Une homélie de fr. Pierre de Béthune
NOUS VOICI ARRIVES AU 4EME DIMANCHE DE L'AVENT ; DANS 2 JOURS, CE SERA LA VEILLEE DE NOËL où NOUS FETERONS L'INCROYABLE BONNE NOUVELLE : DIEU LUI-MEME VIENT VISITER SON PEUPLE !! SI L'HOMME A MARCHE SUR LA LUNE (CE QUI FUT UN EXPLOIT TECHNIQUE), DIEU FAIT PLUS ET MIEUX : IL A MARCHé SUR LA TERRE, POUR FAIRE ROUTE AVEC NOUS.
Faire route avec nous : comment ? pourquoi ? Tirons quelquesfils, à travers les lectures d'aujourd'hui
Premier fil : la préférence de Dieu pour les petits
Réécoutons le prophète Michée, « Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. »
Le futur roi (mais est-ce bien un roi ?) qui ramènera la paix dans le pays en proie à la désolation : « celui qui dominera/gouvernera Israël », celui qui « se dressera » comme « leur berger », revêtu de la puissance et de la majesté du Seigneur son Dieu, ce n'est donc pas de la capitale en péril qu'il viendra, mais d'un bourg tellement insignifiant qu'on ne le prend même pas en compte quand on évoque les clans formant le royaume de Juda. Ce bourg, c'est la ville natale de David, Bethléem non loin d'Éphrata (cf. 1 S 16,1)
Nous connaissons cette préférence de Dieu pour ce qui est petit :
- Dans les psaumes (ps 113,7-8) « De la poussière il retire le pauvre, Du fumier il relève l'indigent, Pour les faire asseoir avec les grands, Avec les grands de son peuple....
- Dans le Magnificat de Marie, qui suit immédiatement notre lecture d'évangile d'aujourd'hui: « Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles ; il comble de biens les affamés, il renvoie les riches les mains vides »
- chez Paul (1 Co 26) : « Considérez, frères, que parmi vous qui avez été appelés il n'y a ni beaucoup de sages selon la chair, ni beaucoup de puissants, ni beaucoup de nobles.
C'est dans la petitesse, la faiblesse que la puissance de Dieu se manifeste. Selon sa méthode, Dieu choisit les petits pour faire de grandes choses. Vous vous souvenez du préambule de l'évangile de Luc, lu il y a deux semaines : énumération des puissants de ce monde, l'empereur, les rois, les gouverneurs, ... mais la parole de Dieu est adressée à Jean, dans le désert
Deuxième fil : la figure du berger : les lectures dans la Première Alliance nous parlent à deux reprises de ce « berger »
Le prophète Michée annonce que celui qui gouvernera pour le Seigneur, « Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, (Mi)
Dans le psaume de ce jour, Dieu est invoqué comme « Berger d'Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver. »
Cette prière du peuple - peuple auquel nous appartenons, nous aussi - répond, en quelque sorte, à l'affirmation de Dieu lui-même qui, tout au long du ch. 34 du livre d'Ezéchiel se présente comme le vrai berger de son peuple, qui prend soin de chacune de ses brebis.
Et justement, Qui est à la fois né à Bethléem (fil 1) et a été berger du troupeau de son père (fil 2) ? - David, le roi selon le cœur de Dieu, Dieu qui ordonne au prophète Samuel de lui conférer l'onction d'huile sainte, le faisant de ce fait le « Messie » - celui qui a été oint (1 S 16) -
David était « le petit dernier de la famille », que son père Jessé n'avait même pas jugé bon de présenter à Samuel venue « oindre » l'un des fils de la famille pour en faire l'élu de Dieu. C'est pourtant lui, le jeune berger, qui battra Goliath « avec les armes du berger » càd une fronde et des galets soigneusement choisis dans le torrent, et avec l'aide du Nom du Seigneur (1 S 18).
Avant bien sûr que Jésus, né dans les conditions les moins glorieuses qui soient, suivant le fil narratif de Luc, se révèle comme « le bon berger » (Jn 10), celui qui prend soin de son troupeau, par son enseignements, ses guérisons et la multiplication des pains et des poissons, et qui finalement donne sa vie pour ses brebis.
