L’Évangile de liberté : 26ème dimanche B

(Mc 9, 38–48)

Je vois bien, de mes deux yeux, qu’il n’y a pas beau­coup de borgnes, d’estropiés et de man­chots dans notre assem­blée. Serions‐nous tous par­faits ?

Une pre­mière chose à faire en médi­tant cet évan­gile, est de bien nous situer par rap­port à ces expres­sions exa­gé­rées qui reviennent sou­vent dans la bouche de Jésus. Ses contem­po­rains com­pre­naient bien ce que nous appe­lons des hyper­boles sémi­tiques, comme le cha­meau qui devrait pas­ser par le chas d’une aiguille ou la poutre dans ton œil. Mais pour nous, habi­tués à des comptes ren­dus exacts, ce lan­gage est tel­le­ment exces­sif, qu’il risque de deve­nir insi­gni­fiant. Finalement nous n’entendons plus ce que Jésus vou­lait nous dire. Or ces exi­gences de rup­ture, de cou­pure font par­tie inté­grante de l’Évangile. Jésus n’a pas fait qu’annoncer une bonne nou­velle, il a aus­si dénon­cé, par­fois avec vio­lence, ce qui entra­vait la venue de cette bonne nou­velle.

Nous devons en tout cas cor­ri­ger l’image que nous nous fai­sons du Christ. Il n’est pas uni­que­ment le Bon Berger, doux humble de cœur, tou­jours prêt à par­don­ner ; il peut être violent, quand « il pro­mène son regard plein de colère » sur une assem­blée rétive, quand il est témoins de l’hypocrisie de ceux qui détournent la reli­gion à leur pro­fit, et sur­tout quand il voit com­ment on méprise et scan­da­lise les petits. Il s’agit bien de cela dans le texte que nous avons enten­du : il s’agit de ceux « qui entrainent à la chute un seul de ces petits ». Si nous lais­sons de côté ces traits sévères de Jésus, son image en est tra­hie. Elle n’est plus nette, parce que plus contras­tée, elle n’est même plus lisible. Et son mes­sage est déna­tu­ré.

D’ailleurs nous savons que si Jésus a été com­bat­tu, reje­té et fina­le­ment éli­mi­né, c’est pré­ci­sé­ment à cause de ses dénon­cia­tions vio­lentes et des rup­tures qu’il a opé­ré d’avec les tra­di­tions sclé­ro­sées des gens en place.

Comment alors bien entendre à la fois ces exi­gences de rup­ture, de cou­pure, et, d’autre part, ces invi­ta­tions à l’accueil uni­ver­sel faites, par exemple, dans la pre­mière par­tie du texte lu aujourd’hui ? Nous serions ten­tés de cher­cher un juste milieu, de neu­tra­li­ser les extrêmes et de veiller à ne pas être trop sévères, mais quand même pas non plus trop per­mis­sifs… Mais nous sen­tons bien que ce ne serait pas hon­nête. Il faut recon­naitre le grand contraste qu’il y a entre l’ouverture géné­reuse des pre­mières lignes de cet évan­gile, et la finale, si sévère. Les deux par­ties pro­viennent pro­ba­ble­ment de tra­di­tions dis­pa­rates, et elles ont été jointes, je crois, à cause la men­tion du verre d’eau fraiche don­né aux petits enfants, — ces enfants à ne jamais scan­da­li­ser. Mais, plus fon­da­men­ta­le­ment, il me semble qu’il y a un lien plus pro­fond entre ces deux par­ties. En effet : les rup­tures en ques­tion sont le prix à payer pour que la tolé­rance soit effec­ti­ve­ment géné­reuse.

Je m’explique. En ce cas, comme tou­jours dans l’évangile, il nous faut nous enga­ger de tout notre cœur, de toutes nos forces, mais aus­si de tout notre esprit, de tout notre bon sens. Ailleurs Jésus nous demande : « Mais enfin pour­quoi ne jugez‐vous pas par vous‐mêmes ? » (Lc 12, 57). Il n’est pas pos­sible de vivre l’Évangile sans ce dis­cer­ne­ment, sans une conscience éveillée.

