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Dimanche2 aout 2020

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Mt 14, 13–21

18ème dimanche T.O. A

Les trois der­niers dimanches nous avons enten­du des para­boles. À pré­sent, il s’agit de les mettre en œuvre. « Donnez-leur vous-mêmes à man­ger ! »
À la fin de son dis­cours en para­boles, Jésus nous invi­tait en effet à être comme ce « maître de mai­son qui tire de son tré­sor du neuf et de l’ancien ». L’ancien, la lec­ture tra­di­tion­nelle du récit de la mul­ti­pli­ca­tion des pains, c’est, me semble-t-il, admi­rer ce miracle extra­or­di­naire que Jésus a fait ce jour-là, comme un mer­veilleux pres­ti­di­gi­ta­teur qui sort des petits pains de sa manche, pour don­ner à man­ger à tout le monde, l’ancien c’est nous dire. « Ça nous ne pour­rons jamais le faire ! » — et nous ren­trons à la mai­son, rési­gnés.
Mais ce serait oublier que Jésus nous demande pré­ci­sé­ment : « Donnez-leur vous-mêmes à man­ger ! ». Oui, mes frères, mes sœurs, c’est désor­mais à nous de jouer ! Si nous vou­lons tirer du nou­veau du tré­sor de l’évangile, il ne suf­fit pas d’admirer Jésus, il faut faire comme lui, aujourd’­hui.

Mais, com­ment ? direz-vous. Nous n’avons rien à don­ner, ou si peu : cinq petits pains et deux pois­sons : trois fois rien !
Rappelons-nous alors l’enseignement des para­boles. Ce qui les carac­té­rise presque toutes est d’abord le contraste, la dis­pro­por­tion entre ce qui est semé et ce qui est récol­té : une petite graine qui devient un arbre ; un peu de levain qui fait lever toute la pâte ; le bon grain qui pro­duit le cen­tuple ; un bout de ter­rain qui contient un tré­sor, une perle fine qui vaut beau­coup plus que toute ma for­tune. Ces para­boles sont en effet toutes un appel à la foi, pour qu’advienne le Royaume. Et la foi ne consiste pas à adhé­rer à des véri­tés invé­ri­fiables, immuables, — ‘impen­sables’ (Jospeh Moingt) ; elle consiste à faire confiance en la puis­sance de Dieu qui fera croître la petite semence que nous avons enga­gée ; la foi consiste à nous enga­ger per­son­nel­le­ment dans cette œuvre de Dieu au ser­vice des humains. Même si nous n’avons pas grand-chose à don­ner, l’œuvre de Dieu consiste à « don­ner de son indi­gence » (comme la pauvre veuve dans le Temple qui met deux pié­cettes dans le tronc), et accueillir ain­si le Royaume.

Mais le récit de la mul­ti­pli­ca­tion des pains nous donne encore une clé essen­tielle pour com­prendre et pour mettre en œuvre ces para­boles. Il y est dit que « Jésus fut sai­si de pitié devant cette foule » et l’évangéliste Marc pré­cise « parce qu’ils étaient comme des bre­bis sans ber­ger ». Pour nous enga­ger réso­lu­ment dans ce ser­vice, il nous faut être moti­vé par une grande com­pas­sion. La foi seule ne suf­fit pas ; elle doit être por­tée par l’amour.
En situant ain­si le récit de la mul­ti­pli­ca­tion des pains dans l’ensemble de l’enseignement de Jésus, nous pou­vons bien sai­sir l’appel que l’évangile nous y adresse. Par ce récit qui peut paraître anec­do­tique au pre­mier abord, c’est tout l’évangile qui nous est pro­po­sé.

Il s’agit de par­ta­ger pour mul­ti­plier.
Nous n’avons pas grand-chose à appor­ter, mais Dieu aime mul­ti­plier le peu que nous don­nons. En fait, il n’aime pas tel­le­ment addi­tion­ner les richesses, les pré­ceptes, les mérites, le compte des péchés, mais il veut mul­ti­plier les chances, la grâce, la joie, la vie. Dès le pre­mier cha­pitre de la Genèse, il dit : « Croissez et multipliez-vous ! ». Jésus est venu pour que nous ayons la vie en abon­dance.
Or, comme nous le voyons dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est en par­ta­geant que l’on mul­ti­plie. Mais ça dépend évi­dem­ment de ce que l’on par­tage : notre avoir ou notre être. Le par­tage de ce que nous avons, d’une tarte, par exemple, ce par­tage la divise en parts d’autant plus petites quelles sont nom­breuses. On ne peut pas la par­ta­ger indé­fi­ni­ment. Au contraire, le par­tage de ce que nous sommes, le par­tage du vrai amour le mul­ti­plie. Les parents donnent tout leur amour à leur enfant ; s’ils en ont deux, ils don­ne­ront aux deux l’entièreté de leur amour ; s’ils en ont quatre, cha­cun ne rece­vra pas un quart, mais l’entièreté de leur amour. Le vrai amour gran­dit en se par­ta­geant.

C’est cela que nous enseigne la mul­ti­pli­ca­tion des pains. Les petits pains que Jésus dis­tri­bue sont l’image de son amour offert à cha­cun, inépui­sable. Si donc nous aus­si nous sommes « pris de com­pas­sion », même si nous n’avons pas grand-chose, ce que nous appor­tons peut beau­coup. Il faut tou­jours joindre cette foi à notre amour : la foi dans la puis­sance créa­trice du peu que nous don­nons, de notre atten­tion, notre temps, notre pré­sence. C’est ce que dit saint Paul : « Nous avons cru dans l’amour ». Et aux chré­tiens de C orinthe il pré­ci­sait : « que cha­cun donne selon la déci­sion de son cœur, sans cha­grin ni contrainte, car Dieu aime celui qui donne avec joie ». Car « le ser­vice de ce par­tage ne fera pas que com­bler les besoins des autres, il fera aus­si abon­der les actions de grâce (l’eucharistie) envers Dieu ».

Vous avez noté com­ment, dans son récit, l’évangéliste Matthieu décrit avec pré­ci­sion les gestes de Jésus, les gestes de l’eucharistie, la ‘frac­tion du pain’. « Il prit les cinq pains (et les deux pois­sons), et, levant les yeux au ciel, il pro­non­ça la béné­dic­tion : il rom­pit les pains, il les don­na aux dis­ciples, et les dis­ciples les don­nèrent à la foule ». Mes sœurs, mes frères, il en va de même aujourd’­hui : ras­sem­blés ici autour de l’autel, nous ne fai­sons pas qu’assister à la messe, nous par­ti­ci­pons au don que Jésus y fait de lui-même. Et s’il a don­né le pain à ses dis­ciples, c’était pour que les dis­ciples le donnent à leur tour à la foule. Oui, comme nous avons reçu, nous pou­vons nous aus­si nous don­ner à tous ceux qui nous entourent, tous ceux qui comptent sur nous et qui attendent de nous leur pain quo­ti­dien d’amour, — un amour tou­jours davan­tage don­né, mul­ti­plié.

Fr. Pierre

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