3è Dimanche de l’Avent : La Joie Parfaite

La Joie Parfaite

3ème dimanche Avent, année B

Dimanche 13 décembre 2020

Jn 1, 6–8, 19–28

Ce troi­sième dimanche de l’Avent est le dimanche de la joie : Gaudete ! Le pro­phète Isaïe nous annonce : « Je tres­saille de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. » Et saint Paul : « Frères, soyez tou­jours dans la joie ! » Et puis, en contraste, l’évangile nous pré­sente la figure de Jean-Baptiste, un per­son­nage aus­tère, hir­sute, excen­trique, qui vit comme un sau­vage. Il n’est vrai­ment pas rigo­lo, mais plu­tôt effrayant. Alors, com­ment mettre ensemble frayeur et joie ? Comment ce Jean-Baptiste nous prépare-t-il à la joie de Noël, si douce et si pai­sible ? Décidément la litur­gie nous mène à hue et à dia ! Elle se plait à nous pré­sen­ter des contrastes vio­lents entre des réa­li­tés appa­rem­ment irré­con­ci­liables. Comment les accueillir ensemble ?

Et si c’était là pré­ci­sé­ment la réa­li­té de notre vie ? toute la réa­li­té de notre monde, si contras­tée, et cepen­dant à tou­jours uni­fier ? N’est-ce pas là, pré­ci­sé­ment notre tâche ?
Ces lec­tures (d’Isaïe, Paul et Jean) sont en tout cas l’occasion pour nous deman­der quelle sera notre joie de Noël. Il est vrai que la joie de cette sai­son est sou­vent vécue comme une trêve, une paren­thèse. Elle nous invite, semble-t-il, à un peu fer­mer les yeux, au moins pen­dant quelques jours, sur toutes les réa­li­tés si sou­vent effrayantes de notre monde, — quitte à exor­ci­ser notre inquié­tude par quelques géné­ro­si­tés. Mais nous savons bien que là n’est pas la vraie joie.
Il ne faut pas confondre joie et bon­heur. Tant mieux si le bon­heur nous échoit. Il ne faut pas bou­der son plai­sir. Rendons grâce à Dieu pour tout le bon­heur que nous rece­vons. Mais l’expérience nous rap­pelle com­bien il est fra­gile. La moindre contra­dic­tion peut le bles­ser ; un petit contre­temps le détruit. Il est comme un bal­lon qu’une piqure d’épingle dégonfle. Au contraire la joie n’exclue jamais ce qui nous semble la trou­bler. Je crois même qu’elle n’existe que lorsque nous accueillons toute la réa­li­té. C’est pour­quoi elle peut bien exis­ter au milieu des dou­leurs et même des contrariétés.

St Jean Batiste dans le désert, Jérôme Bosch, vers 1489

La joie par­faite se trouve dans l’accueil inconditionnel.
Dans cet esprit nous pou­vons main­te­nant jeter un nou­veau regard sur Jean-Baptiste. Au pre­mier abord, il ne sem­blait effec­ti­ve­ment pas très doué pour la joie ! Et cepen­dant ! Trois mois avant sa nais­sance il bon­dis­sait déjà d’allégresse dans le sein de sa mère. Je n’en connais pas beau­coup qui aient connu une telle expé­rience. Et, à l’autre bout de sa vie, la der­nière parole que les évan­giles aient rete­nue de lui est tout aus­si sur­pre­nante. C’est au cha­pitre 3 de l’évangile selon saint Jean : « Je ne suis pas le Christ, moi, mais je suis envoyé devant lui. Qui a l’épouse est l’époux ; mais l’ami de l’époux qui se tient là et qui l’entend, est ravi de joie à la voix de l’époux. Voilà ma joie ; elle est main­te­nant par­faite. Il faut qu’il gran­disse, et que moi je dimi­nue. » Ainsi toute sa vie est enca­drée par ces expé­riences de grand joie.
C’est ain­si qu’il nous révèle une clef essen­tielle pour accé­der à la joie.
Il nous révèle que la joie nous vient d’ailleurs : elle nous est tou­jours don­née ; nous ne la pos­sé­dons pas, et, d’ailleurs, quand nous vou­lons l’agripper, elle s’évanouit. Il nous révèle aus­si que la joie nous est tou­jours don­née par une ren­contre. C’est à la ren­contre de Jésus que Jean-Baptiste a bon­di d’allégresse, lors de la visi­ta­tion de Marie, enceinte de Jésus. Et c’est encore en se tenant près de son ami, en l’entendant, qu’il est ravi de joie et connait la joie par­faite. Oui ! sa joie lui vient d’ailleurs. Il ne la prend pas, elle lui est don­née, désor­mais imprenable.