Nous avons enten­du une phrase que nous aimons bien : « Celui qui n’est pas contre nous est avec nous ». L’ennui, c’est que, dans les évan­giles selon Matthieu et Luc, où cette phrase est éga­le­ment rete­nue, il y en a aus­si une autre : « Qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11, 23). Nous sommes, appa­rem­ment devant une contra­dic­tion abso­lue. Mais en regar­dant de plus près, en voyant le contexte, cette oppo­si­tion s’explique. Dans un contexte polé­mique, Jésus tient à signa­ler clai­re­ment les choix exclu­sifs à faire. La tolé­rance ne peut pas être indif­fé­ren­tisme. Peut‐on tolé­rer l’intolérable ? Mais en d’autres cas, comme dans l’évangile d’aujourd’hui, c’est la tolé­rance qui s’impose. Il y a des situa­tions où il faut se déso­li­da­ri­ser, et d’autres où il faut accueillir. Seul le dis­cer­ne­ment, dans la prière, peut nous per­mettre de déci­der.

C’est ain­si qu’en cer­tains cas notre main veut sai­sir, s’emparer de tout ; mais Jésus nous dit : coupe cette main­mise ! Cependant, en d’autres cas, pour don­ner, cares­ser, rece­voir il est indis­pen­sable d’avoir une bonne main. En cer­taines cir­cons­tances, en met­tant les pieds où il ne faut pas, ou pour occu­per le ter­rain, Jésus nous dit : arrête ! retire ton pied de là ! Mais en d‘autres cas, il faut avoir bon pied, bon œil, pour por­ter secours ou sim­ple­ment aller saluer un frère, une sœur. Pour pou­voir effec­ti­ve­ment regar­der spon­ta­né­ment, avec un amour pur, il faut constam­ment renon­cer à regar­der avec convoi­tise, avec mépris… Et ain­si de suite. Comme vous le voyez, l’exigence radi­cale expri­mée dans cet évan­gile est une invi­ta­tion à res­pec­ter les condi­tions indis­pen­sables pour « aimer en acte et en véri­té » (1 Jn 3, 18).

Je pren­drai encore un der­nier exemple. Notre esprit peut être illu­mi­né en accueillant l’Évangile, mais, en d’autres cas, si notre esprit, notre men­ta­li­té est sclé­ro­sée, nous enten­dons Jésus nous dire : esprit faux, tes pen­sées ne sont pas celles de Dieu ! Je lisais ces jours‐ci, dans une revue, une inter­view de Bruno Forte, un théo­lo­gien et main­te­nant évêque ita­lien, au sujet du débat sur la par­ti­ci­pa­tion ou non à l’eucharistie des per­sonnes divor­cées et rema­riées. Il disait : « Si l’on veut appli­quer stric­te­ment la doc­trine, il n’y a plus aucune place pour la misé­ri­corde ». Qu’est-ce qu’une loi de l’Évangile qui exclut la misé­ri­corde ? Réduire la loi de l’Évangile à un rési­du sec est contraire à l’Évangile, parce qu’il est une ‘loi de liber­té’, comme dit saint Jacques (Jc 1, 25). Cette expres­sion ‘loi de liber­té’, peut sem­bler une contra­dic­tion dans les termes, mais c’est bien la réa­li­té : Jésus a dit : « Que l’homme ne sépare pas ce que Dieu a uni ! » (Mt 19, 6), mais il a aus­si dit : « Soyez misé­ri­cor­dieux comme votre Père est misé­ri­cor­dieux ! » (Lc 6, 36).
Il faut tenir les deux, l’exigence rigou­reuse et la com­pas­sion, la simple huma­ni­té. Et il ne faut jamais oublier que chaque situa­tion est nou­velle, inédite et unique. Il n’est donc pas pos­sible de défi­nir une ligne de conduite qui serait tou­jours valable. Même un synode romain sur la famille ne peut en don­ner. A chaque fois il nous faut « juger par nous‐mêmes », et pour cela veiller à ce que notre conscience soit vrai­ment éveillé.

