22e dimanche du Temps ordinaire B

22e dimanche du Temps ordi­naire B

29 aout 2021

La célé­bra­tion de ce jour est fort cen­trée sur la ques­tion des pra­tiques reli­gieuses. « Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne et vous n’enlèverez rien, mais vous gar­de­rez les ordres du Seigneur votre Dieu tels que je vous les pres­cris. … Ils seront votre sagesse et votre intel­li­gence aux yeux de tous les peuples », « Mettez la parole en appli­ca­tion, ne vous conten­tez pas de l’écouter », dit saint Jacques dans une for­mu­la­tion brève plus moderne. Et aux pha­ri­siens de l’évangile tou­jours prompts à res­pec­ter des pres­crip­tions rituelles tatillonnes, Jésus oppose la parole du pro­phète Isaïe : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. Il est inutile, le culte qu’ils me rendent … Vous lais­sez de côté le com­man­de­ment de Dieu pour vous atta­cher à la tra­di­tion des hommes »

En ces temps où un grand nombre de fidèles chré­tiens ont déser­té nos églises par indif­fé­rence à la per­sonne de Dieu, du Christ, ou par dés­in­té­rêt des affaires reli­gieuses (a for­tio­ri des ques­tions rituelles qui agitent les pha­ri­siens) : ils ne pra­tiquent plus ; le dis­cours reli­gieux sur la foi ne leur dit plus rien, sans vou­loir dire par là qu’ils ne sont plus chré­tiens. En ces temps où d’autres chré­tiens, à l’autre extré­mi­té du champ reli­gieux comme disent les socio­logues, sont éper­du­ment atta­chés aux rites litur­giques au point de crier au scan­dale parce que le pape François les empêche de conti­nuer à suivre leur messe à la mode tri­den­tine de Saint Pie V, il y aurait beau­coup à dire et à réflé­chir sur nos pra­tiques liturgiques.
En sui­vant bien l’évangile de ce jour – nous allons y reve­nir bien sûr -, on peut dire que l’essentiel de notre réflexion doit por­ter sur cette question-ci : nos pra­tiques litur­giques sont-elles moti­vées par un sou­ci d’accroître notre foi en Jésus Christ ? Sont-elles por­tées par un amour de Dieu et du pro­chain comme nous le recom­mande aujourd’hui la lettre de l’Apôtre Jacques ? Nos litur­gies domi­ni­cales nous donnent-elles des ailes pour pra­ti­quer davan­tage les œuvres de misé­ri­corde ? En plus bref, notre pra­tique litur­gique nous change-t-elle, nous aide-t-elle à nous conver­tir ? Et au milieu de tout cela, en bonus, il est inté­res­sant de se deman­der quelle est la bonne place de la tra­di­tion et des tra­di­tions dans les­quelles nous nous ins­cri­vons et sans les­quelles nous ne pou­vons pas vivre, prier ici en l’occurrence, car il n’est pas pos­sible de tout inven­ter à tout ins­tant et dans toute cir­cons­tance. Tous les rites se valent-ils ? Question redou­table qui a un par­fum d’œcuménisme.
Laissons cette der­nière ques­tion sur le côté, et concen­trons notre atten­tion sur les paroles de Jésus qui sont très expli­cites concer­nant la qua­li­té de notre par­ti­ci­pa­tion aux célé­bra­tions litur­giques : « Il est inutile le culte qu’ils me rendent, vous lais­sez le com­man­de­ment de Dieu — qui se résume à l’amour du pro­chain, comme nous le savons par ailleurs — pour vous atta­cher à la tra­di­tion des hommes » : Jésus nous met en garde contre l’hypocrisie de se croire jus­ti­fiés, sau­vés, en règle dirions-nous de façon un peu caus­tique, par des rites quels qu’ils soient. Ici, bien sûr, il faut faire des trans­po­si­tions : les ques­tions d’ablution, de puri­fi­ca­tion dont il est ques­tion dans cet évan­gile ne nous concernent pas du tout (en dehors du fameux gel hydro­al­coo­lique qui n’a rien de litur­gique), mais elles sym­bo­lisent tout ce qui touche les rites, toutes nos pra­tiques litur­giques (le chant, les réci­ta­tions, la ges­tuelle, les modes de ras­sem­ble­ment autour de l’autel et je ne sais quoi d’autres encore qui expriment notre foi, notre adhé­sion à ce que l’Église veut : nous sup­po­sons qu’elle veut notre bien, nous lui fai­sons confiance sans tou­jours com­prendre ce qu’elle veut). Saint Jean Chrysostome, un Père de l’Église orien­tale du 5e siècle, accou­tu­mé aux pro­pos acerbes très per­cu­tants, disait dans une de ses homé­lies : « Croyez-vous que la vie chré­tienne, cela consiste à ne pas man­quer un office ? Ce n’est rien si nous n’en tirons aucun pro­fit. Si nous n’en rap­por­tons rien, il vaut mieux ren­trer chez soi ». Ils disaient cela à des laïcs, pas à des moines. Notre supé­rieur n’en dirait pas autant : les offices divins sont tou­jours utiles même si on n’en tire pas un pro­fit immé­diat, même si on est fatigué.
Peu importe le rite qui est le nôtre (pro­tes­tant, catho­lique ou ortho­doxe), habitons-le avec sin­cé­ri­té, avec humi­li­té, avec la foi. Ce qui compte c’est le chan­ge­ment du cœur, cette par­tie la plus intime de nous-même, celle où le Christ peut trou­ver sa demeure, s’y repo­ser et nous dire quelque chose, et non pas nos dési­rs ou notre sen­si­bi­li­té per­son­nels. Moi, dirait un ou une fidèle un peu tra­di, je veux rece­voir la com­mu­nion sur la langue. Pas de pro­blème en soi, sauf que ce n’est pas hygié­nique et que c’est laid. Alors disons-lui de faire comme tout le monde, comme l’Église le pro­pose depuis le der­nier Concile, dans le creux de la main. Ce n’est pas une ques­tion impor­tante ! La ques­tion impor­tante c’est notre dis­po­si­tion inté­rieure à com­men­cer par l’humilité : « Seigneur, je ne suis pas digne de te rece­voir »

