Funérailles du Fr. Matthieu, le 17 mai 2021

MERCI, FRÈRE MATTHIEU

Funérailles du Fr. Matthieu, le 17 mai 2021

(Rm 12, Mt 6, 25–33)

Quand un frère ou une sœur nous quitte, nous voyons sou­dain mieux ce qu’il était vrai­ment, ce qu’il était pour Dieu. Il faut qu’il s’éloigne un peu pour qu’apparaisse clai­re­ment sa vraie sta­ture, mais aus­si ce qu’il avait à nous dire, oui, de la part de Dieu. C’est ain­si que, par toute sa vie, notre Frère Matthieu nous a révé­lé et illus­tré bien des aspects de l’évangile.
Grâce à lui, en voyant com­ment il l’a vécu, nous com­pre­nons mieux, par exemple, le texte de l’évangile selon saint Matthieu que nous avons enten­du à l’instant. Et puisque notre Frère Matthieu aimait la musique et l’a inter­pré­tée, je pren­drai, pour m’expliquer, une image du domaine musi­cal. En fait, les Écritures sont un peu comme des par­ti­tions de musique. Quand nous voyons toutes ces notes écrites sur des feuilles de papier, nous pou­vons lire la musique et déjà pres­sen­tir sa beau­té. Mais nous ne pou­vons vrai­ment l’apprécier qu’au moment où nous l’entendons, quand quelqu’un nous la joue. Ainsi des Écritures sacrées. Elles risquent de res­ter lettres mortes, tant qu’elles ne sont pas réa­li­sées, jouées. Nous pou­vons les lire, très bien les connaître et même les expli­quer, mais il nous faut de bons inter­prètes pour qu’elles nous touchent le cœur et nous invitent à entrer dans leur mou­ve­ment, à entrer dans la danse. Nous pou­vons dire à pré­sent que le Frère Matthieu a, lui aus­si, bien inter­pré­té, oui, bien ‘joué’ l’évangile pour nous — comme celui que nous avons choi­si pour cette célébration.

Parce qu’il aus­si beau­coup regar­dé les oiseaux du ciel, et beau­coup obser­vé les lys des champs, toutes les fleurs. Cet évan­gile lui par­lait très fort et nous l’entendons aus­si volon­tiers en pen­sant à lui. Bien sûr, il avait une grande capa­ci­té d’émerveillement. Mais, en arran­geant les fleurs, il ne se conten­tait pas d’admirer com­bien elles étaient har­mo­nieuses, mul­ti­co­lores, fraîches, odo­rantes. Il ne cher­chait pas l’art pour l’art. Il voyait sur­tout com­ment toute cette beau­té de la nature le ren­voyait au Créateur, et com­ment notre Père céleste pre­nait soin de chaque fleur, de chaque oiseau. Et en tout cela, il savait que Dieu pre­nait encore d’autant plus soin de lui, à toutes les étapes de sa vie, pen­dant la guerre, à l’armée, au monastère.

Et là, comme il était doué pour beau­coup de choses, il a reçu une grande varié­té de res­pon­sa­bi­li­tés, d’abord à l’abbaye de Saint-André puis à Clerlande et même à Mambré (Kinshasa). Il « n’avait pas le goût des gran­deurs », mais il a été suc­ces­si­ve­ment por­tier, cui­si­nier, sacris­tain, chauf­fa­giste, météo­ro­lo­giste, major­dome, peintre en bâti­ments, relieur, chantre, musi­cien, tis­se­rand, fleu­riste, bou­lan­ger du pain eucha­ris­tique, sans par­ler de son enga­ge­ment dans le yoga et la céré­mo­nie du thé et sur­tout ses nom­breux contacts ami­caux dans le voi­si­nage. En tout cela, il se savait un simple ser­vi­teur un ‘ser­vi­teur quel­conque’, comme dit l’évangile. Mais, comme il savait que Dieu s’occupe même des petits moi­neaux et des fleurs des champs, il res­tait zen ; il esti­mait sobre­ment que ce qu’il avait réa­li­sé était ‘conve­nable’, les plats qu’il avait soi­gneu­se­ment cui­si­nés étaient ‘man­geables’. Il appli­quait d’ailleurs à ses frères les même appré­cia­tions, pour nous for­mer à l’humilité, et, par exemple, l’autre jour, quand j’avais fait une belle homé­lie il m’a expri­mé sa grande admi­ra­tion en me disant : « Ça ne m’a pas dérangé ».

Mais je ne puis conclure cette homé­lie sans évo­quer un mot qu’il avait tou­jours à la bouche : « Merci ! ». Il faut être très humble pour réa­li­ser com­bien tout nous est don­né, tout est tou­jours immé­ri­té. Oui, tout nous est don­né « de sur­croit », quand nous cher­chons le Royaume et sa jus­tice. Alors, même des choses moins agréables, impré­vues, tout nous est don­né, tout, et en par­ti­cu­lier les frères, sa famille, ses amis. À tous et à toutes il redi­sait : « Merci ! ».

À notre tour, mes sœurs, mes frères, nous allons dire « Merci ! » à Dieu et Lui rendre grâce pour notre frère Matthieu, pour les fleurs, pour les oiseaux, pour tous ceux et celles que le Seigneur nous donne, et que nous ne pou­vons pas tou­jours bien appré­cier. Et por­tés par ce grand ‘mer­ci’ qui nous monte au cœur, nous allons pou­voir rendre grâce, ‘faire eucha­ris­tie’ pour notre Bien-Aimé Frère et Seigneur Jésus-Christ.

Fr. Pierre

4 réflexions sur « Funérailles du Fr. Matthieu, le 17 mai 2021 »

  1. C’est tar­di­ve­ment et avec tris­tesse que j’ap­prends le décès de Matthieu, votre frère en Jésus-Christ. Je pré­sente à toute la Communauté de Clerlande et au Primus inter pares, le frère Pierre, mes plus sin­cères condo­léances. Ma fille Sophie qui pas­sa plu­sieurs retraites stu­dieuses et convi­viales au monas­tère (comme étu­diante UCL en méde­cine) est très triste de cette dis­pa­ri­tion mais garde un heu­reux sou­ve­nir de ses ren­contres avec le frère Matthieu.

  2. Très tou­ché du départ de Matthieu, la dou­ceur en per­sonne, un homme pro­fon­dé­ment gen­til. Je retiens cette bien­veillance et cette écoute.

  3. Merci Matthieu pour ce que tu étais : ton accueil sou­riant, gentil,
    chaleureux.
    Tu nous a quit­tés mais ton sou­ve­nir res­te­ra tou­jours en nous : petit de taille mais grand de coeur.
    Où que tu sois, pro­tège tes frères et leur deve­nir et nous tous qui t’a­vons connu et apprécié.

  4. je suis très émue d’ap­prendre le décès du frère Matthieu, André et moi, nous l’ai­mions beau­coup. Comme le dis si bien le frère Pierre, il était vrai­ment l’in­ter­prète de la musique du coeur, de l’é­mer­veille­ment, de la gra­ti­tude. En union avec toute la com­mu­nau­té, autour de lui, pour prier, et chan­ter sa vie.
    Hélène

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