Vu de l’extérieur, sans un dis­cer­ne­ment éclai­ré, cela peut sem­bler un jeu d’opposer ain­si des phrases de la Bible, soit rigou­reuses, soit pleines d’humanité, mais l’expérience d’une vie habi­tée par une prière sin­cère et humble atteste au contraire que l’accueil dans notre esprit et notre cœur de toutes les Paroles que le Christ nous adresse peut vrai­ment uni­fier notre vie, en pré­ci­sant ses exi­gences pour aujourd’hui et en ouvrant toutes ses pers­pec­tives. Cet accueil nous per­met alors de mettre tous nos membres au ser­vice de Dieu (cfr. Rm 6, 13) et de la paix qu’il nous offre. C’est pour­quoi il faut prendre le plus grand soin de nos mains, de nos pieds et de nos yeux, pour tou­jours mieux louer Dieu et ser­vir nos frères et sœurs avec sim­pli­ci­té et joie.

P. Pierre de Bethune

illus­tra­tion de Gustave Doré : Jésus bénis­sant des enfants

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Marc 9,30–37. 25e dimanche du Temps Ordinaire

Avec cette page d’évangile selon Saint Marc, nous sommes dans une toute autre ambiance que celle des solen­nels et longs dis­cours de Jésus selon l’évangéliste Saint‐Jean.

Ici, nous sommes intro­duits dans le cercle pri­vé et intime de Jésus avec ses 12 dis­ciples pri­vi­lé­giés, à l’abri des regards et des oreilles de la foule. Et heu­reu­se­ment, car ce qui va se pas­ser n’est pas très joli ni fort édi­fiant. De quoi s’agit-il au juste ?

Jésus tra­verse la Galilée inco­gni­to avec ses dis­ciples. Incognito, car il ne veut pas que ce qu’il va leur dire par­vienne aux oreilles de la foule. Ce serait incom­pré­hen­sible et tel­le­ment déce­vant, voire scan­da­leux, pour ces pauvres gens qui mettent tout leur espoir dans ce grand pro­phète et gué­ris­seur. C’est leur der­nière planche de salut, et Jésus devine qu’ils attendent un grand bou­le­ver­se­ment poli­tique qui les déli­vre­ra de leur misé­rable pau­vre­té dans un royaume de jus­tice, de ten­dresse et de paix, à la manière annon­cée par les pro­phètes du Premier Testament, dont Marie, d’ailleurs, fait encore écho dans son mag­ni­fi­cat :

Il ren­verse les puis­sants de leur trône,

il élève les humbles,

Il comble de bien les affa­més,

il ren­voie les riches les mains vides.”

On est en plein dans les fan­tasmes, les espoirs fous. Et Jésus va devoir les dégon­fler, petit à petit, sans rien brus­quer mais en veillant à ne pas les entre­te­nir.

Petit à petit, en com­men­çant par les dis­ciples que Jésus sup­pose être aptes à devi­ner que les choses vont plu­tôt mal tour­ner et éven­tuel­le­ment mal finir. On ima­gine bien le petit groupe des 12 mar­chant, ser­rés, autour du Maître. Ce sont les bons moments des confi­dences. Et Jésus pro­fite de cette douce inti­mi­té, pour leur dire, pru­dem­ment et qua­si éva­si­ve­ment : “Mes amis, vous devez savoir que le Fils de l’homme, il est des­ti­né à être livré aux mains des hommes qui le tue­ront avant qu’ils res­sus­cite”.

Mais nous connais­sons bien cela : on entend ce que l’on veut bien entendre et l’on est sourd à ce qui contre­dit nos pen­sées, nos pro­jets, voire nos rêves. Et de fait, l’évangéliste pré­cise que les dis­ciples ne com­pre­naient pas ces paroles de Jésus. Il aurait pu “avouer” que les dis­ciples ne vou­laient pas com­prendre ce qui allait tel­le­ment à l’encontre de leurs attentes.

