La Foi dans la Présence du Christ

La Foi dans la Présence du Christ

12ème dimanche B 

Mc 4, 35–41

Dimanche pas­sé, Jésus nous a ensei­gné en para­bole ; il nous a par­lé de la foi, de la confiance dans ce Règne de Dieu qui gran­dit par­mi nous. Aujourd’hui l’on nous relate un épi­sode qui est en fait une appli­ca­tion de cet appel à la foi. À pre­mière vue, il s’agit sur­tout d’un miracle mer­veilleux : en deux mots, Jésus impose le silence à une vio­lente tem­pête. Mais la foi ne consiste pas à croire à un miracle, comme le choix du texte de Job pour­rait le faire pen­ser. Il ne s’agit pas non plus de contes­ter l’importance et la beau­té des miracles de jadis, mais seule­ment de bien en cer­ner la place dans notre vie de foi.

Car ce qui est évident dans les évan­gile est l’insistance de Jésus sur l’e rôle déci­sif de la foi dans notre vie. Dès sa pre­mière parole il invite : « Le Règne est tout proche… Croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1, 15). Et à tra­vers tout l’évangile, il admire la foi quand il en est témoin, celle du para­ly­tique ame­né par le toit et il donne en exemple la foi du Centurion païen. La plu­part des para­boles racon­tées ont le même but d’appeler à la foi. Il n’y a d’ailleurs pas que des admi­ra­tions ou des ensei­gne­ments : Jésus doit aus­si sou­vent faire des reproches à ses dis­ciples ou aux habi­tants des villes du bord du lac, à cause de leur peu de foi, et lors de sa visite dans sa ville de Nazareth, « il s’étonne de leur manque de foi ». (Mc 6, 6). Et dans l’évangile d’aujourd’hui : « Pourquoi avoir peur ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

Et nous, mes frères, mes sœurs, l’avons-nous déjà, cette foi ?

Voyons d’abord plus pré­ci­sé­ment quelle est cette foi que Jésus attend de nous. Il appa­rait dans tous les évan­giles qu’elle est évi­dem­ment une confiance en Dieu, mais plus par­ti­cu­liè­re­ment une confiance en ce Dieu qui inter­vient dans la per­sonne de Jésus. Cette foi se mani­feste sur­tout chez ceux qui n’hésitent pas à faire une démarche inso­lite pour appro­cher Jésus ; ils ne le connaissent pas tel­le­ment, mais ils n’ont pas deman­dé un com­plé­ment d’assurance pour oser se lan­cer et lui deman­der l’impossible, comme à Dieu lui-même. Leur foi est un appel, un risque, un pari, et non pas une conclu­sion ou une cer­ti­tude. Mais pra­ti­que­ment, il s’agit tou­jours de la foi en la per­sonne de Jésus, en sa misé­ri­corde et sa puis­sance, en sa seule présence.

Mais alors, pour nous qui ne voyons plus Jésus mar­cher sur nos routes et qui ne pou­vons plus le ren­con­trer ‘en pré­sen­tiel’, com­ment pouvons-nous faire ? sommes condam­nés au vir­tuel ? au téléé­van­gé­lisme ? ou devons-nous nous conten­ter d’adhérer désor­mais à des véri­tés invé­ri­fiables, des dogmes ? Non ! mes frères, mes sœurs ! Nous pou­vons tou­jours véri­fier la véri­té de Jésus, sa réa­li­té par­mi nous, parce qu’aujourd’hui encore il nous appelle à le ren­con­trer concrè­te­ment : « Chaque fois que vous avez témoi­gné de l’amour à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. ». Et « là où deux ou trois sont réunis, je suis au milieu d’eux ». Pour recon­naitre cette pré­sence et véri­fier la pré­sence du Seigneur, il nous faut mettre en œuvre, réa­li­ser ce qu’il nous demande de faire après lui. C’est en for­geant qu’on devient for­ge­ron ; c’est en vivant selon l’Évangile qu’on devient proche de Jésus. C’est en par­ta­geant le pain, comme il nous l’a deman­dé, que nous fai­sons l’expérience de sa pré­sence réelle.

