Dimanche de Pâques 2021

Dimanche de Pâques 2021

4 avril 2021

Introduction

Le Jour de Pâques est un jour qui dure sept semaines ou cin­quante jours, jusqu’à la Pentecôte. « Voici le Jour que fit le Seigneur. Jour d’allégresse et jour de joie ». Ce jour – d’après les Pères de l’Église – est Quelqu’un. Il est ce jour, Jésus, le ressuscité !
En Orient on se salue aujourd’hui en disant : « Christ est res­sus­ci­té ! » et on répond : « Oui, il est vrai­ment res­sus­ci­té ! » Il n’y a pas d’autre salut, pas de « Bonjour ! Comment ça va ? » mais cet évé­ne­ment unique, aus­si­tôt confir­mé : « Oui, il est vrai­ment res­sus­ci­té ! »
Le NT est plein de tels cris de jubi­la­tion, en lien avec la Pâques accom­plie de Jésus. Cet évé­ne­ment pro­cla­mé ne se limite pas à ce qui a pu avoir lieu dans un loin­tain pas­sé : « Il est res­sus­ci­té » signi­fie que cela nous affecte à l’instant, dans le pré­sent ! Il vit, ici et main­te­nant ! Vivons, mar­chons, prions, célé­brons dans ce grand pré­sent, dans l’espace qui s’ouvre à par­tir de notre adhé­sion de foi : « Christ est res­sus­ci­té, Il est vrai­ment res­sus­ci­té, Alléluia ! ». Chantons donc pour entrer plei­ne­ment dans ce mys­tère de joie et de vic­toire, notre Kyrie, sui­vi du Gloria comme une jubi­la­tion « car toi seul es saint, toi seul es Seigneur, toi seul es le Très-Haut, Jésus Christ avec le saint Esprit dans la gloire actuelle de Dieu le Père ! Alléluia ! ».

Homélie

Chères sœurs, chères frères,
La toute pre­mière lec­ture de ce jour de fête est un dis­cours de Pierre, adres­sé à Césarée, dans la mai­son d’un païen, du cen­tu­rion Corneille, homme pieux qui est en quête du Dieu vivant. Or Pierre résume ici en quelques phrases tout l’évangile de Marc !
Vous savez ce qui s’est pas­sé, rappelle-t-il, depuis la Galilée, un homme qui pas­sait en fai­sant le bien… Rempli d’Esprit saint et de puis­sance, il gué­ris­sait, il chas­sait des démons, il était por­teur d’un évan­gile – d’une bonne nou­velle où gué­ri­son et par­don sont les pre­miers dons de Dieu, signes pal­pables de la proxi­mi­té du Royaume qui fait irrup­tion de façon imminente.
Mais voi­là que cet homme a été arrê­té, jugé, condam­né et exé­cu­té de façon igno­mi­nieuse… Comme un esclave, un rebelle qui contes­te­rait le pou­voir romain, on l’a fla­gel­lé, pen­du, cloué à une potence jusqu’à ce que mort s’en suive… Voilà ce que cer­tains ont cru devoir faire avec cet homme bon, venu de la part de Dieu…
Et Dieu dans tout cela ?
Il l’a exal­té, Il l’a pris à lui, rele­vé, res­sus­ci­té, fait asseoir à sa droite. « La pierre reje­tée des bâtis­seurs est deve­nue tête d’angle ! C’est là l’œuvre de Dieu, une mer­veille à nos yeux… » Des témoins ont attes­té ce que Dieu leur a fait savoir : « Ce condam­né n’est pas un mau­dit pour Dieu. Nous le savons car lui-même nous l’a fait savoir : cet homme, exclu de la socié­té des humains, a, par-delà la mort, été élu par Dieu. Ce qu’il nous a mon­tré durant toute sa vie, à savoir que Dieu choi­sit l’exclu, intègre le mar­gi­nal, par­donne le pécheur, s’est véri­fié au-delà de sa propre mort et exclu­sion. Désormais nous pou­vons vivre comme il nous l’a ensei­gné de faire. Nous sommes en pleine confiance car de toutes manières nous ne pou­vons que tom­ber dans la main de Dieu qui nous pren­dra à lui » !

Tous ces jours-ci nous avons médi­té, contem­plé, scru­té… un abîme de bon­té, nié, bafoué, exclu, mais qui se retrouve dans l’abîme encore plus grand, dans l’immense bonté-miséricorde-vitalité de Dieu et là, Dieu accueille et trans­fi­gure. Il accom­plit, il glo­ri­fie, il res­sus­cite, fait asseoir à sa droite… Mille lan­gages pour dire l’inversion incroyable mais cohé­rente de l’agir divin dans ce cas précis.
Des témoins se sont levés, se sont retrou­vés, se sont confir­més. Ils ont remé­mo­ré les gestes de Jésus, les prio­ri­tés de sa vie au nom de Dieu, rap­pe­lant à cha­cun com­ment Dieu agit. Or ce Dieu a par­lé aux témoins. Et nous vivons de leur témoi­gnage, nous les croyants. Et nous mar­chons dans cet espace spi­ri­tuel radieux, vic­to­rieux, à la suite de ce fils d’homme qui est le Fils intime de son Père céleste.
Les pre­miers témoins se sont retrou­vés entre eux, ont ouvert à la fois le livre de la mémoire com­mune de Jésus par­mi eux, et le livre des Écritures, notam­ment les Psaumes. Comme disait saint Pierre à Corneille : « C’est de Jésus que tous les pro­phètes rendent ce témoi­gnage : Quiconque croit en lui, reçoit par son nom, le par­don des péchés ».

