5è dimanche de Carême A

Seigneur, celui que tu aimes est malade.

5è dimanche de Carême A

Chers frères et sœurs, chers amis,
Aujourd’hui cette prière des deux sœurs à pro­pos de leur frère Lazare, des mil­liers et des mil­liers la crient vers le Ciel : « Seigneur, celui que tu aimes est malade ».

Nous sommes réunis pour faire entendre ce cri, avec foi et espé­rance, au nom de ce nombre incal­cu­lable de familles frap­pées par la mala­die de leurs proches, par­fois sui­vie de la mort déjà, et sans l’occasion d’entourer les malades aux soins inten­sifs ni de vivre ensemble digne­ment le deuil entre amis et famille.

Ouvrons notre cœur, en ce dimanche encore confi­né, avant que nous pour­rons nous connec­ter à l’extérieur, et implo­rons avec grande confiance la misé­ri­corde divine, tou­jours plus forte que la mort et ses mul­tiples méta­mor­phoses. Kyrie elei­son.

Chers frères et sœurs, chers amis,
Montons vers Pâques, irré­sis­ti­ble­ment !
Toute la nature nous y invite, jour après jour. Les oiseaux, les bour­geons, les fleurs les plus variées pointent vers le soleil et le prin­temps, mal­gré les froids noc­turnes.
La litur­gie nous sou­tient et nous ins­pire de dimanche en dimanche. Aujourd’hui tout parle de résur­rec­tion et de l’Esprit qui agit.
Ezéchiel ! Nous avons pris le temps d’écouter toute la vision et son appli­ca­tion ! Le peuple en exil répète : « notre espé­rance est morte ». La pire des choses qu’un groupe de vivants puisse dire ! Spes nos­tra, notre invo­ca­tion à Marie dans le Salve Regina, elle qui ouvre à la vie de gloire au-delà de la mort !
Fils d’homme, Parle à l’Esprit ! Prophétise ! Qu’il vienne le grand Souffle, des quatre vents ! Qu’il souffle sur ces osse­ments des­sé­chés et qu’ils vivent !
Oui, J’ouvrirai vos tom­beaux et j’enverrai mon Esprit ! le plus intime de Dieu nous rejoin­dra au plus intime de notre propre vita­li­té !

Comme nous avons besoin de cet élan, de cette force spi­ri­tuelle, au milieu de notre cap­ti­vi­té, nos cloi­son­ne­ments, confi­ne­ments, para­ly­sies col­lec­tives, le blo­cage de tant d’entreprises, l’impasse pour tant de jeunes aux études, le chô­mage qui dure et épuise les familles… Viens, Esprit saint, Souffle sur ce monde qui gémit et rends-nous à la vie !

Paul, sonde ce qui agit au fond de nous : l’esprit de Dieu. L’Esprit de Celui qui a res­sus­ci­té Jésus, nous l’avons reçu au bap­tême ! com­ment ne ressusciterions-nous pas ? Un même des­tin nous unit à lui, le Christ res­sus­ci­té, premier-né d’une mul­ti­tude de frères : notre des­ti­née est une des­ti­née de gloire, de liber­té et de beau­té des enfants des hommes ! Tout y aspire, et l’Esprit se joint à notre esprit pour prier, pour inter­cé­der, selon le cœur de Dieu !

Jésus. Il passe. Il ren­contre, il s’affirme. Grandeur, gran­deur étrange dès l’ouverture : je me réjouis de ce que je ne sois pas là, afin que vous croyiez !
Il ren­contre les deux sœurs : avec Marthe d’abord, un échange des plus éle­vés : Je suis ! je suis la Vie, Je suis la résur­rec­tion ! Crois-tu cela ? – Tu es le Christ, le Fils de Dieu qui doit venir dans le monde !
Puis arrive Marie en cou­rant et en pleurs. Il en est bou­le­ver­sé. Lui aus­si pleure. Le Verbe qui était auprès de Dieu, Lumière de la Lumière, Vie et Résurrection à jamais, voi­là qu’il est des­cen­du, qu’il s’est fait chair et se trouve confron­té à la mort de l’ami, au deuil des amies – c’est déjà le qua­trième jour… il sent déjà. Le Verbe des­cend au plus bas… jusqu’à être bou­le­ver­sé à par­tir de notre com­mune condi­tion humaine, notre chair. Un Psaume chante : « Le Seigneur fait misé­ri­corde à ceux qui le craignent. Il sait de quoi nous sommes fait, il se sou­vient que pous­sière nous sommes ». Saint Grégoire le Grand com­mente : « Eh ! oui, il sait de quoi nous sommes faits, il se sou­vient, bien sûr, car il est pas­sé par là en se fai­sant chair et homme mor­tel comme nous… »