L'extrait du psaume d'aujourd'hui rapproche les mots « Berger » et « viens nous sauver » : et justement, le nom Jésus - en hébreu Yeshoua - signifie « il Sauve » et, sous sa forme pleine : « Yéhoshoua » : « c'est Le Seigneur qui sauve »
Troisième fil : l'allégresse (de la bonne nouvelle) et le rôle de l'Esprit
La scène de la Visitation est la rencontre entre la Première Alliance et la nouvelle Alliance, l'exacte charnière entre l'Ancien et le Nouveau Testaments. Pour figurer cela, l'évangéliste nous donne à partager la rencontre entre deux femmes enceintes. A chacune, Dieu a accordé une grossesse miraculeuse (miraculeuse = qui fait signe). C'est aussi la rencontre entre leurs deux enfants in utero : Jean (qui deviendra Jean le Baptiste) le dernier prophète de la Première Alliance et Jésus, le Messie tant annoncé et tant attendu, l'Agneau de Dieu de la Pâque nouvelle et éternelle. Cette rencontre n'est pas traitée sur le mode anecdotique (elles ne vont pas discuter layette ou ménage) mais sur le mode théologique car c'est l'Esprit Saint lui-même qui mène les débats
Lorsque Marie salue Élisabeth, l'enfant de celle-ci « saute de joie » (le verbe traduit par « tressaillir » évoque le saut d'un jeune animal ; dans le cas d'humains, ce saut spontané est causé par un bonheur intense, cf. Luc 6,23). À travers cet enfant qui sera le dernier des prophètes d'Israël, ce sont en quelque sorte tous les prophètes de la première alliance qui manifestent leur allégresse à la voix de la femme qui porte en elle celui qui va accomplir leurs Écritures. Quant au peuple de l'ancienne alliance, l'Esprit de Dieu ne l'a pas déserté (« Jean » signifie « Dieu fait grâce » : il lui donne de reconnaître que la nouveauté de Dieu est en train d'advenir en Marie.
Dans cette courte scène de la Visitation, qui n'a l'air de rien si on la lit vite, c'est en fait le Dieu trinitaire qui est présent et à l'œuvre.
* à la salutation de Marie, c'est l'enfant que porte Elisabeth qui tressaille de joie, parce que, selon la promesse faite à Zacharie, lui-même rempli de l'Esprit Saint (Lc 1,67), l'enfant qui lui est accordé « sera rempli de l'Esprit Saint dès le ventre de sa mère » (Lc 1,15b).
* Elisabeth à son tour « est remplie de l'Esprit Saint », grâce à quoi elle reconnaît ce qui ne se voit pas à l'œil nu : « Tu es bénie entre toutes les femmes et le fruit de ton ventre est béni ». C'est donc l'Esprit Saint qui fait reconnaître à Elisabeth la Présence et l'œuvre de Dieu (le Père) en Marie et en son Fils (Jésus) qu'elle proclame commer « mon Seigneur » (mon Dieu).
Et, à l'instar de Pierre qui a reconnu en Jésus « le Christ, le fils du Dieu vivant », par la force de l'Esprit, Marie est déclarée « bienheureuse », par Elisabeth sur le moment, et par « toutes les générations à venir (Magnificat de Marie, Lc 1,48b)
Pour paraphraser le prologue de l'évangile selon Jean, Le Verbe est en train de se faire chair et il va demeurer parmi nous
Bonne fin d'Avent à tous !!
Ainsi parle le Seigneur : Toi, Bethléem Éphrata, le plus petit des clans de Juda, c'est de toi que sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël. Ses origines remontent aux temps anciens, aux jours d'autrefois. Mais Dieu livrera son peuple jusqu'au jour où enfantera... celle qui doit enfanter, et ceux de ses frères qui resteront rejoindront les fils d'Israël. Il se dressera et il sera leur berger par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom du Seigneur, son Dieu. Ils habiteront en sécurité, car désormais il sera grand jusqu'aux lointains de la terre, et lui-même, il sera la paix !
- Parole du Seigneur.
OU BIEN
Mi 5, 1-4a
Berger d'Israël, écoute, resplendis au-dessus des Kéroubim ! Réveille ta vaillance et viens nous sauver.
Dieu de l'univers, reviens ! Du haut des cieux, regarde et vois : visite cette vigne, protège-la, celle qu'a plantée ta main puissante.
Que ta main soutienne ton protégé, le fils de l'homme qui te doit sa force. Jamais plus nous n'irons loin de toi : fais-nous vivre et invoquer ton nom !
Ps 79 (80), 2a.c.3bc, 15-16a, 18-19
Frères, en entrant dans le monde, le Christ dit : Tu n'as voulu ni sacrifice ni offrande, mais tu m'as formé un corps. Tu n'as pas agréé les holocaustes ni les sacrifices pour le péché ; alors, j'ai dit : Me voici, je suis venu, mon Dieu, pour faire ta volonté, ainsi qu'il est écrit de moi dans le Livre. Le Christ commence donc par dire : Tu n'as pas voulu ni agréé les sacrifices et les offrandes, les holocaustes et les sacrifices pour le péché, ceux que la Loi prescrit d'offrir. Puis il déclare : Me voici, je suis venu pour faire ta volonté. Ainsi, il supprime le premier état de choses pour établir le second. Et c'est grâce à cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande que Jésus Christ a faite de son corps, une fois pour toutes.
- Parole du Seigneur.
He 10, 5-10
En ces jours-là, Marie se mit en route et se rendit avec empressement vers la région montagneuse, dans une ville de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. D'où m'est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse en moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Lc 1, 39-45