13ème Dimanche Ordinaire, année B

13ème Dimanche Ordinaire, année B

27 juin 2021

Mc 5, 21–43

Introduction

Bien­ve­nue à vous tous, chers frères et sœurs, vous qui êtes venus ici à Clerlande dans la brume mati­nale et vous qui nous sui­vez grâce à l’internet.
Jésus « pas­sait en fai­sant le bien », c’est ain­si que saint Pierre dans les Actes des Apôtres résume toute la vie publique de Jésus. Il passe aus­si par­mi nous dans l’écoute des récits colo­rés que saint Marc en pre­mier nous a conser­vés. Laissons-nous tou­cher par son pas­sage, lui qui est plein de vie, de force, de confiance en Dieu. L’air de rien il fait sen­sa­tion. Les contrastes dans ce qu’on va entendre sont élo­quents. Ouvrons-nous à sa proxi­mi­té tou­jours bou­le­ver­sante : elle peut nous gué­rir, arrê­ter le mal, réen­gen­drer la vie, et libé­rer tout ce qui est coin­cé en nous. On entre dans une période plus déten­due quant aux mesures contre le Covid. Vivons-la bien, avec gra­ti­tude. Faisons eucha­ris­tie et tournons-nous ensemble vers la croix du Sauveur, sans crainte et avec foi : « Ne crains pas, dira Jésus. Crois seule­ment ». Kyrie eleison.

Homélie

Bien chers sœurs et frères,
Dans la lec­ture sui­vie du pre­mier évan­gile, celui de saint Marc, nous sommes arri­vés au cha­pitre 5. Marc ici prend plai­sir à élar­gir ses récits en y intro­dui­sant des digres­sions de tout genre. Au début de son évan­gile tout va très vite : on a une suc­ces­sion de dix récits en moins de vingt minutes de lec­ture ! Ici il se contente de trois grands récits de quinze ver­sets et plus pour cha­cun. Le pre­mier récit de ce cha­pitre 5 a été sau­té par les litur­gistes : on était sans doute un peu embar­ras­sé par cette his­toire de ce démo­niaque de Gérasa qui vit dans les rochers et les tombes, qui crie à tue-tête et est tout nu. Jésus l’interroge sur son nom : il s’appelle « Légion » et cette mul­ti­tude de démons en lui sup­plie : « Envoie-nous vers le trou­peau de porcs qu’on est train de paître là-bas, que nous y entrions ! ». « Il le leur per­mit ». C’est tout ce qui est dit de ce qu’il fait ! Et voi­là que les esprits impurs se jettent sur les porcs qui dévalent la pente pour se pré­ci­pi­ter dans la mer et s’y noyer. Ils étaient envi­ron 2.000 ! Le bon sens de nos litur­gistes a fait que cette histoire-là, on ne l’entend jamais un dimanche dans nos églises. Mais il est peut-être ins­truc­tif de rap­pe­ler que Dostoiewski a écrit un gros roman inti­tu­lé : Les démons. Et en exergue de ce livre il a pla­cé ces ver­sets de Marc 5 : la Légion de démons qui sème la ter­reur et est écon­duite par Jésus pour se jeter dans la mer… Peut-être qu’il y a plus de points de recon­nais­sance dans ce récit avec notre actua­li­té chaque fois qu’on entend par­ler de tyran­nie, de régime auto­ri­taire armé qui confisque la liber­té, empri­sonne tout oppo­sant poli­tique, opprime des mino­ri­tés, sème la ter­reur, par­fois même au nom de Dieu… Quoi qu’il en soit, voi­là sans aucun doute le récit le plus sen­sa­tion­nel des quatre évan­giles, l’épisode où Jésus, l’air de rien, obtient que toute une région soit libé­rée de celui qui tenait les gens dans la peur et l’aliénation.
Aussitôt après, Jésus retra­verse le lac et voi­là que le chef de la syna­gogue, un cer­tain Jaïre, vient lui sup­plier pour sa fille qui est à toute extré­mi­té. Jésus l’accompagne, entou­ré par toute une foule. Et ici se situe un épi­sode curieux et anti-sensationnel. La marche s’arrête. Jésus se retourne et pose la ques­tion : « Qui a tou­ché mes vête­ments ? » Les dis­ciples sont un peu décon­te­nan­cés : toute le foule se presse autour de lui et le bous­cule, mais il demande : « Qui m’a tou­ché ? » Manifestement il y a tou­cher et tou­cher ! Jésus a sen­ti une force qui est sor­tie de lui ! Et de fait une femme qui depuis douze ans perd du sang, est venue par der­rière et avec une confiance dingue s’est dit : « Si seule­ment je pou­vais tou­cher son man­teau ! » Elle l’a tou­ché et du coup elle a sen­ti au plus intime de sa per­sonne qu’elle était gué­rie. Identifiée par Jésus, elle parle en public et raconte toute son his­toire, « toute la véri­té ». Jésus rati­fie ce qui s’est pas­sé : « Ta foi t’a sau­vée ! Va en paix » ! Impure, ne pou­vant se trou­ver dans la foule, voi­là que par la parole de Jésus et par son propre récit racon­té devant tous, qu’elle est réin­té­grée dans la com­mu­nau­té ! Elle peut vivre, res­pi­rer, se joindre à tous, un peu comme nous, aujourd’hui, avec la fin pro­gres­sive du confi­ne­ment. Nous com­pre­nons mieux que jamais sa joie à elle !
Mais la marche se pour­suit vers la mai­son de Jaïre. Elle est de nou­veau inter­rom­pue. On vient de com­mu­ni­quer à Jaïre que sa fillette est morte. « Pourquoi encore déran­ger le Maître ? » Jésus capte la nou­velle et s’adresse à Jaïre : « Ne crains pas. Crois seule­ment ! » La peur ou la foi ! La semaine der­nière dans la barque au milieu du lac avec la tem­pête, on avait un tableau ana­logue : « Pourquoi avez-vous peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? » La foi chasse la peur. La peur, l’angoisse, la ter­reur peuvent asphyxier la foi. Retenons cette brève recom­man­da­tion de Jésus à Jaïre, comme dite en pas­sant : « Ne crains pas. Crois seule­ment ! » Tout est là.
Jésus arrive dans la mai­son, essaie de cal­mer les esprits, ren­voie tout le monde dehors et entre dans la chambre de la petite avec seule­ment les parents et trois de ses dis­ciples. Il prend la main de l’enfant et la redresse en disant, Talitha qumi ! Petite fille, Lève-toi ! Qum, est le grand verbe de la résur­rec­tion, en hébreu ! Talitha qumi ! Redresse-toi, relève-toi ! Jésus vient comme la réveiller d’un som­meil trop long ! Une psy­cha­na­lyste, Françoise Dolto, reli­sant cette page, fai­sait remar­quer : « Qui sait si cette enfant était trop aimé par son père, ce qui la blo­quait dans son évo­lu­tion pour deve­nir femme et sor­tir de l’enfance. Tentée par l’anorexie, est choi­sis­sait de ne plus vivre. Jésus vient la libé­rer ». Et avec à‑propos il com­mande : « Donnez-lui à man­ger ! »