La der­nière par­tie de l’évangile d’aujourd’hui est sans équi­voque : « C’est du dedans, du cœur de l’homme que sortent les pen­sées mau­vaises, l’inconduite, le vol, les meurtres, les adul­tères, la cupi­di­té, la méchan­ce­té ». Je tra­duis en termes modernes : le mal sous toutes ses formes est direc­te­ment lié à une volon­té mau­vaise, per­ver­tie, à un cœur malade et qui peut être gué­ri. Le bien, comme le mal, viennent du dedans, du cœur de l’homme. Un cœur bon pro­duit de bons fruits, un cœur mau­vais de mau­vais fruits. C’est aus­si simple que cela.
La ques­tion des rites n’est pas une ques­tion diri­mante selon moi. À l’intérieur de chaque confes­sion, les fidèles sont appe­lés à faire ce que leurs auto­ri­tés leur disent de faire. Et si l’un ou l’autre veut faire autre­ment, du moment qu’il ne le fait pas avec un cœur contra­rié, un cœur plein d’animosité contre d’autres, eh bien qu’ils fassent à leur manière. Il reste à voir, comme le pape François l’a bien sou­li­gné, qu’il n’y ait pas de dérives sec­taires. A ce moment-là, l’évêque du lieu doit prendre posi­tion. Il est contraire en effet à l’unité de l’Église qu’un groupe impor­tant s’oppose à tous les autres sur des ques­tions de rites, ques­tions qui ont des racines sou­vent plus pro­fondes comme on le voit.

En résu­mé, entrons tou­jours dans l’église ou la cha­pelle avec un cœur humble, prêt à être puri­fié de toute malice, de toute idée de supé­rio­ri­té. Gardons-nous bien sur­tout d’afficher des com­por­te­ments exté­rieurs qui tranchent sur les autres, ce qui est une manière de juge­ment. Ne soyons pas des sépulcres blan­chis qui sont rem­plis de pour­ri­tures et de crasses. « Car il n’y a de véri­table conver­sion que celle du cœur ». (André Louf)

Fr. Yves

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