LECTURE DU 4ème CHANT DU SERVITEUR DU LIVRE D’ISAÏE

Semaine Sainte :

Jeudi 24 mars 2016 à 10h30

Conférence de Chantal van der Plancke
Docteur en théo­lo­gie, pro­fes­seur à l’Institut inter­na­tio­nal Lumen Vitae :

LECTURE DU 4ème CHANT DU SERVITEUR DU LIVRE D’ISAÏE

P.A.F. 5 €

Billets apparentés

L’Esprit nous huma­nise pour nous divi­ni­ser. Conférence de Pentecôte, 08 juin 2019. L’Esprit nous huma­nise pour nous divi­ni­ser. Un sus­pens au début des évan­giles. Le jour …
Jérémie était‐il béné­dic­tin ? Texte inté­gral… JÉRÉMIE ÉTAIT‐IL BÉNÉDICTIN ? un texte du père François Dehotte, du monas­tère de Wavreumont Dans le livre de Jérémie (7,1–28) : 1 Parole du…

La force d’une espérance.

Troisième dimanche de l’Avent, année C

En écou­tant ou en lisant les lec­tures de Sophonie et de Saint Paul pour ce troi­sième dimanche d’Avent, nous pour­rions nous deman­der si elles sont audibles dans la situa­tion actuelle du monde et le trouble qu’elle pro­voque en nous.

Tout le Moyen‐Orient est à feu et à sang, les pays musul­mans sont mena­cés par les méta­stases de l’islamisme, et Sophonie nous appelle à crier de joie, à tres­saillir d’allégresse, et il nous annonce que Dieu veut dan­ser au milieu de nous. Nos démo­cra­ties occi­den­tales sont gra­ve­ment malades, et Paul nous demande de ne pas nous inquié­ter mais de vivre dans la séré­ni­té.

Mais si nous regar­dons ces textes de plus près, ils nous parlent autre­ment. D’où viennent‐ils ? Dans quels contextes ont‐ils été écrits ? Le livre du pro­phète Sophonie tient en quatre pages. Il date d’une époque de bou­le­ver­se­ments et de ruines de tout le Moyen‐Orient (déjà !) qui abou­tit à la ruine de Jérusalem et à la dépor­ta­tion. Et c’est à Sophonie que nous devons l’expression « jour de colère », dies irae, sui­vie de « jour de détresse et d’angoisse, jour de désastre et de déso­la­tion, jour de ténèbres et d’obscurité ». Il fal­lait alors au pro­phète une sin­gu­lière espé­rance pour annon­cer l’incroyable allé­gresse qui ter­mine sa pro­phé­tie et dire que Dieu brû­lait d’envie de venir dan­ser au milieu de son peuple.

Quant à Paul, il ché­ris­sait les Philippiens et trou­vait dans leur fer­veur un sou­tien, mais quand il leur deman­dait de se réjouir constam­ment et de n’être inquiets de rien, il était lui‐même pri­son­nier, et il parle aus­si de ses com­bats et de ses angoisses. L’invitation à la joie et à la séré­ni­té ne relève donc pas de la méthode Coué.

Le mes­sage de ces textes est alors celui de la force de l’espérance. Sophonie croit que Dieu veut le bon­heur de son peuple envers et contre tout. Paul est tout entier ten­du vers le Christ parce qu’il a été sai­si par lui. À nous alors d’aller cher­cher notre joie dans notre espé­rance et de dire encore au monde, en ces jours qui nous ache­minent vers Noël, que Dieu l’aime irré­sis­ti­ble­ment et que cet amour nous donne d’espérer tou­jours un salut pour l’humanité.

« Le peuple était en attente » dit Luc. Nous pour­rions bien dire aujourd’hui que nos peuples n’attendent plus rien, qu’ils sont abat­tus par une lourde décep­tion, la perte des grands rêves qui ne sont plus que des illu­sions. Et nous en vou­lons à nos diri­geants poli­tiques qui ne com­prennent pas cette amer­tume et qui ne dis­cernent pas toute la soif de véri­té et de jus­tice que menace le déses­poir.