Ému, bou­le­ver­sé même, il voit dans l’autre ce qui l’attend. Il crie, Enlevez la pierre ! puis Lazare, viens au dehors ! et enfin Déliez-le !
Le nar­ra­teur pré­pare ain­si cette autre visite au tom­beau quelques jours plus tard : là on retrou­ve­ra les ban­de­lettes et le suaire qui recou­vrait le visage… Mais le tableau est tout dif­fé­rent. Là il n’y aura plus rien à délier ! Les ban­de­lettes sont à terre et les mou­choir qui recou­vrait la tête rou­lé à part à un autre endroit. Il n’y a plus rien à délier. Il est sor­ti du tom­beau, libre, se déga­geant de ce qui le liait !

Voilà un récit fort, poi­gnant même et caté­ché­tique : la foi en Jésus qui est la Vie, ouvre vers une des­cente en huma­ni­té pour com­mu­ni­quer dès main­te­nant une vie vic­to­rieuse de la mort même.
Ezéchiel révèle ce que pense et désire Dieu pour tout son peuple. Un peuple debout ! Un peuple en alliance éter­nelle avec son Dieu !
Paul res­sai­sit cette puis­sance résur­rec­tion­nelle dans notre propre exis­tence cor­po­relle : l’homme exté­rieur s’en va en ruine, mais l’homme inté­rieur se renou­velle, de gloire en gloire, dans l’espérance.

Chers amis, Suivons ce qui nous est décrit. Allons de dépouille­ment en dépouille­ment, par une des­cente au plus bas, avec en nous peut-être des couches d’angoisse, les nôtres ou celles de nos proches, des couches d’ennui, de las­si­tude, de doute, d’une dépres­si­vi­té lan­ci­nante. Mais au plus bas jaillit une source, nous disent les Écritures, celle de L’ESPERANCE !
Ruminons ces pages d’espoir, d’élan de vie nou­velle contre les appa­rences.
En Israël, sur une des col­lines der­rière Aïn Karem, une sta­tue avec ce texte d’Ezéchiel : « J’ouvrirai vos tom­beaux, et je vous ferai reve­nir sur votre terre ». L’incroyable, l’inespéré est arri­vé pour tout un peuple, après 25 siècles d’exil !… Au Japon, la lec­ture au réfec­toire nous rap­porte le témoi­gnage du méde­cin Nagai, qui, après la bombe apto­mique sur son quar­tier, construit sa petite hutte au milieu des ruines accu­mu­lées, signe de vie. De même les cloches de Nagasaki qu’il a fait reten­tir au-dessus de ce désert rava­gé, conso­la­tion insigne pour des mil­liers et des mil­liers de vic­times encore en vie. On en a fait un film qui a redon­né aux mil­lions de Japonais un goût de vie et d’espérance incom­pa­rable.

Hier un mes­sage du P. Abbé Notker Wolff. Pourrons-nous nous réunir à Vienne avec les musul­mans ? « We should not be so pes­si­mis­tic. I guess pes­si­mism is not a Christian vir­tue. Germany will pro­ba­bly end the limi­ta­tions by April 20th. So let us hope, and hope dies last. Notker Wolff ».
Nous n’avons besoin de rien de sen­sa­tion­nel, comme ce miracle de Lazare, réani­mé pour quelques années encore… avant de retrou­ver la mort-mort réelle !
Nous avons besoin de ce res­sort que donne l’Esprit vivi­fiant en nous, amour plus fort que la mort, lumière que la mort de notre corps ne vien­dra pas éteindre mais libé­rer.
Invoquant sans cesse l’Esprit saint, vivons dou­ce­ment avec une espé­rance invin­cible au fond de nous. Car « c’est en espé­rance que nous sommes sau­vés », dit saint Paul. Ainsi soit-il.

Fr. Benoît

Une réflexion sur « 5è dimanche de Carême A »

  1. C’est magni­fique votre home­lie, frère Benoit. Merci. Nous espe­rions écou­ter Vos confé­rences de la semaine sainte. Ne pour­rait on faire éga­le­ment une vidéo de vos confé­rences comme Clerlande va le faire pour les offices de la semaine sainte ? Ou allez vous par­ta­ger votre texte sur le site ?
    Bon che­min vers Pâques . Nous sommes en com­mu­nion avec la Communauté de Clerlande .

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