Que Tous soient Un

Que Tous soient Un

Dimanche 16 mai 2021

7ème semaine du temps pascal

(Jn 17,11b-17)

Nous pou­vons être recon­nais­sants à l’évangéliste Jean de nous avoir lais­sé une prière de Jésus qu’il adres­sait à son Père. C’était la veille de sa mort, en pré­sence de ses dis­ciples. On peut entendre cette prière comme s’il sié­geait déjà sur son trône céleste à la droite de son Père. Cette prière est en faveur des « siens qui sont dans le monde » : non seule­ment les apôtres et la Vierge Marie qui assis­taient au der­nier repas et qui l’écoutaient atten­ti­ve­ment, mais nous tous ses dis­ciples qui vivons sur cette terre au milieu des anges aus­si bien que des loups. Il prie pour eux, et pour nous tous.

Entrons pas à pas dans cette prière qui a un poids tes­ta­men­taire puisqu’elle exprime les der­nières volon­tés de Jésus qui nous entraîne dans le tré­fonds de son âme et de son cœur. Garde-les dans la fidé­li­té à ton nom que tu m’as don­né pour qu’ils soient un. Cette prière, dans l’extrait qui nous est don­né ici dans la litur­gie com­mence par cette requête d’unité. Elle n’est pas si aisée à com­prendre même si tous les mots sont simples : en pro­non­çant le nom de Dieu que nous aimons, que nous ado­rons, que nous louons, c’est Dieu lui-même que nous aimons, que nous louons. En gar­dant mémoire de son nom lorsque nous lisons les saintes Écritures, et lorsque nous célé­brons son saint nom (‘le Seigneur’ disons-nous le plus sou­vent), nous nous rap­pro­chons chaque fois de Dieu, de son fils Jésus, nous ren­for­çons en même temps notre cohé­sion, notre uni­té :en nous adres­sant au même Dieu, nous affir­mons notre fra­ter­ni­té, notre appar­te­nance au même Seigneur qui nous a sau­vés. Cette uni­té a pour modèle irrem­pla­çable celle qui relie le Père et le Fils. Et il ne peut s’agir d’une simple uni­for­mi­té, mais plu­tôt d’une com­mu­nion d’esprit. L’esprit qui unit le Père et le Fils ne gomme pas les dif­fé­rences : le Père n’est pas le Fils et réci­pro­que­ment ; le Fils obéit au Père comme nous autres nous obéis­sons à Jésus, à sa Parole et à ses com­man­de­ments pour lui res­sem­bler tou­jours davan­tage, mais sans jamais l’égaler. Cette uni­té dans le monde n’est d’ailleurs pas abso­lue : Jésus n’a rien pu faire contre une de ses bre­bis qui l’a tra­hi. Nous res­tons libres de ne pas écou­ter la Parole de Jésus, de lui déso­béir. Mais si nous péchons, ce n’est pas pour autant que Dieu nous abandonne.

La deuxième requête de Jésus est celle-ci : Et main­te­nant que je viens à toi, je parle ain­si, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient com­blés. Ce sou­hait de Jésus de nous com­mu­ni­quer sa joie à nous qui sommes encore dans le monde avec toutes ses dérives et ses ten­ta­tions devrait nous com­bler d’une joie pro­fonde : c’est celle qui résulte de l’entente par­faite du Père et du Fils et qui peut se nom­mer l’Esprit-Saint. L’Esprit saint n’est autre que l’amour réci­proque de Jésus et de son Père l’un pour l’autre, ce même amour qui nous est offert gra­tui­te­ment dans les sacre­ments mais aus­si dans l’offrande de nous-même. Nous avons tou­jours de la peine à bien conce­voir ce don de l’Esprit Saint tel­le­ment il est inouï. Mais nous en avons tout de même une petite idée car il s’agit aus­si de la joie que nous expé­ri­men­tons dans tous les actes de cha­ri­té par­faite, celle que nous éprou­vons sans néces­sai­re­ment pou­voir et devoir l’exprimer. Elle est dif­fé­rente, me semble-t-il, d’une satis­fac­tion per­son­nelle. Elle ne se laisse pas faci­le­ment voir. Il n’est pas cor­rect selon moi de dire qu’on doit l’observer sur nos visages. Cette joie est pro­fonde et nul ne peut nous la ravir. Pour en avoir la meilleure idée, il faut relire l’hymne à la cha­ri­té dans la pre­mière épitre aux Corinthiens : la cha­ri­té ne s’enorgueillit pas, elle ne fan­fa­ronne pas, etc.

