Veillée pascale 2021

Veillée pascale 2021

samedi 3 avril 2021

Mc 16, 1–8

En pro­cla­mant l’évangile de la Résurrection, nous sommes arri­vés au cœur de cette veillée. Prions main­te­nant pour que ce mys­tère pas­cal habite le cœur de cha­cun, cha­cune nous, le cœur de notre assem­blée, comme l’évangile nous y invite. En effet, vous avez enten­du com­ment cet évan­gile selon saint Marc est brus­que­ment inter­rom­pu : « Elles sor­tirent et s’enfuirent du tom­beau, parce qu‘elles étaient toutes trem­blantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à per­sonne, car elles avaient peur. » Mes frères, mes sœurs, c’est à nous de le conti­nuer ! C’est à nous de vivre désor­mais ce mys­tère pas­cal au cœur de notre propre vie, en pas­sant de la fuite à la ren­contre, du mutisme au témoi­gnage, de la peur à l’amour.

Mais il était bon de com­men­cer cette veillée en rap­pe­lant com­ment nous en sommes arri­vés là. La litur­gie nous a retra­cé l’histoire de Dieu par­mi les hommes. C’est tou­jours impres­sion­nant d’entendre toute cette Histoire Sainte, depuis la Création, puis, avec le pas­sage de la Mer Rouge, la pre­mière image de notre libé­ra­tion de la mort, l’annonce du Royaume, avec David et puis l’exil et les Prophètes. À tra­vers toutes ces péri­pé­ties, nous voyons com­ment Dieu donne la vie, la redonne inlas­sa­ble­ment et, fina­le­ment, nous voyons com­ment il la donne en Jésus, par toute sa vie par­mi nous, par sa mort et sa Résurrection au matin de Pâques.
Mais faut-il s’arrêter là, en l’année 30 ?
Comme nous l’avons chan­té durant tout le Carême : « Jésus Christ, ami des hommes, l’Église vit de ta mémoire, (mais) les yeux fixés sur l’avenir ». Nos yeux ne sont pas fixés sur l’année 30. Car Jésus « donne sens à notre his­toire », — et pas seule­ment à l’Histoire de l’Antiquité.

D’ailleurs, si la fête de Pâques n’était que la com­mé­mo­ra­tion d’une évè­ne­ment du pas­sé, la foi ne serait même pas néces­saire. En effet, la Résurrection est un fait his­to­rique, — je ne dis pas la façon dont les évan­gé­listes la décrivent, mais le fait que ces dis­ciples, des gens assez ordi­naires, pas très cou­ra­geux, ont sou­dain reçu une force qui les a pro­pul­sés par le monde, pour annon­cer et réa­li­ser l’évangile est inouï. Le cours de l’histoire en a été chan­gé. C’est un constat que font tous les his­to­riens : il s’est pas­sé là quelque chose d’inexplicable. Notre foi ne consiste donc pas à admettre un fait his­to­rique, mais bien à y voir la pré­sence renou­ve­lée du Seigneur Jésus, le Vivant, sa pré­sence et la force de son Esprit, — qui sont tou­jours à l’œuvre aujourd’hui.
Ce que nous célé­brons ce soir est en effet la conti­nua­tion par­mi nous de cette force de résur­rec­tion, à laquelle nous vou­lons col­la­bo­rer. C’est donc dans l’histoire de cette année 2021 que nous devons situer notre par­ti­ci­pa­tion à la vie nou­velle reçue du Christ. Il s’agit de notre his­toire per­son­nelle, de l’histoire de notre com­mu­nau­té, de nos amis qui suivent peut-être de loin cette célé­bra­tion, mais plus lar­ge­ment encore, nos com­pa­triotes, nos frères de Mambré, tous nos frères en huma­ni­té dans ce vaste monde, par­tout en souf­france. Bien que confi­nés dans cette cha­pelle, nous ne pou­vons pas célé­brer cette fête entre nous, à huis clos. Cette année, plus que jamais, c’est en com­mu­nion avec tous nos frères les hommes que nous célé­brons la Pâque.

