4è Dimanche de l’Avent 2020

4è Dimanche de l’Avent, Année B

19 décembre 2020

Introduction

Chers frères et sœurs,
Bienvenue à vous tous, ici dans cet ora­toire de Clerlande et plus encore à vous tous, grâce à la connexion inter­net. Songeons à notre tech­ni­cien qui depuis des mois assure cette connexion, Francesco Ruffo. Il nous suit ce matin dans son lit d’hôpital, après une opé­ra­tion subie il y a quelques jours. Prions pour lui qu’il nous soit ren­du au plus vite, et bien réta­bli ! Et remer­cions les amis qui le rem­placent avec art !
Accueillons aus­si par­mi nous un frère qui nous vient du Nigeria, fr. Godefroy, cueilli à l’aéroport ce matin tôt ! Wellcome in our mid­st, dear Godefroy, enjoy your stay bet­ween us, even if the tem­pe­ra­ture will be rather cool for you, those very first days, we apologize !
Aujourd’hui, qua­trième et der­nier Dimanche de l’Avent, on a allu­mé le qua­trième cierge de la cou­ronne de l’Avent. C’est depuis le cin­quième siècle le jour où l’on célèbre l’Annonciation de l’ange Gabriel à la Vierge Marie de Nazareth. L’Angelus que l’on prie trois fois par jour, se clô­ture avec l’oraison qui est celle d’aujourd’hui jus­te­ment : dans cette prière on rap­pelle en un seul mou­ve­ment l’annonce de l’incarnation de Jésus, sa pas­sion et la croix, et sa résur­rec­tion, pour nous conduire tous jusque dans la gloire avec lui ! Laissons-nous sai­sir par ce mou­ve­ment, ouvrons notre cœur à la Parole qui s’incarne et qui éta­blit sa demeure en cha­cun de nous, mer­veille des mer­veilles. Invoquons le Christ qu’il nous visite, nous et notre monde, pour nous sauver.
Que ta grâce, Seigneur notre Dieu, se répande en nos cœurs :
par le mes­sage de l’ange, tu nous as fait connaître l’incarnation de ton Fils bien-aimé. Conduis-nous par sa Passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur…

Homélie

Bien chers frères et sœurs,
« Le roi David habi­tait enfin dans sa mai­son ». C’est ain­si que com­mence la pre­mière lec­ture. « Enfin », « dans sa mai­son » ! Tout est tran­quille autour de lui. Plus de guerres, plus d’ennemis à craindre. Il peut réflé­chir et son­ger à autre chose. « Enfin », disait le texte. Et il constate : « J’habite dans une mai­son de cèdre, et l’arche de Dieu habite sous un abri de toile ! » Il veut construire une belle mai­son pour Dieu ! Pas mal comme point de départ. Le mot « mai­son » dans toute cette page revient sans cesse, bien quinze fois quand on lit toute la page jusqu’au bout ! Le pro­phète Nathan approuve : « Suis ton cœur. Tu fais bien » ! Mais de nuit Dieu parle à son pro­phète qui est ren­voyé au roi avec une question :
« Est-ce toi qui me bâti­ras une mai­son pour que j’y habite ?
Le Seigneur t’annonce qu’il te fera lui-même une maison !
Je te sus­ci­te­rai un suc­ces­seur et je ren­drai stable sa royauté.
Ta mai­son et ta royau­té sub­sis­te­ront tou­jours devant moi,
ton trône sera stable pour tou­jours ! »
Quelles pro­messes ! Mais aus­si quel ren­ver­se­ment : « Toi, une mai­son pour moi ? Non, moi une mai­son pour toi ! » Avec un glis­se­ment de sens : la mai­son devient une famille, une des­cen­dance, une royau­té assu­rée pour des géné­ra­tions ! Et dans cette des­cen­dance il y aura quelqu’un qui construi­ra une mai­son pour Dieu, un temple, à savoir Salomon, le fils de David ! Le pro­jet ima­gi­né par David se réa­li­se­ra tout de même mais autrement !