Et la suite du récit est acca­blante. Les dis­ciples des­serrent le cercle autour de Jésus, ils le laissent prendre de l’avance et mar­cher seul, car ils vont dis­cu­ter entre eux pour savoir qui est le plus grand par­mi eux. Ils sont jaloux les uns des autres. Ils croient que la venue du Royaume D’Israël est immi­nente, royaume éta­bli par Dieu assu­ré­ment, mais dans une splen­deur humaine. Ils se font alors des sou­cis au sujet du rôle qu’ils y joue­ront eux‐mêmes. Ils ont conscience de leur valeur per­son­nelle et vou­draient savoir com­ment elle sera recon­nue ; si l’on tien­dra compte de ce que celui‐ci est arri­vé plus tôt que celui‐là auprès de Jésus. Ils aime­raient que Jésus leur dise clai­re­ment d’après quel éta­lon il déter­mi­ne­ra le rang et leurs futurs émo­lu­ments.

Bref, nous n’avons pas le coeur d’aller plus loin dans les détails de leur dis­cus­sion, voire de leur lamen­table dis­pute, humaine, trop humaine.

Jésus a bien sûr devi­né tout cela. Comment va‐t‐il s’y prendre pour rec­ti­fier l’imaginaire de ses dis­ciples, pour ren­ver­ser cette mon­tagne de fan­tasmes et d’illusions aber­rantes ? Leur faire un dis­cours serait inutile : ils n’écouteraient que d’une oreille. L’enseignement de Jésus va être d’une conci­sion et d’une lim­pi­di­té sans la moindre ambi­gui­té pos­sible : une seule parole et un seul geste.

  • Une seule parole :

Si quelqu’un veut être le pre­mier, qu’il soit le der­nier de tous et le ser­vi­teur de tous”.

  • Un seul geste :

Il aper­çoit un enfant, va le cher­cher par la main, le place au milieu d’eux et l’embrasse :

Celui qui veut m’accueillir et avoir place dans mon Royaume, il doit le faire à la manière d’un enfant”.

Une bien belle image, tou­chante même. Mais les dis­ciples l’ont-ils com­prise pour autant ? Et nous‐mêmes, la comprenons‐nous vrai­ment ? Car c’est une image qui, de la part de Jésus, cache une éton­nante pro­fon­deur humaine, psy­cho­lo­gique et spi­ri­tuelle. Essayons d’expliciter la por­tée de cette image.

D’abord, j’imagine que Jésus n’a pas pris un ton dou­ce­reux pour par­ler de l’enfant. Je devine qu’il aurait eu l’envie de dire : “Vous autres, adultes, pré­ten­tieux, ambitieux,vous allez devoir vous com­por­ter de manière tota­le­ment contraire de ce que vous êtes, de votre façon de par­ler et d’agir. Car mon Royaume n’est pas une foire d’empoigne où il y a des maîtres et des ser­vi­teurs, des hommes cupides et rusés, des adroits et des vic­times mal­adroites, des cal­cu­la­teurs rapides et des naïfs plu­tôt lents, des per­sonnes qui réus­sissent haut‐la‐main et d’autres qui suc­combent lour­de­ment.

Bon. Voilà pour “le pavé lan­cé dans la mare”. Mais après ce coup d’adrénaline, Jésus aurait vou­lu expli­quer cal­me­ment son image de l’enfant. Et ici je vous cite quelques lignes, toutes calmes en intel­li­gence, de Romano Guardini :

Celui qui obéit à sa simple nature ins­tinc­tive accueille sur­tout ceux qui ont déjà fait leurs preuves, qui sont donc impor­tants et utiles. L’enfant, lui, ne pré­sente rien de tout cela ; il n’a encore rien fait ! Il ne repré­sente pas grand chose. C’est un débu­tant, encore tout en espé­rance. L’enfant n’est pas capable de for­cer l’adulte à le prendre au sérieux ; car les vrais hommes, ce sont les grands. L’enfant n’est que can­di­dat à l’humanité. notons que cette atti­tude n’est pas propre aux adultes céré­braux et égoïstes, mais éga­le­ment aux per­sonnes aimables, voire mater­nelles, qui ont, para­doxa­le­ment, un com­por­te­ment nuan­cé de més­es­time aimable ou bour­rue que l’on sent jusque dans le ton arti­fi­ciel et badin avec lequel elles croient devoir par­ler à l’enfant”.