A une pre­mière lec­ture la page d’évangile selon saint Jean que nous avons enten­du aujourd’hui semble peu éclai­rante à ce pro­pos. Jean-Baptiste ne fait que dire : « Je ne suis pas… ». Il ne se défi­nit qu’en creux, parce qu’il vit pour un autre. Mais de son point de vue cette situa­tion est pure joie : il a recon­nu en Jésus celui que tous attendent et ne voient pas. « Il y a par­mi vous celui que vous ne connais­sez pas. » Mais lui l’a recon­nu et il a même com­pris que Jésus de Nazareth était celui qui « est envoyé por­ter la bonne nou­velle aux pauvres, gué­rir ceux qui ont le cœur bri­sé, annon­cer aux pri­son­niers la déli­vrance et aux cap­tifs la liber­té, annon­cer une année de bien­faits, accor­dée par le Seigneur. » Tout son désir, toute sa joie est que le Seigneur Jésus se révèle, qu’il soit enfin recon­nu, qu’il gran­disse, acquière toute sa sta­ture. Il est heu­reux de dimi­nuer, pour lui céder la place. Le lan­gage des icônes illustre cela très bien. Les icônes du Christ le repré­sentent tou­jours de face ; saint Jean-Baptiste, lui, est géné­ra­le­ment repré­sen­té de pro­fil, tour­né vers son Seigneur.
En évo­quant Jean-Baptiste et sa joie si par­ti­cu­lière, je retiens deux invi­ta­tions évan­gé­liques pour célé­brer la fête de Noël qui nous est donnée.
Et tout d’abord celle de ne pas sépa­rer la joie de Noël d’avec toute la réa­li­té de notre monde, proche ou loin­tain. Il ne fau­drait pas essayer de pro­té­ger la joie en effa­çant ce qui semble la contre­dire : elle ne sera jamais gagnée au prix d’une anes­thé­sie du cœur. Il y a tant de rai­sons d’être pré­oc­cu­pés, inquiets, inca­pables de nous réjouir, pour des rai­sons per­son­nelles, fami­liales ou plus vastes encore. Il ne s’agit pas de les esca­mo­ter, mais bien de les envi­sa­ger avec objec­ti­vi­té, pour y répondre le plus jus­te­ment pos­sible, — mais aus­si sans oublier tout ce qui, par ailleurs, est bon et beau. On peut ain­si déve­lop­per non seule­ment la patience, mais aus­si la bien­veillance active. La ‘bien­veillance’ ou ‘volon­té de bien’ dont il sera ques­tion à Noël dans le can­tique des anges qui chantent « la gloire de Dieu et sa bien­veillance pour les hommes aux­quels il apporte la paix ». La bien­veillance qui est pour saint Paul (dans un autre texte) la mani­fes­ta­tion la plus évi­dente de notre joie. C’est une façon d’envisager toute la réa­li­té qui nous est don­née, mais dans un contexte d’action de grâces

