11ème dimanche du T.O. (B)

11ème Dimanche du Temps ordinaire (B)

13 juin 2021

Mc 4, 26–34

« Il en est du règne de Dieu……A quoi allons-nous com­pa­rer le règne de Dieu ? »

Il ne s’agit donc pas de n’importe quel règne ! Il en est du règne de DIEU, comme d’un homme qui fait ceci ou cela… C’est comme si Jésus cher­chait ses mots : « Que pourrais-je bien inven­ter pour vous mettre dans la tête ce que c’est, vrai­ment, le règne de Dieu …

Oui, s’il s’agissait d’un règne humain, on pour­rait par­ler d’un puis­sant monarque sié­geant à Versailles ou quelque autre cour somp­tueuse : non ! Il s’agit du règne de Dieu. Au départ vous le ver­rez à peine ; une petite semence un petit gland, une graine minus­cule : rien à voir avec un règne humain mais tout à voir avec le règne de Dieu. Jésus veut rendre atten­tif à la pré­sence secrète de Dieu dans la moindre créa­ture. Saint Grégoire le Grand en fait un com­men­taire détaillé : « Les miracles quo­ti­diens de Dieu ont per­du de leur valeur du fait de leur répé­ti­tion. Voici que se cache dans une seule graine d’une très petite semence, la masse entière de l’arbre qui naî­tra. Mettons bien devant nos yeux l’étonnante gran­deur d’un arbre. Nous trou­vons son ori­gine dans la très petite semence. Maintenant exa­mi­nons où se cachent dans cette très petite graine la force du bois, la rudesse de l’écorce, le piquant de la saveur et de l’odeur, l’abondance des fruits, la ver­deur des feuilles. Au tou­cher, la graine n’est pas robuste : d’où vient donc la dure­té du bois ? Elle n’est pas rugueuse : d’où sort la rudesse de l’écorce ? Elle est sans saveur : d’où vient la saveur des fruits ? Elle ne sent rien : d’où vient le par­fum qui s’exhale des fruits ? Elle n’a rien de vert : d’où vient le vert de ses feuilles ? Tout est caché en même temps dans la semence, mais tout ne sort pas en même temps de la semence. »

Mon idée, en citant Saint Grégoire, c’était d’attirer l’attention sur la néces­saire humi­li­té à laquelle tout chré­tien est appe­lé. Tout savants que nous soyons, sommes-nous à même de « pen­ser à Dieu en l’aimant » comme le disait J. Joubert ? Sommes-nous capables de nous réjouir des prouesses tech­no­lo­giques, des mer­veilleuses décou­vertes de la science, — pen­sons aux astro­nautes qui tournent pour le moment autour de la terre – sans pour autant nous prendre pour des dieux ? A la phrase sou­vent citée : « Il faut rai­son gar­der » ne pourrait-on pas ajou­ter « Il faut Dieu gar­der » ? Si proche de son décès et sans m’éloigner de l’évangile de ce jour, je ne puis m’empêcher de par­ler de notre frère Christian : au com­men­ce­ment de sa vie il n’était, lui aus­si, qu’une semence minus­cule ; mais elle conte­nait en puis­sance tout le déve­lop­pe­ment de sa longue exis­tence : le tronc, les branches, les feuilles, les fleurs, bref toute sa per­sonne résu­mée dans ce ver­set de psaume : « Le juste gran­di­ra comme un pal­mier dans la mai­son de notre Dieu » (ps.91)

Le règne de ce Dieu jar­di­nier, oui, il faut de l’attention pour l’apercevoir. L’attention qui pou­ra un chré­tien s’appelle la foi : non pas la foi du char­bon­nier mais la foi du simple croyant, assi­du à l’écoute de la parole de Dieu ; mais aus­si la foi du scien­ti­fique ou du pen­seur le plus poin­tu capable d’analyser, d’observer un brin d’herbe, une goutte de sang ou un atome et, de se mettre à genoux, de remer­cier et d’adorer le règne de Dieu au milieu de nous. Et nous pou­vons ajou­ter : remer­cier, sur­mon­ter le cha­grin en ren­dant grâce pour une vie reçue en cadeau et pro­mise à la résur­rec­tion. Ce règne de Dieu ne sup­pose pas la pas­si­vi­té ou la paresse mais la déci­sion de faire totale confiance à ce Dieu qui, après que l’homme ait jeté la semence en terre, veille sur sa crois­sance et son épa­nouis­se­ment. Pensons à St Paul disant, à pro­pos de la col­la­bo­ra­tion avec son com­pa­gnon Apollos : « Ego plan­ta­vi , Apollo riga­vit, Deus autem incre­men­tum dedit ! » : « J’ai plan­té, Apollos a arro­sé, Dieu a fait fruc­ti­fier. » Ou encore, le célèbre méde­cin Ambroise Paré après avoir soi­gné un malade : « Je le pan­sai, Dieu le guérit. »

Jésus parle donc d’une active pas­si­vi­té, du som­meil pai­sible et confiant de celui qui, ayant fait sa part de tra­vail, ne pré­tend pas faire la mouche du coche mais laisse agir la grâce invi­sible et accepte, selon les mots de Paul, de « che­mi­ner dans la foi, non dans la claire vision. » Alors la pro­fes­sion de foi est une mise en route de la confiance en un Dieu que l’on aime ado­rer et chan­ter pour sa fidé­li­té, sa droi­ture, son amour.

Sœurs et frères, que cette célé­bra­tion domi­ni­cale soit pour nous l’occasion de mettre Dieu à l’honneur pour que son règne vienne par­mi nos proches et dans tout le monde habi­té. Amen !

Fr. Grégoire

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