Et Guardini conclut cette fine ana­lyse, en redon­nant la parole à Jésus :

Vous n’accueillez pas vrai­ment l’enfant, parce qu’il est inca­pable de s’imposer. Il est trop insi­gni­fiant pour vous. Eh bien ! Ecoutez : là où se trouve celui qui est inca­pable de se faire valoir, c’est là que moi‐même je me trouve. L’homme à l’âme che­va­le­resque, c’est celui qui se dresse à l’endroit où se tient celui qui n’a pas encore fait ses preuves et dit : “Je m’en porte garant”. (R. Guardini, Le Seigneur).

Je me garde bien d’en dire plus, et de déflo­rer la tendre vigueur de ce texte de Guardini, par des exhor­ta­tions et des appli­ca­tions concrètes.

Chacune et cha­cun d’entre nous a bien com­pris ses res­pon­sa­bi­li­tés évan­gé­liques là où il vit, dans sa vie rela­tion­nelle quo­ti­dienne, et devant le pro­blème des immi­grés, par exemple : “Toi, bien que tu sois dému­ni comme un enfant, je me porte garant de toi, sur­tout parce que tu es dému­ni”.

Que notre eucha­ris­tie rejoigne l’action de grâce de Jésus :

Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché tes mys­tères aux sages et aux puis­sants de ce monde et de l’avoir révé­lé aux tout‐petits”.

Fr Dieudonné

illus­tra­tion : Feuillet enlu­mi­né de l’Evangéliaire de saint Willibrord, vers 690, BNF : le lion, sym­bole de Marc

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Ouvre toi !

23ème dimanche ordi­naire. Une homé­lie du fr. Bernard
Entendre et par­ler.

