Fête de Saint Benoît

Fête de Saint Benoît

Dimanche 11 juillet 2020

Ph 4, 4–9 ; Mt 5, 43–48

Pendant toute sa vie, de Nurcie au Mont Cassin, en pas­sant par Subiaco et Vicovaro, saint Benoît a mar­ché « sous la conduite de l’évangile » et sa Règle est toute entière ani­mée par l’esprit de l’évangile. En cher­chant un texte pour sa fête, je suis tom­bé par erreur ou par un heu­reux hasard sur ce pas­sage que je vous ai lu. Et j’ai été frap­pé en décou­vrant que, comme tant d’autres, il évo­quait une carac­té­ris­tique cen­trale de l’évangile, mais aus­si de la tra­di­tion béné­dic­tine.

Il y est en effet ques­tion de la per­fec­tion évan­gé­lique (Soyez par­faits), mais dans un contexte qui révèle toutes les dimen­sions de cette per­fec­tion et, du coup, per­met d’éviter l’ambiguïté de cet idéal. De fait : l’‘école du ser­vice du Seigneur’, fon­dée par saint Benoît, a sou­vent été consi­dé­rée comme une école de per­fec­tion. Dans cette pers­pec­tive, les monas­tères sont les conser­va­toires des ver­tus antiques, et la vie monas­tique est un che­min d’excellence, pour déve­lop­per au maxi­mum une per­ti­nence dans le domaine reli­gieux et per­mettre à cer­tains de réa­li­ser des per­for­mances éton­nantes. Perfection, per­ti­nence, per­for­mances : est-ce bien cela que saint Benoît a vou­lu ? Est-ce bien pour cela qu’il est le Patron de l’Europe ?
Non ! Si cet évan­gile selon saint Matthieu convient si bien à la fête de saint Benoît, c’est parce qu’il rap­pelle le vrai sens de la ‘per­fec­tion’ du Père céleste, sa géné­ro­si­té, évo­quée dans cette par­tie du Sermon sur la Montage. « Lui qui fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tom­ber la pluie sur les justes et les injustes. » Et Benoît a eu pré­ci­sé­ment cette vision dans sa prière : comme l’a écrit saint Grégoire, il voyait toute la terre d’un seul regard, comme Dieu la voit, dans sa bien­veillance. Il me semble donc que cet évan­gile réca­pi­tule bien la vie de saint Benoît. Il a vu cette image peu de temps avant sa mort, au terme de son par­cours qui avait com­men­cé dans une grotte étroite et s’épanouissait dans cette vision cos­mique. Mais cette image est aus­si un appel aux moines d’aujourd’hui et à tous ceux et celles qui vivent de son esprit.

Quand Jésus nous demande d’être « par­faits comme votre Père céleste est par­fait », c’est pour nous appe­ler à cet amour uni­ver­sel, sans aucune dis­cri­mi­na­tion, ni raciale, ni sociale, ni morale. Dieu donne indif­fé­rem­ment son soleil et sa pluie, non pas parce qu’il serait indif­fé­rent à ces par­ti­cu­la­ri­tés. Non ! car Dieu n’est pas sim­ple­ment tolé­rant ; il est bien­veillant, de cette bien­veillance dont par­lait Jésus en bénis­sant son Père qui a révé­lé aux tout petits le mys­tère de son amour : « Oui, Père, c’est ain­si que tu en as dis­po­sé dans ta bien­veillance ». La per­fec­tion à laquelle nous sommes appe­lés est cette bien­veillance qui, comme le soleil et la pluie, per­met et déve­loppe la vie. L’évangéliste Luc, dans le pas­sage paral­lèle, écrit : « Soyez misé­ri­cor­dieux comme votre Père est misé­ri­cor­dieux ». « Alors vous serez fils du Très-Haut, car il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants. »
Voilà, mes frères et mes sœurs, le « bon accom­plis­se­ment » auquel nous convie saint Benoît. « Bon accom­plis­se­ment », c’est ain­si que notre Père Frédéric défi­nis­sait le but de toute la Règle de saint Benoît, au cha­pitre sur la « bonne ardeur que doivent avoir les moines ». Accomplissement est un autre mot pour per­fec­tion. « Soyez par­faits », en grec teleios signi­fie allez jusqu’au bout, comme Jésus nous a « aimés jusqu’au bout ».

Dans cette « école du ser­vice du Seigneur » que saint Benoît a vou­lue, il ne s’agit donc pas seule­ment d’apprendre à faire du zèle, à être per­fec­tion­nistes en vie spi­ri­tuelle, mais bien de voir large, comme notre Père des Cieux qui voit tout l’univers et accueille cha­cun, quel qu’il soit, où qu’il soit. Cette dis­po­ni­bi­li­té à aimer lar­ge­ment, nos frères et sœurs, même les per­sonnes peu aimables, même les enne­mis, cette ouver­ture du cœur est la porte pour une vie large, accom­plie, où nous pou­vons aller et même « cou­rir, le cœur dila­té par une dou­ceur inef­fable de dilec­tion » sur les che­mins que le Seigneur nous offre.

C’est ce que nous nous sou­hai­tons les uns aux autres en cette fête de saint Benoît, et nous deman­dons au Seigneur Jésus de faire pas­ser au feu de son amour extrême ces sou­haits et ces prières en les asso­ciant à son offrande pour la vie du monde.

fr. Pierre

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