1er Dimanche de l’Avent « Il vient, mais où ? »

« Il vient, mais où ? »

1er dimanche de l’Avent 2020, année B

Mc 13, 31–37

Le temps de l’Avent est le temps de la Venue du Seigneur. Il n’est pas seule­ment une pré­pa­ra­tion à sa venue à Noël ; c’est un temps où l’on est plus atten­tif à toutes ses venues, depuis les temps les plus recu­lés et jusqu’à la fin des temps.
Précisément, dimanche pas­sé, dans l’évangile selon saint Matthieu, c’était très clair : les der­nières paroles que Jésus a pro­non­cées, avant d’entrer dans sa Passion, étaient : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Oui, il vient par­mi nous dans le plus petit ; il est tou­jours là ! Encore faut-il que nous nous en ren­dions compte !

Ce dimanche nous enten­dons aus­si les der­nières paroles de Jésus avant d’entrer dans sa Passion, cette fois dans l’évangile selon saint Marc : « Je le dis à tous : Veillez ! ». Effectivement, pour voir les venues du Seigneur qui passent si sou­vent inaper­çues, il faut être vrai­ment éveillé. Nous savons d’expérience que nous pou­vons pas­ser à côté de situa­tion qui appellent notre inter­ven­tion, mais que nous ne les voyons pas. Je crois donc que nous devons rece­voir ensemble ces der­nières paroles de Jésus avant sa Passion, comme les ont rete­nu Matthieu et Marc, car, pour ne pas man­quer de voir Jésus dans nos frères et sœurs, il nous faut aus­si être sobres et veiller. Nous décou­vrons même que ces paroles réca­pi­tulent bien tout l’évangile et toute notre vie à la suite de Jésus-Christ.

Voyons donc l’évangile d’aujourd’hui, et demandons-nous plus pré­ci­sé­ment : Qu’est-ce que ‘veiller’ ? Veiller tard, quand nous pro­lon­geons la soi­rée pour conti­nuer une ren­contre, une conver­sa­tion, un tra­vail, un film ? Ou bien nous réveiller plus tôt, pour prier, pour être bien dis­po­sé à com­men­cer la jour­née qui nous est don­née ? Le pre­mier type d’éveil est une atten­tion plus pré­cise, l’autre est une ouver­ture plus large. Les deux sortes de veille sont impor­tants pour vivre selon l’évangile. Mais le corps du texte d’aujourd’hui évoque le deuxième type d’éveil.
Il y est ques­tion de notre atten­tion au moment de la venue du Seigneur, un ‘moment favo­rable’ (kai­ros), mais un moment que nous ne connais­sons pas d’avance. Il nous faut donc veiller dans l’ignorance. Quand Jésus nous demande de ‘veiller’, il nous invite d’abord à déve­lop­per cette atten­tion ouverte au ‘temps’ qui nous est don­né, pour être capable d’en tirer tout le par­ti. Je pense ici à ce qu’il disait ailleurs sur l’attention aux ‘signes du temps’ (Lc 12, 54–56). Or cette atten­tion lar­ge­ment ouverte nous per­met pré­ci­sé­ment de per­ce­voir les appels qui sont adres­sés autour de nous, venant de toutes les direc­tions, et à tout moment. Cependant c’est dans l’ignorance. N’est-ce pas aus­si l’ignorance des dis­ciples qui demandent : « Quand est-ce que nous t’avons vu avoir faim et t’avons don­né à man­ger ? » Oui, la ‘veille’, l’attention que Jésus nous demande ici est cette ouver­ture tous azi­muts, cet éveil tout autour de nous, libre de toute pré­oc­cu­pa­tion indi­vi­duelle, pour pou­voir répondre libre­ment, spon­ta­né­ment à ce qui nous sera deman­dé, quand nous ren­con­tre­rons quelqu’un qui a faim ou soif, ou a besoin d’une visite…

Notons encore que pour être effec­ti­ve­ment vif et cha­leu­reux, ce regard évan­gé­lique que nous por­tons sur nos sœurs et frères doit bai­gner dans une atten­tion pai­sible, priante, médi­ta­tive. Et je pense ici aus­si à l’‘éveil’ boud­dhique qui n’est pas une fuite dans le nir­va­na, comme on le pense par­fois, mais une ouver­ture, une atten­tion por­tée à tous les êtres vivants. La vigi­lance que celui qu’on a appe­lé l’Éveillé pro­pose n’est pas loin de celle que nous demande l’évangile. Elle sup­pose une grande liber­té par rap­port à nos pré­oc­cu­pa­tions per­son­nelles, même par rap­port à nos sen­ti­ments, notre com­pas­sion et notre bonne volon­té. Car il nous faut aus­si ce que j’appellerais la ‘dis­po­ni­bi­li­té à l’inconnu’, celle que déve­loppe une prière pai­sible ou la méditation.
Mais je dois ajou­ter ici que ce seul type d’éveil médi­ta­tif, — indis­pen­sable, — ne suf­fit pas. Revenons donc au début de l’évangile que j’ai lu. Jésus recon­nait que le ciel et la terre pas­se­ront, mais il nous demande de por­ter toute notre atten­tion sur ses « Paroles qui ne pas­se­ront pas ». Or ses paroles sont pré­cises, tran­chantes même, et bien connues. Il s’agit donc ici de l’autre façon de veiller. Car il y a deux façons de veiller, comme je vous le disais en commençant.
À côté de cette ouver­ture tous azi­mut pour accueillir l’inconnu, Jésus nous demande aus­si, à cer­tains moments, une atten­tion pré­cise sur ses Paroles ; et en ce cas, il s’agit de concen­trer notre atten­tion, de la foca­li­ser sur des appels pré­cis, comme « Vous ne pou­vez pas ser­vir deux maîtres, Dieu et l’Argent » ou « Priez pour vos enne­mis » ou encore « Qui cherche à sau­ver sa vie la per­dra ; qui perd sa vie la trou­ve­ra ». Ce sont là des paroles nettes, par­fois dif­fi­ciles ; il ne faut pas y échap­per ! Mais nous pou­vons les étu­dier, les appro­fon­dir, pour voir com­ment les mettre en œuvre. C’est la lec­tio divi­na. Une atten­tion priante

