Fête de la Trinité

Trinité

Dimanche 30 mai 2021

Introduction

Bien chers frères et sœurs, chers amis, bien­ve­nue à vous tous qui nous sui­vez par inter­net. Nous nous excu­sons si tout n’était pas clair et net dans l’image et dans la voix il y a huit jours. Indépendamment de notre volon­té, cer­taines connexions n’ont pas bien fonc­tion­né. On espère un meilleur résul­tat aujourd’hui !

Mais, comme vous pou­vez le voir, nous sommes ici dans la cha­pelle avec un nombre très réduit de per­sonnes. Seule la com­mu­nau­té des frères est repré­sen­tée. C’est la pre­mière fois en un demi-siècle que l’on vit quelque chose de pareil. C’est que le Covid est entré dans nos rangs et plu­sieurs sont conta­mi­nés – « posi­tifs », comme on dit. Nous sommes en qua­ran­taine stricte, et nous avons dû fer­mer nos portes, bien mal­gré nous ! Heureusement tout de même que la tech­nique nous per­met de rejoindre bien des absents de ce lieu-ci.

Gardons ensemble le cœur haut, vivons avec sagesse et pru­dence, prions les uns pour les autres et souvenons-nous tou­jours que le nombre n’est pas un cri­tère : « Là où deux ou trois sont réunis en mon Nom, Je suis au milieu de vous ! », disait Jésus aux siens avant de les quit­ter ! Et ce « deux ou trois », disent les Pères de l’Eglise, cela vaut aus­si pour celui qui est seul et unit toute sa per­sonne, corps, âme et esprit, pour accueillir dans la prière son Dieu et son sauveur.
Aujourd’hui nous fêtons non pas un évé­ne­ment his­to­rique par­ti­cu­lier, mais Dieu en lui-même, la sainte Trinité – Père, Fils et Esprit saint – tel qu’Il s’est révé­lé à nous dans l’histoire. C’est une fête pour contem­pla­tifs, pour des mys­tiques, comme la sainte Elisabeth de la Trinité. Et ne croyez sur­tout pas que ce soit une fête com­pli­quée, un casse-tête mathé­ma­tique où trois est égal à un, ou encore selon le mot de Jacques Prévert : « La théo­lo­gie c’est simple comme dieu et dieu font trois ! »

En réa­li­té, le cœur simple qui aime, com­prend tout car, dit le poète, « tout est amour dans l’Amour même ». Tournons-nous avec foi et amour vers celui qui n’est qu’amour et invoquons-le par un triple Kyrie qui s’adresse au Père, au Fils et au Seigneur, l’Esprit qui habite en nos cœurs.

Homélie

Chers frères et sœurs,
Le moine Évagre, père du désert à la fin du qua­trième siècle, a décrit la vie spi­ri­tuelle en trois grandes étapes. La pre­mière était de lut­ter pour accé­der à la pure­té du cœur. La seconde consis­tait à réa­li­ser la lumière de son propre esprit et de contem­pler dans tout l’univers ce qu’il y a comme pré­sence divine. La troi­sième étape, le som­met et le point final, est ce qu’il appe­lait « la contem­pla­tion de la sainte Trinité ». On pour­rait relire tout notre par­cours litur­gique depuis le début du Carême comme la tra­ver­sée de ces trois étapes : pen­dant les six semaines du Carême nous nous sommes puri­fiés, lut­tant contre tous les pen­chants pos­sibles dans notre vie ; arri­vés à Pâques et les sept semaines du temps pas­cal, nous avons vécu ce qu’Evagre appelle « la pre­mière contem­pla­tion », celle d’entrevoir l’action du Verbe en nous et dans tout le créé. Au-delà de la Pentecôte, avec la fête de la Trinité, nous voi­ci arri­vés au som­met. Il ne reste plus, jusqu’à la fin de l’année litur­gique, d’approfondir cette vie tri­ni­taire, contem­plée comme un amour divin nous péné­trant, de tou­jours à toujours.

Par la médi­ta­tion des Écritures, nous pou­vons de fait entrer plus plei­ne­ment dans ce mys­tère qui contient tout le secret de notre vie bap­tis­male. La parole de Dieu aujourd’hui nous donne à voir com­ment notre iden­ti­té dépend de notre adoration.
Moïse, dans la pre­mière lec­ture, invite tout le peuple à l’émerveillement : Comment Dieu, notre Dieu, a‑t-il été avec nous et pour nous au fil des siècles et des géné­ra­tions ? Comment s’est-il mon­tré et nous a‑t-il for­més comme son peuple à lui, avec une proxi­mi­té bou­le­ver­sante, une sagesse incom­pa­rable, une force sal­vi­fique tout à fait unique ? Nous sommes ce que nous arri­vons à nous rap­pe­ler de tout ce que lui, le Seigneur, a fait pour nous. Notre image iden­ti­taire à nous dépend de l’image de notre Dieu et sau­veur : « Sache donc aujourd’hui et imprime-le dans ton cœur : le Seigneur Dieu est unique, au ciel et sur la terre, il n’y en a pas d’autre ». Vivre avec un Dieu unique, rend l’homme unique.

Le psaume 33, chan­té comme réponse, pro­cla­mait heu­reux, bien­heu­reux le peuple dont le Seigneur est le Dieu, le peuple qui sait l’acclamation parce qu’il connaît son Seigneur : le psal­miste contemple que le Seigneur est Dieu, à la fois Créateur de l’univers et Maître de l’histoire particulière.

