Messe de funérailles du père Bernard Poupard

Messe de funérailles du père Bernard Poupard

Is 25,6–9 et Lc 24, 13–35

(en lien en bas de page, la vidéo de la messe de funé­railles)

Cet évan­gile est bien connu, mais j’ai tenu à vous le relire encore inté­gra­le­ment, parce qu’il cor­res­pond si bien à ce que nous com­pre­nons ces jours-ci grâce à notre Père Bernard.

Les deux dis­ciples d’Emmaüs avaient quit­té Jérusalem et s’en allaient à la dérive, sans espoir… Mais ils ont été rejoints par Jésus. Il leur a par­lé, et ils en eurent le cœur tout brû­lant ; ils ont alors bien vite recon­nu que leur Seigneur était vrai­ment resus­ci­té. Nous aus­si, mes sœurs, mes frères, nous croyons à la Résurrection. Et c’est le mémo­rial de sa Passion et de sa Résurrection que nous célé­brons en ce moment, quand nous fai­sons notre der­nier adieu à notre frère Bernard. Parce que, si sa vie ter­restre est ter­mi­née, il vit, et non seule­ment dans nos cœurs, mais aus­si dans le cœur de Dieu. Nous pou­vons donc le rejoindre dans la prière, pour conti­nuer de rece­voir son témoi­gnage, le témoi­gnage qu’il nous donne de la part de Dieu.
Nous recueillons avec gra­ti­tude, et nous vou­lons mettre en œuvre ce témoi­gnage, en par­ti­cu­lier sa foi dans la force de la Parole de Dieu. Nous nous sou­ve­nons de ses homé­lies et nous lisons ses livres, tou­jours habi­tés par cette foi dans la force et la per­ti­nence de la Parole. Nous pou­vons sen­tir que, lorsqu’il nous expli­quait les textes sacrés, il en avait lui-même le cœur tout brû­lant.

Il savait et nous fai­sait com­prendre qu’en défi­ni­tive il ne s’agit pas tel­le­ment d’expliquer les Écritures, mais de lais­ser Jésus nous les expli­quer, comme dans l’évangile. On peut en effet avoir une grande com­pé­tence, on peut faire une étude exhaus­tive de ce texte du cha­pitre 24 de saint Luc, et il est très utile de mon­trer com­bien ce texte est admi­ra­ble­ment construit. Mais il ne fau­drait jamais oublier que Jésus seul peut embra­ser nos cœurs, pour qu’ils deviennent des ins­tru­ments de son amour.

Concrètement, cela veut dire qu’il nous faut au préa­lable éta­blir ce lien, ce lien de conni­vence et d’amitié avec Jésus, pour pou­voir plei­ne­ment inter­pré­ter ces textes. Car il ne s’agit pas seule­ment d’expliquer, rétros­pec­ti­ve­ment, pour­quoi saint Luc a écrit cela, mais aus­si, et sur­tout, pour­quoi, dans quel but, cela a été écrit pour nous, aujourd’­hui. Et c’est dans la prière et le ser­vice que nous pou­vons dis­cer­ner l’appel que Dieu nous adresse en tout cela, quand notam­ment nous pou­vons déjà quelque peu pen­ser comme Jésus, avoir les mêmes sen­ti­ments qui furent dans le Christ. C’est cela la véri­table lec­tio divi­na. Parce qu’alors, en la pra­ti­quant, comme le Père Bernard en a été le témoin, nous lais­sons l’Esprit de Jésus nous brû­ler le cœur. Et nous pou­vons, à notre tour, trans­mettre ce feu autour de nous. En effet les Écritures sont essen­tiel­le­ment un appel à col­la­bo­rer au salut pour tous nos contem­po­rains.

La pre­mière lec­ture, du pro­phète Isaïe, que nous avons enten­due à l’instant expli­cite pour nous cet autre trait essen­tiel de la per­son­na­li­té du Père Bernard, notam­ment la dimen­sion uni­ver­sa­liste de sa voca­tion, pour le salut de tous ses contem­po­rains. Il nous faut éga­le­ment l’évoquer, pour que notre action de grâce au Seigneur soit com­plète.

Vous savez en effet qu’avant de venir ici, à Clerlande, en 2000, le Père Bernard a pas­sé vingt ans en Afrique et puis encore une dizaine d’années en France. Sa pre­mière voca­tion, en choi­sis­sant d’entrer au monas­tère de Toumliline, au Maroc, était pré­ci­sé­ment dic­tée par ce grand désir de témoi­gner de l’évangile à toutes les nations, au moyen de la vie monas­tique.
Sa recherche spi­ri­tuelle, fon­dée sur la médi­ta­tion de la Parole, n’était pas pure­ment monas­tique au sens d’érémitique. De nom­breuses per­sonnes nous ont dit, ces jours-ci, com­bien sa par­ti­ci­pa­tion à diverses formes d’évangélisation a été pré­cieuse. Il le fai­sait de façon très simple, pro­fon­dé­ment humaine. Il n’était pas un ascète aus­tère, ni un mys­tique exal­té, mais il témoi­gnait de la ‘Face humaine de Dieu’, pour reprendre le titre d’un de ses livres.

Pour aller jusqu’au bout de cette huma­ni­té, jusqu’au plus pro­fond, il a aus­si été appe­lé à tra­ver­ser la mala­die. Il nous était dif­fi­cile de savoir ce qu’il res­sen­tait, s’il se retrou­vait par­fois dans le doute et le désar­roi qu’avait connu les dis­ciples d’Emmaüs sur leur che­min à la dérive. Il ne pou­vait presque plus par­ler. Mais il ne se plai­gnait en tout cas jamais. Sa médi­ta­tion, sa foi étaient plus fortes. Elles lui ont per­mis de tenir dans une grande séré­ni­té. Il est vrai qu’il a été très atten­ti­ve­ment accom­pa­gné, aidé, encou­ra­gé par ses frères et amis, tout au long de sa mala­die.

Quand je suis allé lui por­ter la com­mu­nion, lun­di pas­sé, la veille de sa mort, — c’était sa der­nière com­mu­nion, — un petit bout de pain rom­pu, en me voyant appro­cher, il a ten­du la main pour accueillir le corps du Christ. Il avait lui-même le corps bri­sé, rom­pu. Mais il ten­dait la main dans la foi. Il recon­nais­sait le Ressuscité à la frac­tion du pain.

Fr. Pierre de Béthune

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