Baptême du Seigneur

Baptême du Seigneur

Introduction

Pour entrer dans cette fête du Baptême du Christ, nous sommes invi­tés à faire à notre tour la démarche de tous ceux qui allaient au Jourdain à l’appel du Baptiste, pour être puri­fiés de leurs péchés. Il est bon de nous pré­sen­ter, nous aus­si, de cette façon devant le Seigneur, car nous sommes conscients d’être effec­ti­ve­ment des pécheurs. C’est une des bonnes façons d’accéder à l’eucharistie. Ce n’est pas la seule, mais elle est éga­le­ment juste. Tournons-nous donc vers la croix du Christ en recon­nais­sant que nous avons péché de bien des manières, pour qu’il nous reçoive dans sa paix, qu’il res­taure en nous un cœur pur et nous rende la joie de son salut.

Homélie

Mc, 1,7–11
Dimanche 10 janvier 2021

Si Jésus est allé au Jourdain pour deman­der le bap­tême à Jean, ce n’était pas parce qu’il était pécheur. C’était parce qu’il vou­lait se joindre aux pèle­rins en quête d’une puri­fi­ca­tion de leurs péchés. Il a vou­lu des­cendre jusqu’au fond de la val­lée du Jourdain, — 480 mètres en des­sous du niveau de la mer, le point le plus bas de la terre ! — La pre­mière démarche de sa vie publique a en effet consis­té à rejoindre ceux qui étaient le plus bas. Il a vou­lu être plon­gé, comme eux, jusqu’au cou dans ces eaux boueuses du Jourdain, avec tous ces fils per­dus de la mai­son d’Israël. C’était là une démarche éton­nante. Même le Baptiste, ‘Yohannan l’Immergeur’, comme André Chouraqui tra­duit son nom, ne com­pre­nait pas cette volon­té d’être immer­gé dans le Fleuve et dans la foule des pécheurs. C’était une démarche impor­tante, une de celles que les quatre évan­gé­liste ont rete­nues, comme ils ont évi­dem­ment rete­nu les récits de la Passion et la Résurrection. Les autres grandes fêtes que nous célé­brons, comme Noël, l’Épiphanie, l’Ascension ou la Pentecôte, ne sont rela­tées que par un ou deux évan­gé­listes. Mais tous les quatre parlent du Baptême. Parce que cette démarche est à la base, sinon à l’origine de toute son action par la suite. Il est venu pour sau­ver ceux qui étaient per­dus. C’est pour­quoi il a vou­lu deve­nir tout à fait soli­daire des pécheurs qu’il rejoi­gnait dans le Fleuve. Et non seule­ment soli­daire, mais en quelque sorte ran­çon pour les pécheurs, comme le pro­phète Isaïe l’avait entre­vu : « c’étaient nos souf­frances qu’il por­tait ; c’est par nos péchés qu’il a été broyé ».
Et alors, après être des­cen­du au plus bas et au plus obs­cur de notre huma­ni­té, il a pris conscience de la volon­té de Dieu sur lui. Cette expé­rience concrète a été pour lui le moment d’une révé­la­tion déci­sive. Car il est ensuite sor­ti de l’eau ; Jean a dû l’aider à sor­tir, et, comme le dit saint Marc, « il a vu le ciel se déchi­rer et l’Esprit des­cendre sur lui ». Il a com­pris à ce moment qu’il était envoyé par l’Esprit saint « pour annon­cer la Bonne Nouvelle aux pauvres et aux cap­tifs la libé­ra­tion ». Et puis il a enten­du la voix qui disait : « C’est toi mon Fils bien aimé : en toi j’ai mis tout mon amour ». Il a ain­si réa­li­sé qu’il était le Témoin de ce Père « qui donne son soleil aux bons et aux mau­vais et fait tom­ber la pluie sur les justes et les injustes ». C’était la confir­ma­tion de ce qu’il pres­sen­tait en sui­vant son désir d’immersion par­mi les pauvres de toutes sortes. Mais là il en a eu la confir­ma­tion claire. Dès lors, après encore une retraite au désert de Judée, il a com­men­cé à annon­cer le ‘Royaume des Cieux’, l’amour de son Père.
Si la fête du Baptême du Christ est si impor­tante, c’est donc parce qu’elle est le rap­pel et la célé­bra­tion de sa voca­tion fon­da­men­tale d’Emmanuel, Dieu avec nous, « avec nous dans nos épreuves », comme dit le psaume, « pour nous déli­vrer et nous glo­ri­fier ».