Ainsi donc nous ne sommes pas seule­ment capables de connaitre une vraie joie, nous sommes aus­si appe­lés à la répandre autour de nous. C’est là une deuxième invi­ta­tion qui nous est faite en ce temps de Noël. Il est dit en effet : « Réjouissez-vous ! » C’est un impé­ra­tif, pas seule­ment une invi­ta­tion, mais un com­man­de­ment. On peut évi­dem­ment se deman­der : est-il pos­sible de com­man­der ce qui est aus­si spon­ta­né et libre ? On pour­rait d’ailleurs aus­si se deman­der com­ment il peut nous être deman­dé : « Aimez-vous les uns les autres ! ». Aimer est encore plus spon­ta­né et libre, et, cepen­dant, c’est un com­man­de­ment ! Mais pour nous en tenir au Gaudete, je crois que le Seigneur nous demande effec­ti­ve­ment, sur­tout en ce temps, d’attester, comme a fait Jean-Baptiste, qu’il y a aus­si une autre réa­li­té qui nous dépasse et dont nous sommes les témoins : la fidé­li­té de Dieu et sa béné­dic­tion sur nous, jamais reprise. Notre monde ne se limite pas à notre exis­tence. L’Évangile ouvre tou­jours plus lar­ge­ment notre hori­zon. Par notre prière, notre hos­pi­ta­li­té, notre séré­ni­té, nous pou­vons offrir comme une bouf­fée d’oxygène à ceux que nous rencontrons.

En conclu­sion, nous nous rap­pe­lons que jadis on a vou­lu annon­cer l’évangile en répé­tant ses exi­gences et en mar­te­lant ses mises en garde. Et on s’étonne que cela n’intéressait plus beau­coup les gens. Mais aujourd’­hui, sur­tout en ce temps de l’Avent, nous enten­dons notre pape François nous redire : la seule annonce de l’Évangile est l’annonce de « la joie de l’Évangile » (Evangelii gau­dium). On n’entend pas d’autre. Si notre vie selon l’évangile n’est pas carac­té­ri­sée par cette joie, même une joie à tra­vers les larmes, c’est qu’elle n’a encore enten­du que la pre­mière par­tie du mes­sage de Jean-Baptiste… Suivons-le jusqu’au bout, pour faire à notre tour l’expérience de sa joie parfaite !
En par­ta­geant nos prières et le pain de Dieu, soyons donc ces témoins lucides, réa­listes, mais habi­tés par l’espérance du Royaume que nous accueillons et auquel nous col­la­bo­rons, pleins de joie.

Fr. Pierre

Une réflexion sur « 3è Dimanche de l’Avent : La Joie Parfaite »

  1. John, une sil­houette acé­rée, fili­forme et maigre, dra­pée d’une pous­sière de poils de chèvre rugueux et cou­verte par la pous­sière du désert, fait son entrée après sa lutte dans la soli­tude. Il y avait des signes avant son départ, même dans le ventre de sa mère, atten­dant une autre vie à laquelle tout le monde croyait. Ce qui a pous­sé l’en­fant exu­bé­rant et pié­ti­nant à se cacher comme un homme en deuil pour vivre de sau­te­relles et de ser­pents. Ne ressemble-t-il pas plu­tôt à un pauvre dans l’é­treinte étouf­fante d’une mala­die, à une vic­time, à un être humain qui souffre ? Quand il va vers le peuple, il plai­sante et demande la conver­sion pour un sau­veur qui est appa­ru dans ses rêves… et qui lui est déjà né. Il est à la fois tou­chant et effrayant de voir l’en­thou­siasme de la foule juive. Eux aus­si se sentent aban­don­nés, épui­sés et per­dus, et un à un ils sont bap­ti­sés. John plonge leur âme dans l’eau fraîche et vivante et leur cœur s’ouvre pour un nou­veau prin­temps et une nou­velle ère. Le ciel s’ouvre !
    Et qu’attendons-nous aujourd’­hui, à notre époque, pour nous-mêmes, notre famille, nos proches et les autres, plus de 2000 ans plus tard. Avons-nous des attentes et avec qui pouvons-nous par­ta­ger nos inquié­tudes et nos attentes ? Ce sont les pré­oc­cu­pa­tions d’au­jourd’­hui, car nous devons plus que jamais vivre avec la divi­sion, le sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té, la panique et le fana­tisme de sa sœur jumelle — et dés­in­té­gra­tion des struc­tures anciennes et fami­lières. Si ce sont les signes des temps. Que pro­cla­me­rait Jean s’il était résident de ce monde ! Qui est Jean aujourd’hui et où se cache-t-il main­te­nant ? (Translation Néerlandais )

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