Le grand et long Psaume 88 rejoue splen­di­de­ment l’oracle de Nathan :
« Sans fin je lui gar­de­rai mon amour, mon alliance avec lui sera fidèle ». « Il me dira : Tu es mon Père ! il sera pour moi un fils ! »
Dieu est fidèle. Par-delà cer­taines épreuves…

Mais que devien­dra la mai­son de David, aus­si­tôt après l’exil ? Plus rien de signi­fi­ca­tif… Ce seront les prêtres qui diri­ge­ront le peuple. On par­le­ra d’un « royaume de prêtres » qui veille­ra sur le peuple pour en faire un « peuple saint » car consa­cré à Dieu par une conduite sainte. C’est Dieu lui-même qui sera en per­sonne le roi véri­table, et les prêtres veille­ront à la pleine recon­nais­sance de ce royaume-là. On assiste donc au cin­quième et qua­trième siècle avant notre ère à un shift, à un curieux déca­lage dans la théo­lo­gie du roi et de la royauté-royaume. Jésus lui-même par­ta­geait cette vision. Il était plein de l’idée du Royaume de Dieu qui est tout proche, sur le point de se mani­fes­ter en plé­ni­tude. Jamais il ne parle de la royau­té de David ! La foule, oui, elle, l’acclame, lors de son entrée à Jérusalem : « Voici le royaume de David qui arrive ! » Mais pour Jésus, c’est Dieu qui est le roi ! Et son espé­rance, c’est que très pro­chai­ne­ment ce Royaume de Dieu va écla­ter et intro­duire jus­tice et paix sur terre.

De Paul on entend, dans la deuxième lec­ture, la conclu­sion solen­nelle de sa longue épître aux Romains : une doxo­lo­gie. Il y a « mon évan­gile » qui pro­clame Jésus Christ comme révé­la­tion d’un mys­tère por­té main­te­nant à la connais­sance de toutes les nations : c’est par l’obéissance de la foi qu’on entre dans le Royaume de Dieu qui est jus­tice et récon­ci­lia­tion avec Dieu, le Dieu sage comme seul lui est sage, pour conduire l’histoire vers sa plé­ni­tude ! Dieu est entré dans l’histoire d’un peuple avec un mes­sage qui concerne tous les peuples. Et moi, Paul, je suis man­da­té comme le por­teur de cet évan­gile. Tout est sagesse divine dans cette haute com­mu­ni­ca­tion. Rendons ensemble – peuple juif et toutes les nations – gloire au Dieu unique.
Voilà ce que la litur­gie a choi­si comme courte lec­ture de l’Apôtre. On y contemple la grande fina­li­té du mes­sage qui a com­men­cé avec celui l’ange Gabriel à Nazareth !

L’évan­gile du jour est jus­te­ment l’annonciation à une vierge don­née en mariage à un cer­tain Joseph, des­cen­dant de David. « Marie » est le nom de cette vierge. Elle écoute et réagit jusqu’à trois reprises. Crainte, éton­ne­ment – « Commet cela se fera-t-il ? », accueil réso­lu et simple. « Voici la ser­vante du Seigneur ! » Un Oui déci­sif. Juste avant Noël, le tout der­nier dimanche de la pré­pa­ra­tion. Or l’Ange inonde le cœur de Marie – et les nôtres – de paroles qui se réfèrent à une bonne dizaine de pro­messes mes­sia­niques. « Il sera grand…, il sera appe­lé…, il sera consi­dé­ré…, il régne­ra pour tou­jours… Oui, rien n’est impos­sible à Dieu ». La Genèse, le pro­phète Nathan, Isaïe, Daniel, les Psaumes… Tout converge pour dési­gner l’Enfant à venir. On peut s’interroger : chaque enfant qui naît est un pos­sible Messie ? Chaque Messie vient de Dieu mais entre dans l’histoire comme un petit être tota­le­ment dépen­dant d’une maman qui l’allaitera…
Deux pôles se ren­contrent ici : le divin et le très humain, se pla­çant l’un en face de l’autre, de façon ris­quée, de part et d’autre. Mystère de liber­té. Dieu prend un risque énorme en se confiant à cette jeune femme et Marie à son tour se risque, consent, s’engage en toute liberté !