Suit une petite paren­thèse : je leur ai fait don de ta parole et le monde les a pris en haine. Qui ? Ceux à qui Jésus a offert sa vie, son évan­gile, sa parole, son corps à man­ger. Nous sommes ain­si pré­ve­nus que l’adhésion forte à la Parole de Dieu, à la per­sonne de Jésus qui est pour saint Jean le Logos, le Verbe ou la Parole, peut nous entraî­ner vers la risée du monde, la haine. Il ne faut pas en avoir honte ou s’en offus­quer : Jésus lui-même l’avait pré­dit. Faire la guerre contre les adver­saires des chré­tiens n’est jamais la bonne solu­tion, c’est don­ner de l’eau à leur moulin.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais. Jésus ne demande pas non plus de pra­ti­quer la poli­tique de l’autruche ou du ghet­to dans lequel nous, les bons chré­tiens, nous vivrions entre nous, à l’abri de tous les assauts de l’adversaire visible ou invi­sible. Aujourd’hui, il est vrai, nous avons des adver­saires sour­nois comme l’internet qui nous fait côtoyer le meilleur et le pire. Je prends un seul exemple très inno­cent : les jeux vidéos que beau­coup de jeunes raf­folent. En soi, le jeu est une bonne chose mais sa fré­quen­ta­tion exces­sive peut faire des ravages dans leur crois­sance phy­sique, intel­lec­tuelle et morale vers une huma­ni­té équi­li­brée sou­cieuse de déve­lop­per tous les talents. Que vont deve­nir nos socié­tés dans laquelle tous les jeunes, el les moins jeunes aus­si, sont rivés sur des écrans tac­tiles ou non ?

La der­nière requête nous fait sor­tir de toutes nos limites en élar­gis­sant lar­ge­ment notre hori­zon : Sanctifie-les dans la véri­té : ta parole est véri­té. Jésus ajoute qu’il s’est sanc­ti­fié lui-même pour nous ses dis­ciples qui sont envoyés dans le monde comme lui-même l’a été par son Père. Qu’est-ce à dire ? Il y a une réponse très simple, digne du caté­chisme : il a fal­lu que le Christ reçoive le bap­tême d’eau et d’Esprit pour qu’il puisse nous sanc­ti­fier, pour qu’à notre tour nous puis­sions être bap­ti­sés, c’est-à-dire rece­voir l’Esprit Saint. Je crains un peu que dit comme cela, vous ne réa­li­siez pas toute la mesure de cette prière de Jésus. Pour saint Jean, le bap­tême du Christ c’est la croix, ou si vous pré­fé­rez le grande pas­sage de la mort à la vie, la résur­rec­tion, la glo­ri­fi­ca­tion qui lui est accor­dée par son Père. D’autres tra­duc­tions disent : « consacre-les dans la véri­té ». Dans la tra­di­tion biblique et dans saint Jean en par­ti­cu­lier, la véri­té n’est pas liée au vrai épis­té­mo­lo­gique, mais au solide. Le mot hébreu qui exprime le vrai, la véri­té est appa­ren­té au rocher, le fameux amen ; est vrai ce qui est stable, dur, solide, digne de confiance. La véri­té est conte­nue dans la parole de Dieu, qui est solide comme le rocher sur lequel je peux m’appuyer en toute confiance. « Consacre-les’, ou ‘sanctifie-les dans la véri­té’ signi­fie donc : remplis-les de l’Esprit Saint qui leur fera connaître, aimer le Christ et sa parole, les seules valeurs sûres de notre existence.

Termi­nons par ces quelques lignes bien connues du Concile Vatican II : « qu’ils appar­tiennent à la hié­rar­chie ou qu’ils soient conduits par elle, tous sont appe­lés à la sain­te­té … Cette sain­te­té de l’Église se mani­feste constam­ment et doit se mani­fes­ter par les fruits de grâce que l’Esprit pro­duit dans les fidèles ; sous toutes sortes de formes, elle s’exprime en cha­cun de ceux qui tendent à la cha­ri­té par­faite » (L. G. n°39).

Fr. Yves de Patoul

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