Vous aurez remar­qué que dans cette page d’évangile les foules demandent à Jean : « Que devons‐nous faire ? » Voilà une belle ques­tion à ren­voyer à ceux qui ne savent plus que se déso­ler : arrê­tez de gémir sur le temps qui est le nôtre, ces­sez d’incriminer tou­jours les autres, demandez‐vous : que devons‐nous faire, nous ?

Or Jean ne demande pas de faire la révo­lu­tion. Il leur dit sim­ple­ment de par­ta­ger ce qu’ils ont, à ceux qui col­lectent les impôts de ne pas pres­su­rer les gens, et aux sol­dats de ne faire ni vio­lence ni tort, ce qui est tout de même un comble. Il s’agit de quoi ? Simplement de bonne volon­té et de géné­ro­si­té. Or nous avons là de belles rai­sons d’espérer et de nous réjouir si nous savons regar­der toute la bon­té, toute la géné­ro­si­té autour de nous. Car le plus sou­vent tous ces gens qui se lamentent et sont désa­bu­sés sont en même temps pleins de bon­té et croient tou­jours en la beau­té de la vie. Ils savent se sou­te­nir dans les épreuves. Ils résistent aux pires menaces en pré­pa­rant quand même la fête. Et là, il y a bien de quoi se réjouir. Quand les gens se mobi­lisent pour accueillir les réfu­giés, quand ils bravent les fous en s’installant aux ter­rasses des cafés, quand ils ont du bon­heur à réjouir leurs enfants, alors, oui, Dieu danse au milieu de son peuple.

Il ne s’agit pour­tant pas seule­ment pour nous d’une confiance en la noblesse du cœur des hommes, ce qui est certes déjà beau­coup. À la source de cette confiance, il y a pour nous l’assurance que le Père tient le monde dans ses mains, qu’il le berce de sa misé­ri­corde alors même qu’il est meur­tri par tout le mal dont nous souf­frons et le mal que nous fai­sons. C’est dans cette assu­rance que Paul peut nous invi­ter à une pro­fonde séré­ni­té qui nous per­met de mêler comme des enfants nos prières et nos sup­pli­ca­tions à nos actions de grâce.

Nous tenons bon aus­si dans toutes nos épreuves parce que nous croyons que le Christ est là, qu’il vient tou­jours, et que nous allons fêter à Noël non seule­ment sa nais­sance de petit d’homme mais sa venue constante par­mi nous. Il est pour nous tou­jours celui qui vient. C’est notre foi de l’Avent.

Et il vient, dit Jean, nous bap­ti­ser dans l’Esprit et le feu. Le feu est jus­te­ment l’un des noms que nous don­nons à l’Esprit Saint. L’Esprit embrase. Nous voi­ci donc conviés, en ces jours d’Avent, à nous lais­ser embra­ser par le feu de l’Esprit. S’agit-il là de belles paroles et de belles images pour nous récon­for­ter aux temps dif­fi­ciles et aux jours d’épreuve ? Il faut plus que des belles paroles pour rendre l’espérance à nos peuples. Mais il faut bien encore et encore le feu d’un amour qui brûle les cœurs. Alors, comme nous répé­tons sans cesse au Christ en ces jours : viens ! répé­tons aus­si notre appel à l’Esprit : Viens, Esprit Saint, embra­ser nos cœurs, embra­ser le monde du feu de ton amour.

Tout au long des siècles pas­sés, mal­gré les famines et la peste, mal­gré des guerres épou­van­tables, le peuple chré­tien a relu à chaque approche de Noël les grandes pro­phé­ties d’Isaïe, de Sophonie, et les mes­sages du Baptiste, dans la foi et l’espérance. J’étais enfant pen­dant la der­nière guerre et nous allions tous ensemble à l’église la nuit de Noël avec nos lan­ternes. Nous dis­po­sions nos crèches comme les chré­tiens réfu­giés le font aujourd’hui dans leurs camps à Erbil, dans la rue. Nous sommes les héri­tiers de toutes ces géné­ra­tions de croyants et d’espérant, et nous sommes les frères des chré­tiens pour­chas­sés, exi­lés, qui fêtent un enfant né au hasard d’un dépla­ce­ment pour un recen­se­ment et vite emme­né en fuite hors de son pays. Il faut hono­rer nos ancêtres et être dignes de nos frères dans la tour­mente. Des menaces nous inquiètent, mais nous nous pré­pa­rons quand même à fêter Noël dans la paix. Nous n’avons pas le droit de le fêter dans la tié­deur, en nous pré­oc­cu­pant de nos menus et de nos cadeaux. « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur, dit Isaïe, ne pre­nez aucun repos. »

