Guérisons multiples à Capharnaüm

Homélie du 5e Dimanche ordinaire B

Guérisons mul­tiples à Capharnaüm

« Si j’annonce l’évangile, je n’ai pas à en tirer orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonce pas l’évangile ».

Cette der­nière affir­ma­tion qua­si pro­ver­biale de saint Paul pour­rait et devrait être la devise de tous ceux qui sont un peu conscients de leur iden­ti­té chré­tienne. Le vrai dis­ciple du Christ, celui qui est digne de por­ter le nom de chré­tien c’est celui qui essaye par tous les moyens qui lui sont pos­sibles d’annoncer autour de lui la bonne nou­velle du salut. Il doit évi­dem­ment être convain­cu qu’il a une bonne nou­velle à com­mu­ni­quer. Saint Paul, lui, en était abso­lu­ment convain­cu : « libre à l’égard de tous, je me suis fait le ser­vi­teur de tous afin d’en gagner le plus grand nombre pos­sible ». Dans l’évangile selon saint Marc que nous avons enten­du aujourd’hui, nous trou­vons la même convic­tion qui anime Jésus et dont saint Paul est imbi­bé, impré­gné au plus pro­fond de lui-même : nous y voyons Jésus par­cou­rir villes et vil­lages en train de gué­rir tous ceux qu’on lui pré­sente, tous les malades atteints de toute sorte de mala­dies phy­siques et psy­chiques, aus­si bien que la belle-mère de Pierre atteinte de fièvre.

Sur la forme et le conte­nu de cette bonne nou­velle que nous devons pro­cla­mer, ne nous cas­sons pas trop la tête. Il y a d’innombrables formes. Le plus impor­tant est que ce que nous annon­çons soit quelque chose de bon, de vrai ou de beau. Nous sommes au début de l’évangile, Jésus rayonne par des gestes qui ont valeur sym­bo­lique. La pré­di­ca­tion et l’enseignement vien­dront plus tard. Les gué­ri­sons dont il est abon­dam­ment ques­tion dans ce pas­sage ont une signi­fi­ca­tion rela­ti­ve­ment faible, tem­po­raire, comme peuvent l’être une gué­ri­son d’une mala­die banale. S’agissant ici des foules, notre regard est tour­né vers Jésus et non vers ceux qu’il gué­rit comme il en sera ques­tion plus tard.

Reli­sons cet évan­gile à la lumière de cette intui­tion. À lire notre évan­gile de ce jour, les gens sont presque tous malades, ils accourent vers Jésus les uns pleins de maux divers et les autres avec des détresses psy­cho­lo­giques et morales qui néces­sitent des exor­cismes. Comme le disait Job d’une façon poé­tique et tou­jours suc­cu­lente, la vie de l’homme est rem­plie de tra­cas, « le soir n’en finit pas, je suis enva­hi de cau­che­mars » ; la vie est une cor­vée, il faut tri­mer à lon­gueur de jour, tou­jours recom­men­cer sans jamais voir le bout. Et au milieu de tout cela, il y a Dieu, il y a Jésus Christ. Que fait-il à Capharnaüm ? Beaucoup de miracles et de gué­ri­sons. Veut-il pour autant gué­rir tous les malades ? Tous les hommes ? Non, il n’a jamais vou­lu être ou paraître un gué­ris­seur. Mais il est là au milieu de son peuple comme une pré­sence bien­fai­sante ; il gué­rit tous ceux qui le veulent et tous ceux qu’on lui apporte. Il y a chez lui comme une néces­si­té inté­rieure, la même qu’on retrou­ve­ra chez saint Paul. Dans un sou­ci de démy­tho­lo­gi­sa­tion (dans la mesure où les gué­ri­sons et les miracles peuvent nous mettre mal à l’aise), nous pour­rions dire que Jésus fait preuve de la grande misé­ri­corde de Dieu qui com­pa­tit avec la misère de son peuple. Dieu est bon, misé­ri­cor­dieux, plein d’attention et de bien­veillant pour son peuple. Nous le chan­tons tous les jours dans les psaumes.

