messe de minuit de Noël 2020

Noël 2020

Nous voi­ci arri­vés au cœur de la fête de Noël. Toutes les pré­pa­ra­tions ont conver­gé vers ce moment de grâce. À Noël la fleur du rameau de Jessé s’est épa­nouie : c’était l’aboutissement de toute l’histoire de l’humanité. Sa venue était pré­vue et pré­pa­rée depuis des siècles. Les pro­phètes d’Israël, les sages des Nations l’avaient annon­cé, sur la terre tout sem­blait pré­vu pour l’accueillir.
Et cepen­dant, si nous lisons atten­ti­ve­ment les évan­giles de l’enfance, nous devons recon­naître qu’il y est aus­si par­tout ques­tion d’imprévus : l’annonce à Marie était tout à fait inso­lite et l’a bou­le­ver­sée, les nou­velles de sa vieille cou­sine étaient éton­nantes, et puis, contre toute attente, Joseph a quand même accep­té de la prendre chez lui. Quand enfin appro­chait le moment où elle devait mettre au monde son enfant, un ukase impré­vu les a obli­gés à se mettre en route vers Bethléhem. ( )Et là, ils ne trouvent aucun loge­ment pour les accueillir. Puis arrivent des mages d’on ne sait où. Finalement, il a fal­lu fuir jusqu’en Égypte, pour échap­per au mas­sacre des inno­cents. Bien sûr, comme l’ange l’a rap­pe­lé à Marie, « rien n’est impos­sible à Dieu », mais pré­ci­sé­ment : il n’a rien fait pour épar­gner toutes ces contra­rié­tés à ceux qu’il avait choi­si. Dieu n’est pas celui qui esca­mote les dif­fi­cul­tés, — même si c’est sou­vent pour cela que nous le prions. — Il ne faut en tout cas pas pas­ser sous silence ces impré­vus et ces contra­rié­tés que relatent les évan­giles, au pré­texte de ne pas trou­bler le cli­mat de fête. Ce ne sont pas des trait anec­do­tiques, négli­geables ; ces situa­tions impré­vi­sibles font par­tie du mys­tère de Noël parce qu’elles font par­tie de la condi­tion humaine, et Dieu est venu pour assu­mer toute notre humanité.

Or, mes frères, mes sœurs, cette année 2020 est celle qui a connu un maxi­mum d’imprévus. Qui pou­vait ima­gi­ner, il y a un an, toutes les contra­rié­tés qu’elle nous réser­ve­rait ? Il me semble donc que nous sommes par­ti­cu­liè­re­ment invi­tés à médi­ter aujourd’­hui cet aspect un peu inso­lite des évan­giles de l’enfance de Jésus, ou au moins à par­tir de là pour appro­cher le cœur du mystère.
Il ne s’agit donc pas de spé­cu­ler sur la condi­tion humaine et sur les aléas de notre ave­nir, de l’année 2021, nous vou­lons médi­ter et célé­brer le mys­tère de Jésus à Noël, mais sans oublier le contexte tout à fait par­ti­cu­lier du Noël de cette année, ni les res­pon­sa­bi­li­tés qui nous incombent.
Qu’est-ce que Dieu attend de nous en ces cir­cons­tances ? Y a‑t-il une réponse à cette ques­tion dans l’évangile, dans l’évangile d’aujourd’hui ?
Effectivement, en cette nuit de la Nativité, les anges nous ont révé­lé le cœur de notre Dieu et Père : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix aux hommes qu’il aime ». On tra­dui­sait jadis du latin : ‘paix aux hommes de bonne volon­té’, mais il s’agit bien de la bonne volon­té du Père, de Sa ‘bien­veillance’, de Son amour pour tous les humains. Ce mot ‘bien­veillance’ est deve­nu faible dans notre usage, mais, rappelons-nous, il est celui que Jésus uti­lise quand il parle de son Père : « Oui, Père, c’est ain­si que tu en as dis­po­sé dans ta bien­veillance… » Et aujourd’­hui, cette nuit sur­tout, il nous révé­lé que la volon­té du Père est la paix, « la paix pour tous les hommes qu’il aime ». C’est la paix au sens large du mot sha­lôm, l’harmonie entre tous les hommes et avec la nature. S’il a vou­lu être par­mi nous, Emmanuel, ‘Dieu avec nous’, c’est pour nous appor­ter cette grande paix.

