23ème dimanche du Temps Ordinaire, Année A

23ème dimanche du Temps Ordinaire, Année A

6 sep­tembre 2020

Ez 33, 7–9
Rm 13, 8–10
Mt 18, 15–20

Introduction

Mes sœurs, mes frères, soyez les bien­ve­nus
Ce temps que nous vivons est un nou­vel appren­tis­sage à aimer. Certains ont même com­pa­ré le confi­ne­ment à la vie monas­tique. Il nous ramène à l’essentiel, nous écarte des dis­trac­tions mon­daines, nous incite à cher­cher le sens de notre vie. L’amour ne fait rien de mal au pro­chain et aimons notre pro­chain comme nous-mêmes, nous redi­ra St Paul.

Cette pan­dé­mie nous rap­pelle aus­si que le mal existe, que l’homme n’en est pas direc­te­ment res­pon­sable, qu’il doit veiller à ne pas y par­ti­ci­per ni l’amplifier. Et bien sûr, qu’aucun sen­ti­ment de culpa­bi­li­té ne tient devant ce fait.

Quand on se conver­tit, le voile est enle­vé, écrit saint Paul (2 Cor 3. 16). Or, le Seigneur, c’est l’Esprit et là où l’Esprit du Seigneur est pré­sent, là est la liber­té. Et nous tous, nous reflé­tons la gloire du Seigneur et nous sommes trans­for­més en son image. Tournons nous vers sa Croix et que son Visage nous illu­mine chaque jour davan­tage.

Homélie

Dans son cha­pitre 18, l’Evangéliste Matthieu relie les sou­cis qu’il ren­contre dans la com­mu­nau­té qui est la sienne aux ensei­gne­ments de Jésus. Ces paroles de Jésus que nous enten­dons aujourd’hui, dans notre Eglise plu­tôt silen­cieuse, s’accordent-elles au confi­ne­ment qui nous est impo­sé ?
C’est un fait que nous avons tous vécu le confi­ne­ment alors que nous ne pré­sen­tions aucun signe d’une mala­die et ce mys­té­rieux virus nous a obli­gés à vivre reclus dans nos loge­ments. C’était, nous disait-on, le meilleur moyen d’endiguer ce fléau et de pro­té­ger nos contem­po­rains. Chaque jour appor­tait son lot de décès et d’hospitalisations. Les médias ne connais­saient que cela et pro­pa­geaient les mau­vaises nou­velles à chaque ins­tant : la peur avec son lot d’angoisses. La désta­bi­li­sa­tion de la socié­té était domi­nante.
Chrétiens, nous sommes deve­nus tout-à-coup res­pon­sables de la san­té de l’autre avec un para­doxe : autrui se révèle être mor­ti­fère pour nous. Afin d’éviter d’être conta­mi­nés, nous avons une nou­velle pra­tique de dis­tan­cia­tion. Nous pou­vons être celui qui est atteint et celui qui pro­page le virus. Le masque est encore le signe visible que nous pou­vons être dan­ge­reux. Les gestes d’affection et les embras­sades nous sont inter­dits.
Chrétiens, nous avons été obli­gés par injonc­tion à ne plus nous rendre dans nos lieux de célé­bra­tion et même à ne plus pou­voir com­mu­nier de Pâques à la Pentecôte et même après. Les res­tric­tions sur le nombre des per­sonnes admises dans nos églises sont encore valables. Dans la pre­mière lec­ture, le pro­phète Ezéchiel nous appelle à être des guet­teurs de l’aube. Que signi­fie de nos jours cet appel ?
Face à nous-mêmes, nous sommes appe­lés à nous resi­tuer dans notre foi et nos pra­tiques, à trou­ver un nou­vel équi­libre. Certes, les prêtres et les moines ont été par­fois créa­tifs pour accueillir leurs hôtes, par­ta­geant même les célé­bra­tions domi­ni­cales par un écran télé­vi­sé inter­po­sé. Des chré­tiens découvrent alors l’eucharistie sans pré­sence phy­sique, sans com­mu­nion. Nous avons fait preuve d’adaptation et d’ingéniosité. Nous pour­rions encore faire mieux en offrant le pain eucha­ris­tique à ceux qui le demandent.
St Paul nous dit : « N’ayez aucune dette envers qui que ce soit. Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même ». Sur cet aspect, Matthieu insiste dans l’Eglise de son temps sur trois points :
— Si vous ne deve­nez pas comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu. Les enfants, les petits, les per­sonnes âgées ou malades ont la prio­ri­té dans le Royaume de Dieu ;
— Ceux qui font du tort à ces petits, mieux vaut qu’on leur attache au cou une grosse meule et qu’on les pré­ci­pite dans l’abîme de la mer ;
— Nous sommes aus­si invi­tés à encou­ra­ger nos frères qui ont péché et à nous réunir pour prier en son nom.