Depuis lors, l’histoire de plus de vingt siècles de foi chré­tienne s’illustre par des vies de saints qu’on n’a pas fini de médi­ter et d’intérioriser : leur foi, leur cha­ri­té, leur espé­rance, l’une comme l’autre vic­to­rieuse des forces du Mal, de la déses­pé­rance, de la volon­té de détruire et d’anéantir, nous ali­mentent pour, comme dit saint Benoît dans sa maxime célèbre : « Ne jamais déses­pé­rer de la misé­ri­corde de Dieu ». C’est cela Pâques !
La nature comme lan­gage cos­mique, notre propre cœur, nos rites litur­giques : allu­mer un cierge pour vaincre l’obscurité. Une jon­quille dans un petit vase ou une branche de for­sy­thia dans un verre au milieu de la table. Le Dieu de la résur­rec­tion parle dans cette branche, comme aus­si dans des récits de retrou­vailles et de récon­ci­lia­tion : « Ton frère était mort, et le voi­ci vivant. Ne faut-il pas faire la fête ? » Les retrou­vailles sont per­çues par le père comme une résur­rec­tion. Et inver­se­ment : la résur­rec­tion est par­don et amour entre frères : « Nous sommes pas­sés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères », dit saint Jean. Le lan­gage de la paix fra­ter­nelle – par­fois fort dif­fi­cile, comme une vic­toire labo­rieu­se­ment conquise – se vit comme le pas­sage de la mort à la vie. C’est que, comme le dit saint Paul : « Nous étions enne­mis mais Dieu en Christ nous a aimés ! Gratuitement ! Nous sommes en paix avec Dieu en Christ Jésus, sans mérite de notre part, par la pure adhé­sion de notre foi ».
C’est que nous avons contrac­té une alliance : « Notre vie est désor­mais cachée, enfouie avec le Christ en Dieu ! Depuis notre bap­tême ! Morts avec le Christ, res­sus­ci­tés avec le Christ ! Il ne nous reste plus qu’à « Vivre à Dieu seul ! » Nous ne nous appar­te­nons plus.

Aussi, en ce jour, d’un bout du monde à l’autre, on renou­velle ses pro­messes bap­tis­males. Bon nombre d’entre nous – la plu­part sans doute – ont ren­con­tré le Christ lors de leur bap­tême à peine quelques jours après être sor­ti des eaux du sein mater­nel. Le bap­tême était curieu­se­ment une façon de retour­ner dans ces eaux pour renaître une deuxième fois !
Mais le jour de Pâques chaque année nous repas­sons par ce moment vital, régé­né­rant ! Avant de nous enga­ger à nou­veau et d’être asper­gé : pre­nons un moment le temps de reve­nir sur nous-mêmes. Qui suis-je en pro­fon­deur ? Quel est mon lien exact avec ce Christ vivant, res­sus­ci­té ? En quoi consiste mon adhé­sion ? Pour quel évan­gile suis-je prêt à vivre et à mou­rir ? Et cela pas seule­ment à titre per­son­nel, mais dans le Corps du Christ, en lien avec la mul­ti­tude qui nous entoure, effec­ti­ve­ment et vir­tuel­le­ment, jusqu’à l’autre bout du monde ? Faisons silence et pre­nons à cœur ce ques­tion­ne­ment de notre enga­ge­ment le plus secret.

Frères et sœurs, chers amis, je vous invite main­te­nant à pro­non­cer une nou­velle fois vos enga­ge­ments per­son­nels. Oui, je renonce, trois fois. Oui je crois, trois fois. Troisième fois, bonne fois, dit le pro­verbe. On y va entiè­re­ment et non pas par demi-mesure. On envi­sage les deux pôles : ce à quoi renon­cer, d’abord, fer­me­ment ; et ce à quoi don­ner notre adhé­sion, géné­reu­se­ment et libre­ment. On y va aus­si per­son­nel­le­ment, avec un « je » asser­tif et non pas un « nous » col­lec­tif dans lequel on pour­rait tou­jours se cacher : aujourd’hui nous ne condui­sons pas tel un trou­peau avec une conduite gré­gaire. Nous y allons cha­cune et cha­cun à part entière, sans déci­der pour autrui ce que celui-ci ou celle-ci puisse refu­ser ou accep­ter pleinement.

Fr. Benoît

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