Mais cette paix ne tombe pas du ciel avec le chant des anges. Elle ne se réa­lise pas sans nous ! Nous sommes appe­lés à être nous-mêmes les arti­sans de cette paix : heu­reux arti­sans de paix, appe­lés fils de Dieu, comme son propre Fils, le ‘Prince de la paix’. C’est lui, Jésus, qui désor­mais nous montre la manière de bâtir la paix.
Restons concrets. Ici, en ce moment, dans notre très petite assem­blée de frères et amis, — et même plus lar­ge­ment, par­mi tous ceux qui par­ti­cipent à notre célé­bra­tion par inter­net, — l’appel à la paix de Noël qui reten­tit ne doit pas néces­sai­re­ment affron­ter de dan­ge­reuses oppo­si­tions, comme Jésus, ou tant d’autres arti­sans de paix, aujourd’­hui dans notre monde en souf­france. Mais nous ne sommes pas pour autant dis­pen­sés d’encore et encore « cher­cher la paix et la pour­suivre », comme saint Benoît nous le demande, parce qu’elle n’est pas acquise. Il faut y travailler !

Pour appor­ter plus de paix par­mi nous, la pre­mière chose à faire, me semble-t-il, est de bien prendre en compte la réa­li­té, et d’identifier les incer­ti­tudes, les risques, les contra­dic­tions et les oppo­si­tions que nous devons affron­ter. Nous aurions ten­dance à pas­ser sous silence ce qui semble nuire à l’harmonie, sur­tout en ces jours de fête. On parle de la ‘trêve de Noël’. Mais nous savons bien que la vraie paix n’est pas une paren­thèse. Je dirais même que l’accueil déli­bé­ré, des impré­vus et des contra­rié­tés, est le ter­reau d’une vraie har­mo­nie. La façon d’aborder les ques­tions qui fâchent est déci­sive. C’est là que la bien­veillance active doit être à l’œuvre, pour bâtir la paix. Il ne faut donc pas essayer d’oublier ou d’escamoter les obs­tacles, ni d’ailleurs les lais­ser nous désta­bi­li­ser, mais plu­tôt prier pour trou­ver le bon usage des contra­rié­tés et des mala­dies, et pour peut-être y décou­vrir des oppor­tu­ni­tés. Alors, quel­que­fois, comme disait une amie, les impasses peuvent deve­nir des creu­sets. Encore une fois, il ne faut pas mas­quer les erreurs et les fautes, les nôtres et celles de nos frères et sœurs, mais s’engager hum­ble­ment et patiem­ment sur un che­min de par­don et de récon­ci­lia­tion lucide. Enfin, il ne faut pas non plus rêver trop vite à un ave­nir où tout sera bien, comme avant, et où nous pour­rions enfin oublier les contraintes de ces jours de confinement.
Car c’est ici et main­te­nant, en accueillant les limi­ta­tions, les fai­blesses et la vul­né­ra­bi­li­té que Dieu nous rejoint. Précisément : il nous rejoint. Nous n’avons pas à aller le cher­cher au loin pour trou­ver de l’aide. Il est venu lui-même chez nous comme un enfant vul­né­rable et abso­lu­ment dépen­dant de notre aide. Il est avec nous dans nos épreuves. C’est bien ain­si qu’il s’est révé­lé. Ce n’est qu’ainsi que nous pou­vons le ren­con­trer et col­la­bo­rer à son pro­jet de « paix pour tous les hommes qu’il aime ». En fai­sant cette démarche, nous sommes bien dans sa manière de faire, parce que, comme le dit saint Paul, « c’est quand je suis faible que je suis fort ».

Voilà, mes sœurs, mes frères, la bonne façon de célé­brer Dieu à Noël : par nos chants, bien sûr, par notre prière una­nime et le par­tage du pain, — mais pas uni­que­ment, parce que nous rete­nons de cette célé­bra­tion le goût de la vraie paix et le désir d’offrir tou­jours davan­tage notre col­la­bo­ra­tion, modeste mais pré­cieuse, à la vie du monde, comme des arti­sans de paix, là où nous sommes.

Fr. Pierre

Une réflexion sur « messe de minuit de Noël 2020 »

  1. Merveilleux moment, au cœur d’une nuit qui a com­men­cé pour beau­coup en mars der­nier. Célébration de la Nativité 2020 : la lumière qu’ont vue les ber­gers hébé­tés par le Covid , pro­ve­nait de la Chapelle de Clerlande. 

    Un tout grand mer­ci pour les retrans­mis­sions heb­do­ma­daires de l’Eucharistie.

    PS. Petite frayeur en début de Veillee en voyant à l’é­cran le frère Pierre s’ap­pro­cher dan­ge­reu­se­ment des cierges déjà allu­més pour en allu­mer d’autres. 

    Joie de Noël à par­ta­ger sans modération 

    Bruno Dieu

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