Ascension

Ascension

Mt 28 16–20
21 mai 2020

Introduction

Bien­ve­nue à vous tous, chers frères et sœurs, en cette fête de l’Ascension. Sursum cor­da ! « Les cœurs en haut » ! Soyons plei­ne­ment à la hau­teur de ce que nous célé­brons en tenant le cœur ouvert et cen­tré sur le mys­tère du Christ res­sus­ci­té, contem­plé aujourd’hui dans son élé­va­tion à la droite du Père. Là il attire tous les hommes et là il inter­cède sans cesse pour nous tous. Le mys­tère du Christ res­sus­ci­té est comme un dia­mant à mul­tiple facettes : et la litur­gie nous donne de décou­vrir tan­tôt l’un tan­tôt l’autre aspect de ce mys­tère. C’est Luc sur­tout, dans les Actes et dans son évan­gile, qui nous décrit cet évé­ne­ment du rapt de Jésus – comme un autre Élie, voire un autre Moïse – rejoi­gnant la sphère divine en mon­tant. L’Ascension est une fête ver­ti­cale, comme la fête du bap­tême. Demeurons aujourd’hui sur l’axe ver­ti­cal. Écoutons les Écritures, consi­dé­rons les icônes, et nour­ris­sons l’homme inté­rieur qui se renou­velle de gloire en gloire en médi­tant, priant et invo­quant le Christ qui a tout pou­voir au ciel et sur la terre. Kyrie elei­son.

Homélie

« Dieu s’élève par­mi les ova­tions, le Seigneur aux éclats du cor ! » Voilà le ver­set du psaume que nous avons médi­té après le récit de l’Ascension, rap­por­té par Luc dans les Actes des apôtres. Dieu monte, Dieu s’élève, et plus il monte, plus loin s’étend son règne, plus il répand sa gloire sur tout l’univers. C’est là une intui­tion forte de l’ancienne litur­gie dans le temple à Jérusalem. Par les chants on fait mon­ter Dieu, et par son élé­va­tion il se com­mu­nique tou­jours plus lar­ge­ment. La louange modi­fie notre rap­port à Dieu, elle lui per­met de se révé­ler dans toute sa gran­deur, dans toute sa beau­té et sa gloire. La litur­gie reprend ces mou­ve­ments de foi et d’adoration en les cris­tal­li­sant aujourd’hui sur Jésus res­sus­ci­té.
Si Luc nous raconte – très briè­ve­ment, en une seule phrase ! – l’épisode ; Paul dans la seconde lec­ture prie inten­sé­ment pour que nous arri­vions à sai­sir plei­ne­ment le mys­tère du Christ en gloire :
Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous don­ner un esprit de sagesse et de révé­la­tion, qui vous le fasse vrai­ment connaître ! 18 Puisse-t-il illu­mi­ner les yeux de votre cœur
pour vous faire voir quelle espé­rance vous ouvre son appel,
quels tré­sors de gloire ren­ferme son héri­tage par­mi les saints,
19 et quelle extra­or­di­naire gran­deur sa puis­sance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la per­sonne du Christ, le res­sus­ci­tant d’entre les morts et le fai­sant sié­ger à sa droite, dans les cieux…
Avec les yeux de notre cœur il s’agit de voir, de contem­pler, de sai­sir et d’être sai­si par la force, la beau­té, la gloire qui émanent du Christ glo­ri­fié, assis à la droite du Père. « Il a tout mis sous ses pieds », rappelle-t-il encore avec un autre ver­set de psaume, et cela nous affecte car nous sommes comme Église son corps. De la tête il trans­met à tout son corps puis­sance, éner­gie, force, vigueur – quatre termes pour essayer de dire la trans­mis­sion vic­to­rieuse qu’il nous com­mu­nique, une plé­ni­tude qui embrasse tout car ce Corps ecclé­sial est « rem­pli de la plé­ni­tude de Celui qui rem­plit tout en tous » ! Cette page de l’épître aux Éphésiens mérite d’être lue et relue, et médi­tée : que veut dire : « il a tout mis sous ses pieds » ? Que signi­fie cette belle for­mule de « tout en tous » qui vaut pour Dieu, éga­le­ment pour le Christ mais fina­le­ment même pour nous comme Église, le corps de Celui qui rem­plit tout en tous… !