Quelle est alors la foi au Christ res­sus­ci­té que nous vivons aujourd’­hui, dans ce contexte tout par­ti­cu­lier ? Que nous dit l’évangile ?
Jésus est mort et res­sus­ci­té à Jérusalem, mais, comme nous avons enten­du, il a envoyé ses dis­ciples en Galilée, leur région d’origine, ‘car­re­four des nations’, comme on l’appelle, là où ils accom­plis­saient leur tâche ordi­naire. Mes sœurs, mes frères, c’est encore là qu’« il nous pré­cède », dans notre Galilée, notre car­re­four de toutes les nations, les cultures et les reli­gions. C’est là, dans notre vie ordi­naire, que nous aus­si, nous pou­vons rendre témoi­gnage de la résurrection.
Or la Résurrection n’est pas seule­ment une véri­té, un dogme à confes­ser, elle est un appel, un pro­gramme de vie. Oui, elle est une tâche à réa­li­ser. Nous ne devrions pas seule­ment conju­guer ce verbe ‘res­sus­ci­ter’ au mode pas­sif. C’est vrai, le Christ a été res­sus­ci­té par le Père, et nous avons été res­sus­ci­tés par le Christ. Mais nous devons aus­si prier l’Esprit de Jésus, pour qu’il nous per­mette de res­sus­ci­ter (acti­ve­ment) à notre tour nos frères et sœurs, quand ils en ont besoin, pour qu’il nous donne la force pour rele­ver celui qui fai­blit, la dou­ceur pour réveiller ceux que la rou­tine assou­pit, la joie rayon­nante pour redon­ner goût à la vie, l’élan pour remettre debout, la patience pour édu­quer, faire gran­dir autour de nous le cou­rage et le géné­ro­si­té. Ce sont là toutes les formes de résur­rec­tion qui nous sont pro­po­sées, que nous pou­vons réa­li­ser, recréer dans notre Galilée ordinaire.

Ces expé­riences de résur­rec­tion sont rare­ment spec­ta­cu­laires. Nous asso­cions le plus sou­vent l’action du Christ, en en par­ti­cu­lier sa résur­rec­tion, à des mani­fes­ta­tions de triomphe. Mais en fai­sant ain­si nous l’éloignons de notre vie réelle — et nous nous dis­pen­sons de prendre ses appels au sérieux, concrè­te­ment. Or le seul témoi­gnage qui soit vrai et convain­quant est celui de notre vie toute simple, (mais) qui peut rayon­ner une lumière mer­veilleuse, presqu’à notre insu. C’est ain­si seule­ment que nous pou­vons conti­nuer l’évangile dont l’évangéliste Marc a inter­rom­pu le récit, puisqu’il nous a pas­sé la main, en quelque sorte, et nous a deman­dé de don­ner nous-mêmes une suite au miracle de l’amour de Dieu par­mi nous, de la don­ner ici, main­te­nant, en com­mu­nion avec le vaste monde qui nous entoure.
Nous ne devons donc pas être inti­mi­dés par les images gran­dioses de l’iconographie catho­lique qui nous montrent le Christ jaillis­sant du tom­beau en triom­pha­teur, tan­dis que les gardes à ses pieds sont pros­trés, atter­rés. Non ! nous sommes appe­lés à vivre la Résurrection à notre échelle, petite, modeste, mais pleine de grâce, parce que le Seigneur Jésus nous y pré­cède tou­jours. Et une des manières les plus spé­ci­fiques de vivre la Résurrection consiste pré­ci­sé­ment à dépas­ser la peur, la peur que les saintes femmes myro­phores ont res­sen­ti en décou­vrant le tom­beau vide, la peur de tant de per­sonnes acca­blées, bles­sées, angois­sées devant l’avenir incer­tain. Demandons la grâce d’être nous-mêmes libé­rés de la peur pour pou­voir rele­ver, ‘res­sus­ci­ter’ ces per­sonnes pros­trées, de le faire sans opti­misme béat, mais avec la force de l’Esprit saint.

Mais il faut aus­si chan­ter notre foi dans la Résurrection et l’attester dans la prière. Pour conti­nuer cette célé­bra­tion, nous allons donc ral­lu­mer nos cierges pour pro­cla­mer cette foi et redire notre enga­ge­ment pour l’évangile. Ensuite, nous allons rendre grâce au Seigneur qui nous pré­cède tou­jours en célé­brant l’eucharistie. Et nous savons que le par­tage du pain, sera déjà une façon de vivre le par­tage de toute notre vie au nom du Christ, une com­mu­nion à sa vie offerte pour la multitude.

Fr. Pierre

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