Au terme des célé­bra­tions de Noël, cette fête nous invite main­te­nant à entrer dans le mou­ve­ment du Christ, le che­min de l’Évangile, qui com­mence tou­jours par un abais­se­ment, un ser­vice, en soli­da­ri­té avec tous ceux qui sont abais­sés, réduits à des ser­vices humiliants.
C’est ain­si que nous pou­vons dépas­ser une cer­taine fixa­tion sur le péché qui carac­té­ri­sait jadis la spi­ri­tua­li­té. (Et qui pré­vaut encore quand on croit qu’il faut tou­jours com­men­cer la célé­bra­tion de l’eucharistie par un Confitéor.) A ceux qui venaient rece­voir le bap­tême de Jean pour être quitte de leur péché, Jésus indique en effet un che­min para­doxal : pour vous déchar­ger de votre propre péché, pre­nez sur vous le péché des autres. Oui, « por­tez les far­deaux les uns des autres ». Comme l’Agneau de Dieu, il s’agit pour nous aus­si de « por­ter, pour les enle­ver, les péchés du monde ». Au lieu de res­ter humi­liés, bles­sés, pré­oc­cu­pés par notre culpa­bi­li­té, com­men­çons par par­don­ner, par­don­ner à ceux qui vous ont fait du tort, en pre­nant sur vous toute votre part de torts, mais aus­si leurs torts, tel est le che­min pour être libé­rés de notre culpa­bi­li­té. Aussi, dans la prière que Jésus nous ensei­gne­ra, il redi­ra que notre Père par­donne effec­ti­ve­ment à ceux qui qui ont eux-mêmes par­don­né : « comme nous avons par­don­né à ceux qui nous avaient offen­sé ».

La pre­mière étape sur le che­min à la suite du Christ qui a tra­ver­sé les eaux du bap­tême consiste donc à savoir se bais­ser, pour rejoindre les der­niers. C’est ain­si que nous pou­vons au mieux entrer dans le mou­ve­ment de l’Évangile et le mys­tère du Dieu venu ici-bas. Bien sûr, pour bien com­prendre l’Évangile, il faut le lire, l’étudier, le prier, mais pour le com­prendre tout à fait, il nous faut nous enga­ger concrè­te­ment dans un geste, comme a fait Jésus. En par­ti­cu­lier le geste de s’abaisser. Quand il a vou­lu nous faire com­prendre l’essentiel de la volon­té de son Père, il s’est en effet abais­sé au plus bas, au niveau des pieds de ses dis­ciples, pour les laver, et il a ajou­té : « Comprenez-vous ce que j’ai fait pour vous ? (…) Vous devez vous aus­si vous laver les pieds les uns aux autres ; car c’est un exemple que je vous ai don­né… » Ensuite seule­ment, Jésus a révé­lé à ses dis­ciples le cœur de son mes­sage. Et c’est aus­si alors qu’il leur a confié le soin de conti­nuer le geste du par­tage du pain, en mémoire de toute sa vie, de sa mort et de sa résurrection.
Récemment, en par­lant à des per­sonnes enga­gées au ser­vice des enfants malades, le pape François a dit : « Pour com­prendre la réa­li­té de la vie, il faut s’abaisser, comme nous nous abais­sons pour embras­ser un enfant. Ils nous enseignent cela. Les orgueilleux, les superbes ne peuvent pas com­prendre la vie, car ils ne sont pas capables de s’abaisser. »
Mais pour conti­nuer le mou­ve­ment de l’Évangile, il faut ensuite, aus­si savoir nous rele­ver. L’Évangile ne nous demande pas de res­ter conti­nuel­le­ment cour­bés ! Et nous chan­tons : « Redressez-vous, levez la tête, car votre déli­vrance est proche. » Le mou­ve­ment qui carac­té­rise toute la vie de Jésus abou­tit en effet à la résur­rec­tion. Et de même toute la vie chré­tienne est une vie ‘bap­tis­male’. Bien sûr, nous n’avons été bap­ti­sés qu’une seule fois, mais à lon­gueur de vie, nous refai­sons d’abord ces humbles gestes de nous plon­ger en quelque sorte dans un ser­vice atten­tion­né. Et puis, chaque fois que nous nous redres­sons, comme au sor­tir des eaux, nous pou­vons, nous aus­si, aider nos frère et sœurs à se redres­ser, quand ils en ont besoin.