L’évan­gile du jour ren­ché­rit sur tout cela avec la sobrié­té et den­si­té du théo­lo­gien Matthieu. La toute der­nière scène de son évan­gile, ce que nous venons de lire, se situe en Galilée, sur une haute mon­tagne, et non pas au mont des Oliviers, comme chez saint Luc. Chez Matthieu c’est la sep­tième mon­tagne dans son grand récit. Elle rap­pelle la fin du Deutéronome où Moïse depuis le Mont Nébo regarde toute la terre pro­mise. Ici Jésus res­sus­ci­té regarde depuis la mon­tagne de Galilée toutes les nations ! Son dis­cours se résume en cinq verbes. Deux le concernent lui, trois s’adressent à ses dis­ciples. La pre­mière et la der­nière phrase révèlent Jésus dans l’espace et dans le temps.
« Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre ». Voilà l’ouverture qui fait du Christ res­sus­ci­té celui qui rem­plit tout l’espace, à par­tir du haut, du ciel, de Dieu. Il se com­mu­nique en une des­cente, vers la terre, vers nous. Il assure en finale : « Voici, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Ici il dit sa proxi­mi­té, être avec nous l’Emmanuel à jamais, dans tout le temps dis­po­nible. Il rem­plit et le temps et l’espace avec sa force – « tout pou­voir m’a été don­né » — et avec sa ten­dresse et proxi­mi­té – « Je suis avec vous ».
Or c’est au milieu de ces deux grands verbes qu’a lieu l’événement de l’Eglise, décrit en trois verbes : « Allez ! faites des dis­ciples de toutes les nations en les bap­ti­sant et en leur ensei­gnant à obser­ver tout ce que je vous ai com­man­dé », à savoir que toute la Torah se réca­pi­tule dans le double com­man­de­ment de l’amour qui n’en fait qu’un !

Être Église, c’est donc se mou­voir dans cet espace ouvert par la vic­toire du Christ res­sus­ci­té. C’est ouvrir une école de dis­ciples, une école de liber­té, saint Benoît dirait : « une école de ser­vice du Seigneur ». On devient libre en entrant dans ce ser­vice ! On le vit bien en pra­ti­quant le rite fon­da­men­tal, le bap­tême, et en obser­vant tout l’enseignement de Jésus qui inculque en tout l’amour.
Et au cœur de tout ce mes­sage il y a le Nom de « Père, Fils et Esprit saint » ! L’Église res­pire bien quand elle réa­lise com­bien elle se meut dans l’espace chris­tique de celui qui a dit : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre », et « Je suis avec vous tous les jours ». L’Église porte en elle un mys­tère plus large encore que le mys­tère du Christ, car elle bap­tise « dans le Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit ». Le tré­sor que nous por­tons à l’intérieur est plus vaste que tout ce qui nous encadre et nous sou­tient de l’extérieur.

Avan­çons ain­si, le cœur illu­mi­né, comme disait la prière de Paul, le cœur éle­vé, comme le disent les psaumes et l’ouverture de la pré­face, le cœur atti­ré car « Quand je serai éle­vé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi ! » Cette traction-là, il importe de la res­sen­tir avant tout. Que cette litur­gie eucha­ris­tique rende pré­sent pour cha­cun de nous le « tout pou­voir don­né » et la proxi­mi­té de celui qui veut être avec nous tout le temps. Que les paroles et les gestes se conjuguent har­mo­nieu­se­ment pour trans­mettre ce que Jésus nous a ensei­gné : être amour parce que aimés depuis tou­jours. Amen.

Fr. Benoît

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.