Ascension 2021

Ascension

Jeudi 13 mai 2021

Introduction

Bien­ve­nue à vous tous, chers frères et sœurs, pour la fête de l’Ascension ! Un grand Sursum cor­da : « en haut les cœurs ! », résonne et habite toute la litur­gie de cette fête qui est dans le calen­drier une des grandes fêtes ver­ti­cales de toute l’année, ensemble avec la fête du Baptême de Jésus dans le Jourdain. Se mou­voir sur l’axe ver­ti­cal, c’est autant s’abaisser au plus bas que d’être éle­vé et atti­ré vers le plus haut. Qui hésite à des­cendre, sera han­di­ca­pé pour mon­ter, voi­là ce que l’expérience nous apprend. Une humi­li­té et une trans­pa­rence sont néces­saires pour par­ti­ci­per plei­ne­ment à la fête. « Quand je serai éle­vé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi », dit le Christ dans saint Jean. Éprouverons-nous cette trac­tion, voi­là la ques­tion ? Plus quelqu’un est vul­né­rable, consciem­ment fra­gile dans toutes ses fai­blesses et qu’il avance ain­si, plus forte sera sa per­cep­tion que le Christ mon­té « attire » et nous unit à lui et à Dieu. Regardons la croix radieuse, consi­dé­rons notam­ment l’axe ver­ti­cal et laissons-nous hum­ble­ment atti­rer : car, comme l’écrit saint Benoît, on monte en s’abaissant, et l’on rejoint la gloire en confes­sant son péché. Kyrie eleison.

Homélie

Bien chers frères et sœurs,
Le mys­tère de Pâques a plu­sieurs facettes et c’est tout l’art de la litur­gie de nous per­mettre d’en décou­vrir la diver­si­té. Quand nous consi­dé­rons sim­ple­ment la croix dans l’abside, nous voyons certes en pre­mier lieu la cru­ci­fixion de Jésus, avec tout de même le para­doxe : ses mains et ses pieds comme son côté ouvert saignent, mais il a les yeux ouverts et nous regarde, vic­to­rieux du mal qu’on lui a fait, et son corps rayonne d’une blan­cheur radieuse, avec une force sereine, large, tran­quille, embras­sant tout. Tout en bas de l’icône on voit Jésus res­sus­ci­tant Adam et Ève, les reti­rant du monde des enfers et de la mort. C’est en petit l’icône de la Résurrection. Et tout en haut, que voyons-nous : « le Seigneur de gloire ». « Portes, levez vos fron­tons, élevez-vous portes éter­nelles, qu’il entre le Roi de gloire ! Qui est ce roi de gloire ? c’est le Seigneur le vaillant, le Christ vic­to­rieux du mal et de la mort ! » Ce ver­set de psaume est reve­nu plus d’une fois dans nos offices depuis hier soir ! C’est le chœur des humains qui crient au chœur des anges : « Ouvrez les portes ! Qu’il entre le roi de gloire ! » Saint Paul aux Corinthiens fait remar­quer en pas­sant : les puis­sants de ce monde n’ont pas connu ni recon­nu le Seigneur. S’ils l’avaient connu, ils n’auraient pas cru­ci­fié « le Seigneur de gloire » ! Cette expres­sion, emprun­tée au Psaume 23, se trouve, dans l’icône, juste au-dessus de la croix et en des­sous du Christ glo­rieux, le Christ Pantocrator, qui règne, « tout » ayant été « pla­cé sous ses pieds », selon un autre ver­set de psaume, cité ailleurs par Paul. L’icône laisse voir en outre toute la lar­geur de cette vic­toire par les quatre figures ailées qui entourent les deux bras du Christ. Ces quatre Vivants, comme l’Apocalypse les nomme, sou­tiennent le trône de gloire et répandent la bonne nou­velle de la vic­toire, « l’évangile de la paix », jusqu’aux extré­mi­tés du monde. Dans dix jours nous fête­ront cette remar­quable expan­sion de la fête de Pâques dans l’événement du cin­quan­tième jour, la fête de la Pentecôte. Pâques, comme fête, écla­te­ra alors dans une uni­ver­sa­li­té illi­mi­tée, où toute nation, peuple, race, langue ou culture sera invi­tée à com­mu­nier à la vic­toire du Christ ressuscité.
Ainsi, une seule icône réunit visuel­le­ment la mul­ti­pli­ci­té des aspects du mys­tère du Christ qui est pas­sé par la mort sur la croix.