Croire, n’est donc pas d’abord une démarche inté­rieure, intel­lec­tuelle, c’est d’abord agir, ser­vir, recon­naître nos frères et sœurs. Comme le disait saint Jacques dans son épître : « La foi sans les œuvres est tota­le­ment morte ». Aussi à un scribe qui lui posait une ques­tion théo­rique : ‘qui est mon pro­chain ?’, Jésus raconte la para­bole du Bon Samaritain, et conclut : « Va, et toi aus­si, fais de même ! ».

Pour nous aus­si, il nous faut com­men­cer par réa­li­ser l’Évangile, faire ne fît-ce que quelques pas en ce sens. Même si nous avons par­fois l’impression de devoir aller dans les ténèbres, en réa­li­té, quand « nous mar­chons sur le che­min de l’évangile », comme saint Benoît nous le demande, nous avan­çons dans la lumière, parce que nous sommes dans la confiance, dans la foi.

Mais reve­nons à l’évangile d’aujourd’hui où Jésus dort sur son cous­sin. C’est la seule allu­sion au som­meil de Jésus ! Tout comme dans la para­bole enten­due dimanche pas­sé, il a semé, il a semé la Parole, et désor­mais il fait confiance à sa puis­sance : qu’il dorme ou qu’il se lève, de nuit ou de jour, elle don­ne­ra son fruit. Mais les dis­ciples sont moins confiants : la seule pré­sence du Maître au fond de la barque ne suf­fit pas à les ras­su­rer. « Ils le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes per­dus ; cela ne te fait rien ? » Nous connais­sons aus­si par­fois des situa­tions, telles que décrites dans les évan­giles. En réa­li­té ce petit récit est aus­si une para­bole : cha­cun de nous peut se recon­naitre le pas­sa­ger dans cette barque de pêcheurs, au milieu de la mer de Galilée. Comme pour les dis­ciples, ce lac est la source de notre richesse, le lieu de nos ren­contre et de notre col­la­bo­ra­tion, mais, en cer­tains cas, il est éga­le­ment le lieu de nos angoisses, quand il menace de sub­mer­ger notre petite barque bat­tue par les vagues, dans la nuit, et que nous avons l’impression que Jésus dort et ne se sou­cie pas de nous. De telles situa­tions, indi­vi­duelles ou col­lec­tives, se ren­contrent de tous les temps, et de telles prières dans la détresse sont adres­sées à Dieu en toutes les langues, comme par exemple, en de nom­breux psaumes : « Pourquoi, Seigneur, res­ter si loin, te cacher au jour de la détresse ? » (Ps 10,1)

Comment ne pas pen­ser ici à ces migrants qui se risquent à tra­ver­ser la Méditerranée ou la Manche dans des barques fra­giles, par­fois sur une mer hou­leuse ? Ils crient aus­si cer­tai­ne­ment, cha­cun dans sa langue, et appellent leur Seigneur à l’aide. Heureusement, il y a aus­si sou­vent des per­sonnes qui se sou­cient effec­ti­ve­ment d’eux, au nom du Seigneur, et qui les ramènent sur le sol ferme de Lampedusa ou Malte. Nous ne pou­vons pas tous nous occu­per direc­te­ment de ces frères et sœurs pro­ve­nant de Syrie, de Somalie ou du Mali, nau­fra­gés sur nos côtes ou nos fron­tières, mais nous ren­con­trons tous, dans notre vie ordi­naire, des per­sonnes qui attendent notre aide, au nom de notre foi. Car il nous faut insis­ter une der­nière fois sur cette carac­té­ris­tique de la foi, selon l’évangile : elle est effi­cace ou elle n’est pas. A ceux qui déses­pèrent de trou­ver un secours et qui ont l’impression que, si Dieu existe, il dort et ne se sou­cie pas d’eux, nous pou­vons témoi­gner de la pré­sence atten­tion­née du Christ dans leur barque, grâce à notre atten­tion dis­crète et effi­cace. Ce fai­sant nous expri­mons et déve­lop­pons au mieux cette foi que Jésus attend de nous. Et puis, et sur­tout, en ser­vant nos frères et nos sœurs, comme lui, nous décou­vrons tou­jours mieux son vrai visage.

Mais nous sommes tou­jours en che­min, et nous fai­sons bien d’encore prier : « Je crois, Seigneur, mais viens en aide à mon peu de foi !»

Fr. Pierre

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