Chers frères et sœurs, dans un même cha­pitre on a le miracle le plus sen­sa­tion­nel de tous avec les deux mille porcs qui dis­pa­raissent noyés dans le lac de Galilée et le miracle le plus grand en réa­li­té, celui d’une résur­rec­tion, mais racon­té comme un geste fami­lier, sans grande invo­ca­tion magique, pas même une prière, mais tout juste : Talitha, qumi ! « Petite fille, je te dis, lève-toi ! » Et au milieu de ces deux extrêmes il y a l’épisode à la fois secret et public : la femme qui perd du sang et au milieu d’une foule bous­cu­lante réus­sit à tou­cher le cœur de Jésus en rejoi­gnant l’extrémité de son man­teau qui traîne au sol… « Ta foi t’a sau­vé ! ». Voilà le secret. C’est là une parole tout à fait typique de Jésus. Il est lui-même le pre­mier qui vit une telle foi ! Il ose par­ler d’une foi capable de dépla­cer des mon­tagnes, de déra­ci­ner un syco­more, une foi qui rend tout pos­sible. Dans le même évan­gile on l’entend dire à la fois : « Tout est pos­sible pour Dieu » et « tout est pos­sible pour qui croit ». La foi selon saint Marc nous fait entrer dans l’espace divin où tout est possible.

Reprenons notre souffle, ouvrons-nous à la com­mu­ni­ca­tion divine qui passe par ce Jésus humble et fort, qui calme la tem­pête sur la mer, qui chasse les démons ter­ro­ri­sants, libère qui souffre depuis des années dans son corps et rend la petite fille nubile à la liber­té d’embrasser la vie. Avançons dans la vie sans crainte et avec foi, et chaque fois que la peur reprend le des­sus, disons-nous à la petite fille qui nous habite tous : Talitha, qumi ! « Petite fille, lève-toi »,

Amen.

Fr. Benoît

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.