Fr. Bernard

Illustration : La Danse, Henri Matisse, 1909

Billets apparentés

Jeudi Saint jeu­di 18 avril 2019 Jeudi Saint 2019 Le der­nier soir – la nuit qu’il fut livré – le der­nier repas, la der­nière cène. Jésus tient sa vie dans ses mai…
La musique et les danses 4e dimanche de Carême Dimanche 31 mars 2019 LA MUSIQUE ET LES DANSES Luc 15, 1–3. 11–32 « Le fils ainé était aux champs. A son retour, quand il …
Homélie du 6e dimanche C : Béatitudes Homélie du 6e dimanche C 17/02/2019 Les « béa­ti­tudes » de Luc n’ont pas la visée géné­rale de celles de Matthieu. Matthieu dit : « Heureux les pauvres…

Le salut de Dieu

2ème dimanche de l’Avent C (2015)

On ne parle pas beau­coup aujourd’hui du « salut de Dieu. » Le désirons‐nous, l’attendons-nous ? Et d’abord, qu’est-ce que ce ‘salut’ ?

On en par­lait beau­coup au XIXème siècle, comme il appa­raît dans les petits livres de dévo­tion qui encombrent notre biblio­thèque. Il y était par­tout ques­tion de notre péché, de notre inca­pa­ci­té, de notre indi­gni­té devant Dieu et de notre besoin abso­lu de salut, libé­ra­tion de nos péchés et salut éter­nel. Bref une spi­ri­tua­li­té pour nous accom­pa­gner en cette val­lée de larmes. On com­prend que Nietzsche ait adres­sé aux chré­tiens cette fameuse apos­trophe : « Ces dis­ciples du Sauveur devraient avoir un air un peu plus sau­vé ! »

Mais les men­ta­li­tés ont évo­lué. Grâce à de grands témoins enga­gés, comme Bonhoeffer, les chré­tiens ont repris conscience de leur digni­té, de leur force et de leur res­pon­sa­bi­li­té. Mais on est alors pas­sé à l’autre extrême. Finalement, aujourd’hui, avec la sécu­la­ri­sa­tion géné­ra­li­sée, on ne parle plus beau­coup du salut, parce qu’on a l’impression qu’on n’en a plus tel­le­ment besoin : « Merci ! c’est gen­til, mais on se débrouille bien comme çà… On ne doit plus prier pour la pluie. Qui pen­se­rait encore à prier contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique ? Car nous savons bien que c’est à nous de nous sau­ver de la catas­trophe… »

Alors, « le salut de Dieu » dans notre vie ?

Il en est par­tout ques­tion, dans la Bible, et plus par­ti­cu­liè­re­ment dans le Nouveau Testament. A Noël les anges annoncent au ber­gers « Aujourd’hui vous est né un Sauveur ». Déjà, lors de l’annonce de la nais­sance de Jésus à Joseph, il lui est deman­dé de don­ner au fils de Marie « le nom de Jésus, car c’est lui qui sau­ve­ra son peuple ». En effet, le nom de Jeshoua signi­fie ‘Dieu sauve’. On pour­rait conti­nuer ain­si, à tra­vers tout le Nouveau Testament, et jusqu’aux der­niers ver­sets des Actes de Apôtres ou Luc signale, en citant encore Isaïe, que « le salut de Dieu » est désor­mais annon­cé aux païens. Cette expres­sion revient constam­ment. Elle réca­pi­tule en quelque sorte l’Évangile.