Les icônes ou fresques ont essayé de res­sai­sir ce moment extra­or­di­naire. Fra Angelico au couvent domi­ni­cain de San Marco à Florence, a dépeint un ange mer­veilleux en haut des esca­liers : l’ange d’une beau­té splen­dide et ter­rible tout à la fois, se baisse, s’agenouille, est plein de révé­rence devant la gran­deur de ce qui se passe dans le cœur de Marie ! Un autre artiste, Andrea Della Robbia, dans un bas-relief, pré­sente Marie assise, le livre ouvert sur les genoux. Elle lit : une main sur le livre, s’identifiant avec ce qu’elle lit, l’autre main sur le cœur, qui acquiesce et consent à tout ce qui est écrit dans le Livre, et tout son être est tour­né vers l’Esprit qui comme une colombe s’approche d’elle. On peut même déchif­frer le texte qu’elle lit. Isaïe : Ecce Virgo conci­piet et pariet… « Voici que la vierge conce­vra et va enfan­ter un fils… » (Is 7,14). L’Esprit saint, le sang du cœur et l’eau de l’élémentaire, la lettre se rejoignent. Les trois – l’esprit, le sang et l’eau – ne font qu’un. Et ain­si le divin entre dans l’histoire humaine.

Andrea Della Robia, Vierge à l’enfant,

Or chaque fois que ces trois ne font qu’un – dans chaque acte de lec­ture com­plet – le divin rejoint la condi­tion humaine. A la mort de ce fils de Marie le qua­trième évan­gile décrit com­ment l’Esprit est livré, du haut de la croix, et com­ment de son côté ouvert par la lance, le sang et l’eau jaillirent. La vie au-delà de la mort se transmet.

Bien lire et se recueillir, c’est renaître, engen­drer mais aus­si mou­rir, s’abandonner jusqu’à l’extrême et trans­mettre ain­si la grande Vie.

Marie, désor­mais est au centre de la litur­gie de l’Avent. Jusqu’au jour même de la naissance.

L’icône du signe nous regarde : la posi­tion des bras et des deux mains, en orante. Toute sa per­sonne prie et sup­plie. Mais au milieu de l’icône, comme un foyer de feu et de lumière, il y a l’Enfant imberbe qui bénit. Les mains de la mère et les mains du Fils se com­plètent et disent le tout de la prière : être béni par l’Enfant Dieu-avec-nous et sup­plier avec la mère, Marie. Icône-miroir de l’Église en prière en ces der­niers jours. Regardez et contem­plez. Devenir, cha­cun de nous, un temple, une mai­son où habite notre Dieu. Dans le silence, dans l’intimité, dans le secret de nos mai­sons humbles et domes­tiques. Acculés par le Covid 19 et les mesures gou­ver­ne­men­tales à retrou­ver le temple secret de notre foyer fami­lial et à y célé­brer Noël tout autre­ment. L’église pen­dant des siècles n’avait pas des temples autres que la mai­son, une table et ce qui pou­vait se réunir autour d’une table. Voilà le module ancien que nous pou­vons redé­cou­vrir aujourd’hui foyer par foyer, à deux ou trois, en nous sou­ve­nant des paroles mêmes du Maître
— « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, Je suis au milieu de vous ».
— « Dans l’une ou l’autre mai­son ils firent la frac­tion du pain », lit-on au début des Actes des Apôtres
— « Qui garde ma Parole, mon Père l’aimera, nous vien­drons à lui et nous ferons chez lui notre demeure ».
La « mai­son pour Dieu » que David vou­lait construire, Dieu la construit chez toi qui gardes sa parole.
Soyons avec Marie des femmes et des hommes de prière, redé­cou­vrons la mai­son évan­gé­lique où par l’humble acquies­ce­ment naît l’événement de ce que nous appe­lons avec un nom énorme : l’incarnation. Réalisons enfin de nou­veau plei­ne­ment la digni­té sacer­do­tale de notre bap­tême. Que ces images com­men­tées nous servent de miroir spi­ri­tuel. L’eau, le sang et l’Esprit en se rejoi­gnant en nous, créent du neuf, du divin au cœur de notre his­toire éprou­vée. Voilà ce que pro­met d’être de façon insoup­çon­née Noël 2020.
« Joie au ciel, exulte la terre », « paix aux humains qui accueillent la bien­veillance divine ». AMEN.