Il faut savoir que dans les déci­sions prises par l’Etat, les réa­li­tés spi­ri­tuelles – et donc la vie des chré­tiens dans l’Eglise, ne sont pas consi­dé­rés comme prio­ri­taires. La pra­tique reli­gieuse (tant par les poli­tiques et l’opinion publique) est vue comme « facul­ta­tive ». Pourtant, L’Eglise pos­sède de l’Etat cette liber­té à gérer sa pra­tique dans l’espace public. Les reli­gions n’ont-elles pas voca­tion à être uni­ver­selles et de ne pas être consi­dé­rées comme caté­go­ries ?
Les chré­tiens, guet­teurs de l’aube du Royaume de Dieu, trouvent leur appar­te­nance à la vie de l’Eglise comme à celle d’un monas­tère par la prière. Cette prière anime le cœur de nos com­mu­nau­tés par le souffle de l’Esprit. Invoquons l’Esprit saint qui nous conduit au Christ Jésus et ayons foi dans sa Parole : « Je vous le déclare encore si deux d’entre vous, sur la terre, se mettent ensemble pour deman­der quoi que ce soit, cela leur sera accor­dé par mon Père qui est aux cieux. Car là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis au milieu d’eux ». Nous sommes conduits au Père par le Christ dans l’Esprit.

Que nous est-il deman­dé dans notre prière en ce temps de pan­dé­mie ? Je pense, d’abord, de recon­naître dans nos frères le visage du Christ, d’y décou­vrir la face du Seigneur au-delà des masques et des peurs.
Il nous est deman­dé aus­si de son­ger aux petits et aux faibles. Comme l’a admi­ra­ble­ment sou­li­gné Marie de Hennezel, dans nos homes et devant la mort, n’ayons pas peur. Soyons des êtres humains, des chré­tiens aus­si. Nous avons à lut­ter contre ce qui est inhu­main et à témoi­gner de notre foi dans le Christ res­sus­ci­té.
Je ne nie pas les pré­cau­tions et la pru­dence, mais accom­pa­gner les siens jusqu’au bout fait peur aux Européens et c’est un devoir qui s’inscrit dans les racines de l’humain, de l’humanité. Oui, nous avons à nous resi­tuer dans notre foi chré­tienne et dans nos pra­tiques.
Le confi­ne­ment nous a mis à nu. Nous avons décou­vert en quoi et en qui nous croyons. La vie enva­hie par la peur mène à notre propre des­truc­tion. Prenons ce temps d’épreuve comme la décou­verte d’une for­mi­dable liber­té et vivons de cette parole de saint Paul : « N’ayez d’autre dette envers qui que ce soit, sinon celle du pro­chain. Tu aime­ras ton pro­chain comme toi-même. Quand nous par­ta­ge­rons le corps du Christ, prions aus­si pour ceux et celles qui ne reçoivent pas cette pré­sence qui est au cœur de ce que le Christ nous demande de vivre jusqu’à son retour ».

Fr. Martin

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