela. Il faut d’abord avoir consen­ti à prendre le temps néces­saire pour aller à l’église, comme les pèle­rins qui montent au temple. Et là, nous ren­con­trons tous nos voi­sins de l’assemblée, tous nos frères et sœurs qui « attendent » le Christ, qui cherchent à mieux le connaître et à prier ensemble pour tous nos frères humains. Oui, cette prière « dans la sim­pli­ci­té de notre cœur » est alors vrai­ment une offrande de nous-mêmes, en com­mu­nion au sacri­fice du Christ. C’est lui qui nous pré­cède et nous offre toute sa vie, son corps par­ta­gé, et la coupe de l’Alliance nou­velle et éter­nelle tou­jours don­née pour la mul­ti­tude.

fr Pierre

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