Fr. Benoît

Une réflexion sur « 4è Dimanche de l’Avent 2020 »

  1. Quand je lis ce qui pré­cède, je pense immé­dia­te­ment au dic­ton bien connu : “moins c’est plus” — je ne peux pas gar­der mon atten­tion et cela com­mence à res­sem­bler à une dis­ser­ta­tion dans une facul­té de théo­lo­gie d’un pro­fes­seur qui oublie que ses élèves jouent aux dés dans son dos et écrivent des lettres d’a­mour. Cela dit, je vais par­ta­ger mes der­nières asso­cia­tions libres avec ceux qui veulent entendre une voix dif­fé­rente, et ensuite j’ai l’in­ten­tion de deve­nir un spec­ta­teur ano­nyme et silen­cieux contre ma nature.

    La concep­tion imma­cu­lée de la mère de Dieu s’ex­prime dans l’é­glise dans le même souffle que le mys­tère de la nais­sance d’un enfant divin. Aux cent et un noms, rose, mère de la misé­ri­corde, mère des dou­leurs, reine des apôtres, reine du ciel, bien­heu­reuse entre les femmes… …le nom ter­restre Mary pâle.Si nous nous per­dons dans le culte d’une femme décrite comme une simple fille d’un vil­lage rural insi­gni­fiant, nos sen­ti­ments la trans­forment en un ange sur­na­tu­rel dans l’é­phé­mère de l’u­ni­vers. Il n’y a pas de sang rouge qui cir­cule dans ces hautes couches. Ici, nous ne pou­vons plus la voir comme une femme mûre qui aspire à un homme du plus pro­fond de son corps et qui, dans cette pas­sion, est bénie avec un enfant. La gros­sesse fas­ti­dieuse avec le ventre gon­flé, les nuits blanches, l’a­gi­ta­tion, les nau­sées au petit matin, les fausses crampes avant que les vraies convul­sions ne com­mencent pen­dant l’ac­cou­che­ment sont alors des maux pour les femmes ordi­naires d’Israël. Sans dou­leur, elle donne nais­sance à son enfant de Dieu dans la légende car elle n’a pas connu d’homme.C’est aus­si sa réponse après la ren­contre inat­ten­due avec l’Ange Gabriel, et avec cela elle s’en­gage dans la série sans fin des nais­sances divines dans des cir­cons­tances par­ti­cu­lières en Orient et en Occident. Ce qui se passe dans l’es­prit d’un peuple à cette époque ! Il semble que, dans un bon­heur exta­tique, ils oublient les limites et les limites de l’exis­tence ter­restre et qu’une néces­si­té inté­rieure s’ouvre à eux pour sai­sir l’im­pos­sible — le jar­din d’Eden per­du — une uni­té par­faite — qui a exis­té ou n’a jamais exis­té mais qui conti­nue à han­ter l’âme. Elle relie et divise l’homme à tra­vers les siècles dans le champ de ten­sion presque impos­sible, sur un conti­nuum d’in­nom­brables inter­sec­tions inté­rieures entre le désir intense et ins­tinc­tif d’un corps fra­gile, qui trouve son accom­plis­se­ment dans les plai­sirs sen­suels de la terre mère et un insai­sis­sable désir spi­ri­tuel de trans­cen­dance. Nous sommes et res­tons pri­son­niers d’une sorte de tra­gé­die, que cela nous plaise ou non. Et encore et tou­jours, on attend de cha­cun une réponse. Pas la réponse ! Pas la réponse ! ( trans­la­tion Néerlandais

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