Nous pour­rons alors aller jusqu’au bout de ce que nous enseigne l’évangile d’aujourd’hui et com­prendre que Dieu est notre Père, comme Jésus l’a réa­li­sé en sor­tant du Jourdain. Oui, mes sœurs, mes frères, la parole la plus impor­tante de l’évangile, la parole qui peut nous rele­ver et nous per­mettre d’aller avec confiance sur le che­min ouvert par le Seigneur Jésus, c’est ce que dit le Père à cha­cun, à cha­cune d’entre nous : « Tu es mon fils, ma fille bien-aimé, en toi j’ai mis tout mon amour ! »

Fr. Pierre

Une réflexion sur « Baptême du Seigneur »

  1. Si c’é­tait aus­si simple, tout le monde tra­ver­se­rait le Jourdain pour être bap­ti­sé. Cela n’ar­rive pas et il y a même des chré­tiens qui trouvent le bap­tême des enfants inap­pro­prié parce qu’un bébé ne peut pas choi­sir. Mais que signi­fie être bap­ti­sé en Christ et com­ment dis­tin­guer un bap­ti­sé d’un juif, d’un huma­niste, d’un boud­dhiste… Ils se dis­tinguent par leur empa­thie, leur dis­cer­ne­ment, leur pers­pi­ca­ci­té et ce que l’on attend des per­sonnes qui pré­sentent aux autres un miroir de sagesse. C’est la réfé­rence de la phi­lo­so­phie et c’est sur cette base que les gens sont jugés et condam­nés. Si nous adop­tons un point de vue dif­fé­rent sur le com­por­te­ment humain, nous pour­rions décou­vrir qu’il n’y a pas d’a­ni­mal plus stu­pide et impré­vi­sible dans l’u­ni­vers que l’homme. Souvent, nous ne com­pre­nons pas pour­quoi nous agis­sons et quels sont les motifs de nos actions. Nous savons ce que nous fai­sons, à moins de ne pas être embour­bés dans le vin ou dans l’illu­sion de tom­ber amou­reux et dans tant d’autres réflexions sur nous-mêmes et sur les autres. Même si nous avons un sen­ti­ment intense de réus­site dans ce que nous réa­li­sons, nous pou­vons nous trom­per nous-mêmes car nous vivons une vie qui n’est pas en har­mo­nie avec l’âme cachée au-delà de l’i­mage que nous ché­ris­sons et qui cor­res­pond aux rêves des autres. Lorsque l’âme fati­guée cherche le che­min de l’eau, il n’est pas rare qu’elle meure de soif et s’é­puise en com­bat­tant et en fuyant. Ce n’est que dans cet état d’ar­res­ta­tion qu’elle s’a­ge­nouille­ra et sui­vra le cou­rant, qui l’emmènera vers une des­ti­na­tion incon­nue, une autre vie plus pro­fonde si elle a confiance dans la puis­sance du cou­rant et dans ce qu’il apporte à la sur­face, mais per­sonne ne peut en faire une inter­pré­ta­tion sous quelque forme que ce soit. Cela signi­fie le bap­tême dans l’es­prit et en Christ dans cette pers­pec­tive et cela ne va pas vrai­ment de pair avec la convic­tion de conver­tir tout le monde à une seule foi ou à une église par­ti­cu­lière. L’Esprit Saint souffle où il veut et vient des quatre coins du monde et essen­tiel­le­ment d’in­nom­brables direc­tions parce que chaque vie a un sens et un des­tin différents. 

    Mon péché est d’é­crire — car j’a­vais l’in­ten­tion de me taire contre ma nature mais dont l’a­pôtre a dit encore : “Nous sommes des créa­tures dérai­son­nables et n’a­gis­sons pas confor­mé­ment à nos inten­tions. “Nous sommes en effet des êtres irréels !

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