Nous pou­vons conclure que ce temps de l’Avent que nous inau­gu­rons aujourd’­hui nous est don­né pour renou­ve­ler notre façon de veiller, — toutes les façons de veiller, — pour accueillir la Venue de notre Seigneur.
En effet, de dimanche en dimanche, ou même chaque jour, la litur­gie nous offre d’abord un choix de Paroles qui pré­cisent le condi­tions de sa venue, telles que don­nées par Isaïe et les autres pro­phètes, puis par le Précurseur, Jean-Baptiste et enfin par la Vierge Marie elle-même. Il y a là une occa­sion pour renou­ve­ler notre lec­tio divi­na sur des textes par­ti­cu­liè­re­ment interpellants.
Et, après la litur­gie de la Parole, nous pou­vons encore vivre plus inten­sé­ment sa venue, car il s’agit alors d’accueillir le Seigneur qui vient mys­té­rieu­se­ment dans le par­tage du pain. En com­mu­niant à son par­tage, en offrant à notre tour tout ce que nous sommes, sans tou­jours savoir à quoi cela nous mène­ra, il nous éveille à la vraie vie. Et en vivant tous les mys­tères du Christ de sa Naissance à sa Passion, nous pour­rons abou­tir à la célé­bra­tion de sa Pâque. Nous pou­vons alors entendre l’appel qu’il adresse à nous aus­si : « Éveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi, et le Christ t’illuminera. » (Eph 5„14)

Fr. Pierre

Une réflexion sur « 1er Dimanche de l’Avent « Il vient, mais où ? » »

  1. Ce qui revient comme un fil conduc­teur dans l’ho­mé­lie est l’im­por­tance de l’ou­ver­ture d’es­prit et de l’at­ten­tion concen­trée sur l’é­cri­ture, culmi­nant dans la com­mu­nion dans l’Eucharistie. L’hypothèse selon laquelle l’ou­ver­ture est exempte de pré­ju­gés et de pré­fé­rences et aver­sions per­son­nelles est très éloi­gnée du désir occi­den­tal de se pro­fi­ler comme un indi­vi­du au des­tin unique. Dans les temples boud­dhistes, elle est écou­tée dans le Teisho et pra­ti­quée avec dili­gence par des médi­ta­tions constantes pour résoudre ce qui est cal­ci­fié ou rigide et empêche un esprit “vrai­ment libre”. Si un dis­ciple ren­contre un “Saint” dans son exer­cice, il est même décou­ra­gé de pré­ve­nir l’in­fla­tion du fra­gile ego en lui deman­dant de pour­suivre la pra­tique simple et aus­tère de chaque jour. Le dis­cer­ne­ment et l’ex­pé­rience directe sont cen­traux et non l’a­mour entre Dieu — le créa­teur et son peuple élu et donc fon­da­men­ta­le­ment dif­fé­rent — comme l’op­po­si­tion entre non — dua­lisme et dua­lisme. Si nous allons plus loin dans la Lectio Divina comme che­min pos­sible vers la sagesse, nous ren­con­trons d’autres pierres d’a­chop­pe­ment, qui ont déjà conduit à des schismes dans l’é­glise dans le pas­sé et à des per­sé­cu­tions et des rejets purs et simples. Les anciens gnos­tiques ont tou­jours reje­té le Dieu-Créateur parce qu’ils étaient très déçus par la créa­tion et les qua­li­tés dic­ta­to­riales d’un JHWH trop anthro­po­mor­phique de l’Ancien Testament. Ils n’ont jamais pu com­bler le fos­sé entre le Dieu du judaïsme et le Christ misé­ri­cor­dieux — roi des évan­giles. Ce n’est pas un obs­tacle pour les pro­tes­tants et les catho­liques, mais ils doivent res­ter vigi­lants face à un anti­sé­mi­tisme dor­mant et par­fois d’ac­tua­li­té pour des rai­sons qui ne doivent pas être recher­chées loin de là. En 2020, après l’ex­ter­mi­na­tion ou grâce à cette tra­gé­die, les Juifs ont été recon­nus par les auto­ri­tés comme des croyants, qui peuvent être comp­tés par­mi la foule rache­tée par le sang de l’Agneau. Mais il en va autre­ment depuis des siècles. Le Christ est recon­nu comme un rab­bin impor­tant, comme une conces­sion des juifs, mais c’est tout et aucun juif n’ou­blie­ra l’at­ti­tude des chré­tiens et de Rome sous le régime du national-socialisme pen­dant les guerres mon­diales. Nous sommes confron­tés à de nom­breux défis, qui ne se ter­mi­ne­ront pas par des dis­putes théo­lo­giques au niveau aca­dé­mique, ni par la conver­sion ou la convic­tion d’une véri­té abso­lue, ni par des lita­nies sans fin … À mon avis, nous pou­vons déci­der qu’a­près 2020 après Jésus-Christ, et c’est pour­quoi l’Avent, dans son sens fon­da­men­tal d’é­veil, devient de plus en plus impor­tant … ( réflexion modeste ! — tra­duc­tion du néerlandais )

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