L’Ascension nous révèle Jésus assu­mé dans la gloire de Dieu. Les hommes ont pu l’humilier, le trai­ter igno­mi­nieu­se­ment, l’exclure comme la pierre reje­tée des bâtis­seurs. Dieu l’a exal­té, pris à lui, fait par­ti­ci­per à sa gloire, à sa force, à sa royau­té. Il est désor­mais « assis à la droite ». Nos mots essaient de dire le chan­ge­ment, le ren­ver­se­ment, le contraste com­plet avec ce que fut sa mort scan­da­leuse, étant sus­pen­du au bois de la croix. Les poètes sont par­fois nos meilleurs théo­lo­giens pour nous rap­pe­ler l’essentiel d’une fête. Voici ce que l’on a chan­té ce matin tôt :

Le Christ est mon­té près de Dieu triomphant
Préparer la Maison près de Dieu
Il reste avec nous au milieu des vivants
Il reste avec nous, près de Dieu.
Il nous ouvri­ra, près de Dieu, son Royaume
Accueillant les pécheurs près de Dieu.

(Didier Rimaud)

J’étais ému en enten­dant sans cesse ce « près de Dieu ». Il part, il est mon­té, il s’éloigne mais il reste avec nous au milieu des vivants, il reste avec nous près de Dieu. C’est cela qu’il s’agit de décou­vrir au cœur de notre foi pas­cale : avec nous près de Dieu. Il est entre aux cieux, dans le Royaume des cieux, mais ce Royaume est par­tout, ce Royaume pénètre tout, ce Royaume est tout sauf loin de nous ! « Le ciel est dans ton cœur », rap­pellent les moines en prière. Ouvre-le et accueille celui qui est mon­té aux cieux. « Il nous ouvri­ra près de Dieu son Royaume, Accueillant les pécheurs près de Dieu ». Car « au ciel » veut dire « près de Dieu », dans une com­mu­nion qui nous unit tous, les vivants et les morts, les pécheurs et les saints.

La troi­sième et der­nière strophe renchérit :

Au ciel nous aurons près de Dieu le Bonheur
Dans la gloire et la paix, près de Dieu
Car nous entre­rons dans la joie du Seigneur,
car nous entre­rons près de Dieu.
Et nous trou­ve­rons, près de Dieu, Notre Dame
Et nos frères les saints, près de Dieu.

Célébrons donc ce Christ vic­to­rieux, triom­phant, émou­vant par sa nou­velle proxi­mi­té avec cha­cun de nous, les plus proches comme les plus loin­tains. « Élevé j’attirerai tous à moi ». Amen. Dans cet espace de vie, de lumière et de paix, confes­sons notre foi commune.

Le Christ est mon­té près de Dieu triomphant
Préparer la Maison près de Dieu
Il reste avec nous au milieu des vivants
Il reste avec nous, près de Dieu.
Il nous ouvri­ra, près de Dieu, son Royaume
Accueillant les pécheurs près de Dieu.

Au ciel nous serons près de Dieu pour toujours :
Plus de froid, plus de faim, près de Dieu
Et nous chan­te­rons pleins de joie, pleins d’amour
Et nous chan­te­rons près de Dieu
Et nous aime­rons, près de Dieu, l’univers
Achevé par nos mains près de Dieu

Au ciel nous aurons près de Dieu le Bonheur
Dans la gloire et la paix, près de Dieu
Car nous entre­rons dans la joie du Seigneur,
car nous entre­rons près de Dieu.
Et nous trou­ve­rons, près de Dieu, Notre Dame
Et nos frères les saints, près de Dieu.

(Didier Rimaud)

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