7ème Dimanche pascal

7ème Dimanche pascal (A)

Jn 17, 1–11
24 mai 2020

Introduction

Mes sœurs, mes frères, chers amis,
Quand nous entrons dans une église, que ce soit direc­te­ment ou par l’intermédiaire d’un écran de TV, c’est le Seigneur lui-même qui vient à notre ren­contre et qui nous accueille. Accueillons cette pré­sence tou­jours nou­velle et confions-Lui notre vie, notre couple, nos enfants, nos com­mu­nau­tés.
Ce sep­tième dimanche du temps pas­cal se situe entre l’Ascension du Seigneur que nous avons célé­bré jeu­di der­nier et la venue de l’Esprit-Saint à la Pentecôte, dimanche pro­chain. Nos vies s’inscrivent entre ce temps de confi­ne­ment et celui du décon­fi­ne­ment. Moment étrange, mys­té­rieux, qui nous a tous sur­pris par sa venue.

A tra­vers ces épreuves, ces souf­frances qui nous sont impo­sées, l’humanité peut naître, gran­dir, trou­ver un nou­veau souffle. Chacun de nous est face à de nou­veaux défis, à des manières adap­tées de proxi­mi­té. Avec l’aide du Maître de nos vies, nous pou­vons nous ouvrir à la patience et au cou­rage, à la dou­ceur et à la misé­ri­corde, à l’attention aux autres et à la soli­da­ri­té.
Au début de cette célé­bra­tion, nous allons deman­der au Seigneur de bénir cette eau. Nous en serons asper­gés en sou­ve­nir de notre Baptême. Que cette eau de vie nous puri­fie, que nos cœurs se tournent vers Celui qui est le Chemin, la Vérité, la Vie.

Prions

Seigneur, Dieu Tout-Puissant, écoute les prières de ton peuple,
Nous qui célé­brons les mer­veilles de notre créa­tion et les mer­veilles plus grande encore de la Résurrection de notre Sauveur,
Daigne bénir cette eau.
Tu l’as créée pour fécon­der la terre, don­ner à nos corps fraî­cheur et pure­té. Elle fut sanc­ti­fiée quand Jésus fut bap­ti­sé au Jourdain,
Que cette eau nous rap­pelle notre bap­tême et nous fasse par­ti­ci­per à la joie de Pâques et d’en vivre,
Par Jésus, le Christ, notre Seigneur, Amen

Homélie

Mes sœurs, mes frères,
Nous venons d’entendre cette sublime prière où Jésus se consacre lui-même pour ceux qu’il envoie dans le monde. Oui, dit-il, « Père, l’Heure est venue ». Cette heure est venue aus­si pour cha­cune et cha­cun de nous afin d’ouvrir à d’autres ce que nous avons reçu, lu, médi­té, prié, vécu en ce temps de confi­ne­ment.
Dans notre Église, fra­gile et dépo­si­taire d’un tré­sor mys­té­rieux, nous venons de célé­brer l’Ascension du Seigneur. Jésus a accom­pli la mis­sion que le Père lui avait deman­dée : révé­ler son Nom au monde et en Lui renaître dans une filia­tion divine. Quand Jésus est glo­ri­fié par le Père, ce n’est pas de l’égoïsme. Il nous révèle un mys­tère d’amour et d’espérance qui nous ouvre le Royaume de Dieu, habi­té par les doux, les humbles, les petits. Sa mis­sion est accom­plie. L’heure est venue pour nous d’attendre le souffle de l’Esprit Saint, à la Pentecôte et de trans­mettre à notre tour ce que nous avons reçu. Vivre de sa pré­sence implique de notre côté de tout don­ner.

La pan­dé­mie mon­diale, ce moment his­to­rique que nous vivons, est pour nous l’Heure où nous com­men­çons à sor­tir du confi­ne­ment pour entrer dans un décon­fi­ne­ment. En sortons-nous avec une autre vision de nous-mêmes ? de nos rela­tions ? du res­pect de la Création ? Aujourd’hui, tant de détresses se révèlent, de soli­tudes sont appa­rues, de dévoue­ments hors norme, de mani­pu­la­tions finan­cières.