Communiquer libre­ment, sans gêne, avec bon­heur. Entendre d’autant mieux qu’on est enten­du. Et donc bien « s’entendre » comme on dit jus­te­ment.
Nous connais­sons bien toutes les infir­mi­tés qui han­di­capent cette heu­reuse rela­tion entre nous, nos sur­di­tés et nos apha­sies. On peut entendre et res­ter muet, de stu­peur, ou d’indifférence, par­fois de rage inté­rieure qui pour­ra explo­ser, ou encore par une sorte de volon­té mal­saine de res­ter enfer­mé, un blo­cage. On peut aus­si par­ler tout le temps, être un bavard incon­ti­nent, sans prê­ter atten­tion à la parole des autres, ou tenir tel­le­ment à des posi­tions ou des convic­tions que l’on devient inca­pable d’honorer celles des autres, et c’est encore un enfer­me­ment.
Entendre et par­ler, c’est jouir d’un bon équi­libre psy­cho­lo­gique pour soi‐même et dans la vie com­mune. Quand on en est pri­vé, il faut accep­ter l’aide de thé­ra­peutes com­pé­tents. C’est l’histoire du sourd‐bègue gué­ri par Jésus dans l’évangile de Marc (7, 31–37). Jésus y appa­raît comme un habile thé­ra­peute qui libère la com­mu­ni­ca­tion. Comme la scène se passe en ter­ri­toire non‐juif, hors du contexte reli­gieux habi­tuel (Jésus est en Décapole, en ter­ri­toire dit païen), ce que disent de Jésus les gens du lieu peut bien être com­pris de la sorte : « Ce qu’il fait est admi­rable : il fait entendre les sourds et par­ler les muets » : c’est un mer­veilleux gué­ris­seur ! Nous pou­vons pour­suivre sur ce plan‐là : fai­sons comme ces gens, ayons recours à de bons psy­cho­logues pour soi­gner les han­di­caps de notre com­mu­ni­ca­tion. C’est un pre­mier mes­sage de ce récit à conser­ver avec sagesse.
Mais l’évangéliste Marc livre aus­si d’autres mes­sages. on amène à Jésus un sourd‐muet en le priant de lui impo­ser la main. Cet infirme ne vient donc pas de lui‐même, comme l’aveugle Bar Timée. Il est ame­né par d’autres qui adressent à Jésus leur prière pour lui. Quand nous souf­frons de la sur­di­té ou du mutisme d’un autre, si notre malaise devient de la com­pas­sion, nous condui­rons ce frère à Jésus dans la prière, ce qui nous incli­ne­ra déjà à chan­ger notre regard sur lui et à l’accompagner dans la foi.
Marc est le seul à racon­ter cette gué­ri­son, et dans son récit, la thé­ra­pie que Jésus met en oeuvre est éton­nante. Alors que la plu­part du temps il lui suf­fit d’une parole, ici il fourre ses doigts dans les oreilles du sourd et il étale sa propre salive sur la langue du muet. C’est un corps à corps. Et le corps de Jésus y est tel­le­ment enga­gé qu’il lève les yeux au ciel et dit dans un pro­fond gémis­se­ment : « Effata ! Ouvre‐toi ! »
Nous avons gar­dé dans les rites du bap­tême le geste de tou­cher les oreilles et la bouche en disant : ‘Effata ! Ouvre‐toi ! » Nous n’oserions pas faire ces gestes pour libé­rer l’écoute et la parole d’un autre, et pour­tant… Quelque chose doit pas­ser par nos corps, et cela aus­si est à libé­rer. Il nous arrive d’engager nos corps avec de grands malades en leur tou­chant la main, en les cares­sant, en les pre­nant dans nos bras. Dans la vie cou­rante, nous sommes plus réser­vés, mais nous connais­sons la bon­té de la main posée sur une épaule. Le corps de Jésus ne nous atteint plus de manière sen­sible, mais il lui faut nos corps, nos gestes, pour ouvrir. Croyons‐nous assez que nous avons le pou­voir de nous ouvrir les uns les autres : Ouvre‐toi ! Libère‐toi de ce qui te bouche les oreilles et de ce qui lie ta langue ! Écoute ce que les autres veulent te dire et que tu n’entends pas. Libère ce que tu ne par­viens pas à dire conve­na­ble­ment. Á quoi bon prô­ner le dia­logue si c’est un dia­logue de sourds ?
L’évangile touche encore une zone plus pro­fonde que celle de notre psy­chisme. Dans notre rap­port les uns aux autres, il y va de notre rela­tion à Dieu, et c’est celle‐là que Jésus libère.. Tout au long de la Bible, Dieu parle et se plaint de n’être pas enten­du. Et de leur côté, les hommes reprochent à Dieu de ne pas les entendre. Dieu n’est pour­tant ni sourd ni muet. regar­dez Jésus, qui nous dit Dieu : il écoute tous les appels, il s’arrête en che­min quand le cri d’un aveugle lui par­vient, il se met en route quand un père le prie pour son enfant. Mais il se heurte aus­si à la fer­me­ture et il n’y peut rien. Elle aura rai­son de lui. Le refus d’entendre est mor­ti­fère. Jésus colle au corps du sourd‐muet parce que c’est toute notre rela­tion à Dieu qu’il veut ouvrir, libé­rer. « Ouvre‐toi ! » c’est la parole qui nous a été inti­mée à notre bap­tême et qui doit libé­rer toute notre vie en tra­ver­sant nos corps. Ouvre tes yeux, tes oreilles, tes mains, ouvre ta bouche. Ouvre les oreilles de ton cœur à l’évangile et qu’il déborde sur tes lèvres. Il a la puis­sance de te gué­rir de tes infir­mi­tés, de ta sur­di­té et de ton mutisme.
Marc ne craint pas les para­doxes : Quand Jésus a ren­du l’ouïe et la parole à l’infirme, il demande à tout le monde de ne rien dire. Un comble ! Et Marc ajoute : « Plus il le leur recom­man­dait, plus ils le pro­cla­maient. » C’est un débor­de­ment d’évangile.
Il ne faut pas muse­ler l’évangile, mais le libé­rer pour qu’il courre dans le monde. Devant les énormes défis de ce temps, il nous appar­tient d’écouter ensemble l’évangile pour trou­ver des mes­sages qui libèrent. Nous n’y par­vien­drons pas si nous oppo­sons des inter­pré­ta­tions qui deviennent des murs qui nous enferment. Il faut nous entendre, c’est bien le cas de le dire, écou­ter les autres à l’exacte mesure de notre propre parole, bri­ser les murs qui nous enferment dans nos sys­tèmes. C’est par ces brèches que l’évangile peut pas­ser. Quelle belle parole à nous dire les uns aux autres et à dire aujourd’hui à l’Europe : « Ouvre‐toi ! »

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