Saint Paul dans ce grand cha­pitre 8 de sa lettre aux Romains résume toute notre iden­ti­té de chré­tiens bap­ti­sés : foi, espé­rance et cha­ri­té, inha­bi­ta­tion de l’Esprit depuis notre bap­tême, fra­ter­ni­té avec le Christ, premier-né d’une mul­ti­tude de frères, et fils dans le Fils, vivant luci­de­ment la rela­tion de trans­pa­rence avec cet Abba céleste, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Rien de très com­pli­qué dans tout cela, mal­gré tout ce qu’on a pu en dire comme débats inter­mi­nables au fil des siècles. Paul res­pire le mys­tère de la Trinité sans jamais se ser­vir de ce mot, qui d’ailleurs est absent de tout notre Nouveau Testament ! Baptisés dans le Christ, nous vivons par l’Esprit notre filia­tion avec Dieu notre Père. Notre iden­ti­té est dyna­mique. Elle se joue spi­ri­tuel­le­ment en Christ, et par lui en Dieu qui est Père, Fils et Esprit saint.

L’évan­gile vient confir­mer tout cela, avec force. On entend la grande finale du livre de saint Matthieu. Jésus appa­raît sur une haute mon­tagne en Galilée. Il pro­clame sa tou­chante proxi­mi­té dans le temps : « Voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu’à la fin des temps ». Comme cela fait du bien de l’entendre, dans les temps qui sont les nôtres ! Il affirme aus­si son auto­ri­té dans l’espace : « Tout pou­voir m’a été don­né au ciel et sur la terre ». La terre n’est plus sépa­rée du ciel, depuis la résur­rec­tion de notre Maître. Avec son Esprit il nous donne la trans­pa­rence avec le Père. Au milieu de cet espace et de ce temps péné­trés de la pré­sence chris­tique, voi­ci que prend forme selon saint Matthieu l’envoi des dis­ciples, la mis­sion de l’Église. « Allez ! De toutes les nations faites des dis­ciples ! » Il s’agira d’ouvrir une école, et de faire de tout homme un pos­sible dis­ciple du Maître unique. Or on devient dis­ciple par une double for­ma­tion. On apprend tout ce que Jésus nous a ensei­gné, et notam­ment sa relec­ture de la Torah comme pré­cepte d’amour, le fameux « Et tu aime­ras », tant « Dieu » que « le pro­chain comme toi-même » ! Et on reçoit le rite cen­tral du bap­tême dans le Nom. C’est là le rap­pel du moment à la fois rituel, sacra­men­tel et mys­tique : on ne s’appartient plus, on appar­tient à Celui dont on invoque le Nom, Jésus le Seigneur, Dieu notre Père et l’Esprit qui nous sanc­ti­fie et nous incor­pore au Christ de Dieu.
Quelle remar­quable syn­thèse Matthieu réus­sit à nous pré­sen­ter au moment de conclure son livre. Être chré­tien aujourd’hui c’est encore et plus que jamais entrer dans une école. « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur ». Chacune des huit béa­ti­tudes sont réca­pi­tu­lées dans ce « doux et humble de cœur ». Cela s’apprend, c’est une école de liber­té. L’école est tou­jours un pas­sage : il s’agit de deve­nir autre, libre, avec une vision qui embrasse le pas­sé loin­tain et tout l’avenir. Moïse, David, Paul et Matthieu forment ensemble un concert : ils chantent le Dieu qu’ils ont ren­con­tré et nous illus­trent cha­cun qu’on devient ce qu’on a pris le temps de contem­pler. Dieu est lumière. Qui le regarde en est trans­fi­gu­ré, devient lumi­neux. Dieu est Sagesse. Qui s’y applique, savoure la sagesse et prend goût à tout ce qui est divin. Dieu est Esprit, qui l’accueille trouve accès à une Source inta­ris­sable qui irrigue ses pen­sées, ses paroles comme ses actes.

Respi­rons bien. Vivons bien notre bap­tême au Nom du Seigneur Jésus : nous ne nous appar­te­nons plus si ce n’est comme des dis­ciples du Maître unique, des fils et enfants dans le Fils unique, des spi­ri­tuels gui­dés par le Guide divin qu’est cet ange tou­jours à nos côtés, l’Esprit saint. Le car­di­nal De Kesel dans son tout récent livre rap­pelle que dans notre monde sécu­la­ri­sé on ne naît pas chré­tien, mais on le devient par choix libre, en acqué­rant dans une com­mu­nau­té de foi une convic­tion per­son­nelle. Le fête de la sainte Trinité nous donne l’occasion de se le rap­pe­ler ensemble et de vivre la foi dans la joie, que nous soyons une immense foule ou sim­ple­ment deux ou trois réunis en mon Nom. Ainsi soit-il ! Amen.

Seigneur notre Dieu,
tu es Un
et tu t’es révé­lé par un amour débordant
tant dans la créa­tion que dans toute l’histoire.
Donne-nous de t’écouter fidè­le­ment dans ta Parole
et de vivre plei­ne­ment la pro­fon­deur de notre baptême.
Qu’ainsi toute notre vie témoigne de qui tu es,
Dieu Père qui veux la joie et la fête de tes enfants,
ici, aujourd’hui
et tous les jours, jusqu’à la fin du monde.

AMEN.

Fr Benoît

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