C’est le temps d’un recom­men­ce­ment abso­lu, espérons-le. Il s’agit d’atteindre la pro­fon­deur, la pro­fon­deur au sein même de la pro­fon­deur. Il s’agit de pou­voir tou­jours des­cendre au plus bas, au plus intime de nous-mêmes, jusqu’à la racine pre­mière de notre être. Le confi­ne­ment nous appelle à une autre manière de vivre, dans l’espérance, dans la recon­quête de notre liber­té, dans le res­pect de la créa­tion et la soli­da­ri­té des autres. Être unis à tous et sépa­rés de tous.

Comment glo­ri­fier digne­ment le Nom divin ? Jésus prie son Père de pro­té­ger les siens du Mauvais, du monde pour lequel il ne prie pas. « Garde en ton Nom ceux que tu m’as don­nés. Protège-les. Qu’ils soient consa­crés comme nous le sommes, Toi en moi et Moi en Toi. » Jésus les envoie dans le monde pour qu’ils portent témoi­gnage à la véri­té. Il prie pour ceux qui croi­ront grâce au témoi­gnage de ces dis­ciples. « Qu’ils soient Un comme le Père et moi nous sommes Un.
Je leur ai fait connaître la gloire que tu m’as don­née pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et eux en moi. De même que cet Amour est de toute éter­ni­té en Dieu, il est au milieu de nous dès main­te­nant. Ainsi l’exprime Angelus Silesius : « La rose que contemple ici mon œil de chair fleu­rit aus­si en Dieu de toute éter­ni­té ».
Jésus prie pour les siens et pour ceux qui croi­ront à tra­vers les siens. C’est une trans­mis­sion du Père au Christ ; du Christ à ses dis­ciples ; de ses dis­ciples à ceux qui croi­ront en Lui, de géné­ra­tion en géné­ra­tion jusqu’à nous. L’heure de Dieu, l’heure de l’humanité et de la créa­tion, c’est en effet aujourd’hui qu’elle nous est confiée. Marie de Hennezel écrit : « L’épidémie que nous vivons porte à son paroxysme le déni de la mort ». Sous pré­texte de pro­té­ger les plus âgés, des condi­tions inhu­maines leur sont impo­sées. C’est une mise sous silence de la mort, une façon de la cacher, créant une immense angoisse col­lec­tive face à notre condi­tion d’être humain vul­né­rable et mor­tel. Nous per­dons une culture de l’accompagnement jusqu’au bout.

Des pre­mières com­mu­nau­tés chré­tiennes il est dit qu’elles n’avaient qu’un cœur et qu’une âme, assi­dues à la prière et au par­tage du pain. Reconnaissons ce cœur una­nime de ceux qui ont don­né toutes leurs forces et leur temps pour sau­ver des vies au risque de la leur. Nous leur sommes tous infi­ni­ment recon­nais­sants.

Entre ciel et terre, le décon­fi­ne­ment se déroule. La prière de Jésus devient éter­nelle et recouvre toutes les époques de l’Eglise et de l’humanité. Cette prière litur­gique est actuelle, acte suprême de Jésus allant vers son Père. C’est la prière de la Croix, de la Résurrection, du Sacrifice, en un mot « la Prière sacer­do­tale ».
Mes sœurs, mes frères, par le bap­tême, nous sommes tous prêtres en Jésus. A cha­cune et à cha­cun de nous d’aborder ce temps de Pentecôte, ce temps de décon­fi­ne­ment avec cet esprit d’amour et de misé­ri­corde pour notre temps et celui des géné­ra­tions. Que la prière et l’action de grâce nous accom­pagnent dans ce futur incon­nu.

Fr. Martin

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