Aujourd’hui le nombre de malades et de souf­frants est encore très éle­vé, autant sans doute qu’au temps de Jésus. Ayons les mêmes dis­po­si­tions que Paul et le Christ vis-à-vis des bre­bis qui nous sont confiées : soyons inven­tifs, soyons créa­tifs pour trou­ver les façons qui conviennent pour sou­la­ger les misères de nos contem­po­rains. Et si nous n’avons pas d’envergure huma­ni­taire, par­ti­ci­pons au finan­ce­ment des nom­breuses ONG qui viennent en aide à ceux qui sont dans la souf­france. Faisons des dons par exemple aux banques ali­men­taires, à ceux qui pro­fes­sion­nel­le­ment font face à toutes les vic­times de la crise sani­taire qui frappe dure­ment une par­tie impor­tante de la popu­la­tion. L’État qui a déjà débour­sé 35 mil­liards d’Euros dans cette crise ne suf­fit pas pour résoudre tous les pro­blèmes, sans comp­ter qu’il y a des aspects humains qui lui échappent tota­le­ment, ces aspects que seule la bonne volon­té et la géné­ro­si­té peuvent ren­con­trer : l’isolement des per­sonnes âgées, des jeunes cloi­son­nés dans leur chambre pour suivre les cours qui leur par­viennent par écran inter­po­sé et qui sont pri­vés de la com­pa­gnie vitale de leurs amis, et d’une façon plus géné­rale la pri­va­tion de toutes les formes de vie sociale qui nous font vivre heu­reux : les res­tau­rants, le sport, les spec­tacles, les concerts qui nous per­mettent de déstresser.

Reve­nons à l’évangile. Jésus, à un cer­tain moment, se retire pour prier son père, le Père des cieux, comme il en a l’habitude. Dieu est tou­jours au milieu des siens, mais on ne met jamais la main sur lui ; il se cache, il faut même le cher­cher acti­ve­ment pour le trou­ver. Et quand ses pre­miers apôtres l’ont trou­vé, il leur dit : « Allons ailleurs dans les vil­lages voi­sins afin que là aus­si je pro­clame la bonne nou­velle car c’est pour cela que je suis sor­ti ». Comprenons bien cette réponse qui doit nous sur­prendre : Jésus, l’apôtre, ou le mis­sion­naire « sor­ti » pour pro­cla­mer l’évangile d’une manière ou d’une autre, ici par des gué­ri­sons, n’a pas l’intention de gué­rir tous ceux qu’ils ren­contrent, cha­cun en par­ti­cu­lier pourrait-on dire (sauf dans une pers­pec­tive spi­ri­tuelle qu’on va trou­ver dans le qua­trième évan­gile loin de la foule pour faire bref) , mais il veut mon­trer à ses apôtres que Dieu est au milieu de la souf­france et de toute détresse. C’est ça la leçon qu’ils doivent apprendre. Et tant pis pour le nombre, pour la sta­tis­tique : « tout le monde te cherche ! », tous veulent que tu les gué­risses ! L’important pour Jésus n’est pas là, mais d’être celui qu’on prie, celui qu’on cherche, celui qu’on suit, même si on n’est pas gué­ri par lui. La gué­ri­son com­plète est une affaire de longue haleine, qui n’a pas véri­ta­ble­ment de fin. Elle com­mence par cette humble quête qui jalonne tous les évan­giles synop­tiques : je veux voir, je veux mar­cher, je veux entendre, guéris-moi, Seigneur, toi qui as la force de Dieu pour me gué­rir, moi qui ne voit plus, qui ne sais plus mar­cher nor­ma­le­ment, qui n’entends pas bien ce que les autres me disent.
Notre Dieu est un Dieu caché qu’il faut cher­cher. Il ne se laisse pas prendre avec des mots. C’est le sens de la petite phrase : « il les empê­chait de par­ler parce qu’ils savaient eux (les esprits mau­vais) qui il était ». Jésus ne veut pas être enfer­mé dans des mots, des caté­go­ries. Et cette sug­ges­tion (celle de ne pas par­ler trop vite de Jésus) vaut pour nous aus­si, elle est par­fois très utile. « Ce n’est pas en me disant Seigneur, Seigneur, que vous serez sau­vés, c’est en fai­sant la volon­té de mon Père »

Si vous avez un quel­conque élan mis­sion­naire, vous me direz sans doute : moi je ne ferai jamais de miracle ou de gué­ri­son mira­cu­leuse. Est-ce tel­le­ment sûr ? Le Christ ne dit-il pas, dans l’évangile de Jean : « En véri­té, celui qui croit en moi fera lui aus­si les œuvres que je fais ; il en fera même de plus grandes ». Comme Jésus, comme Paul, nous avons tous pour voca­tion de faire des miracles (eh oui ! au sens popu­laire du mot) : par une parole bien­veillante qui vient du fond du cœur, par un geste de ten­dresse ou de misé­ri­corde, par un médi­ca­ment qui convient très bien à telle per­sonne, nous pou­vons faire ce qui parais­sait impos­sible au prime abord, gué­rir phy­si­que­ment ou psy­chi­que­ment une per­sonne qui était mal en point. Concluons avec Paul : « Et tout cela, je le fais à cause de l’Évangile, pour béné­fi­cier, moi aus­si, du salut »

Fr. Yves de Patoul

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