Mais com­ment pou­vons nous entendre aujourd’hui cette Bonne Nouvelle du salut offert ?

Revenons d’abord à l’évangile de ce dimanche qui nous pré­sente la figure de Jean‐Baptiste. L’évangéliste Luc nous dit qu’il est venu pour annon­cer ce salut. Mais il faut recon­naître que ce pas­sage n’est pas très expli­cite. Ailleurs, heu­reu­se­ment, dans l’évangile de saint Jean, nous est révé­lée l’expérience inté­rieure du Baptiste, le rayon­ne­ment de ce salut sur sa propre vie : « l’ami de l’époux se tient là, il l’écoute, et la voix de l’époux comble de joie. Telle est ma joie, elle est par­faite ». Il est allé jusqu’au bout de sa mis­sion, et là il a trou­vé une joie impre­nable.

Oui, une vie don­née est une vie sau­vée. Quand nous allons jusqu’au bout de nos forces, nous décou­vrons la grâce de Dieu, le salut de Dieu.

Mes frères, mes sœurs, je crois que nous avons là effec­ti­ve­ment une expé­rience du salut de Dieu. Ce salut est pour nous un sur­croît de vie. Il nous sauve de la médio­cri­té et nous per­met de don­ner notre pleine mesure. Je pense ici à la célèbre pen­sée de Pascal : « L’homme passe infi­ni­ment l’homme ». Et c’est dans ce dépas­se­ment que nous sommes vrai­ment nous‐mêmes. Nous n’oublions pas pour autant que tout don pré­cieux vient de Dieu, parce que, pour réa­li­ser ce dépas­se­ment, nous nous trou­vons dému­ni, et nous prions alors avec le psal­miste : « Au rocher trop haut pour moi, conduis‐moi ». Nous appe­lons le Seigneur et nous atten­dons son salut. Seulement nous savons qu’il ne s’agit pas là d’une inter­ven­tion exté­rieure qui nous reti­re­rait de notre misère congé­ni­tale. Non ! ce don est une éner­gie insoup­çon­née que l’Esprit éveille en nous et qui nous per­met d’enfin répondre à son appel.

Le salut éter­nel est évi­dem­ment déci­sif, mais il ne faut pas attendre notre tré­pas pour faire l’expérience de son rayon­ne­ment, ici et main­te­nant. Et cela est aus­si déci­sif pour notre vie. En pré­pa­rant cette homé­lie, hier matin, vers 8 h., je voyais un ciel par­fai­te­ment lumi­neux, comme cela arrive quel­que­fois en hiver. Le soleil n’était pas encore appa­ru, mais tout le fir­ma­ment était embra­sé, mauve, rose, blanc écla­tant. La joie par­faite, telle que Jean‐Baptiste l’a connue, est un tel rayon­ne­ment, comme aus­si, pour nous, l’expérience d’une misé­ri­corde infi­nie, la confiance éper­due que nous rece­vons par­fois, une béné­dic­tion jamais reprise, la sim­pli­ci­té bénie, et grâce sur grâce. Les autres lec­tures de ce dimanche, de Baruc et de saint Paul aux Philippiens débordent éga­le­ment de cette joie.

Saint Luc dans l’évangile que nous enten­dons durant toute cette année, révèle encore une autre forme de salut, très par­ti­cu­lière, ̶ et dont nous pou­vons très bien faire l’expérience. C’est la ren­contre. Tout au long de son évan­gile, il raconte de mer­veilleuses ren­contre : l’ange Gabriel et Marie, la visi­ta­tion de Marie à Élisabeth, Siméon qui reçoit l’enfant Jésus, au temple, le Samaritain qui découvre l’homme bles­sé, Jésus et Marie, la sœur de Marthe. On pour­rait encore énu­mé­rer d’autres ren­contres de Jésus, comme celle avec Zachée, et, ce jour là, « le salut est venu sur sa mai­son ». Et il est signi­fi­ca­tif que c’est en ren­con­trant des dis­ciples en route vers Emmaüs, qu’il leur révèle le sens de sa pas­sion et de sa résur­rec­tion.

Oui, les ren­contres aux­quelles nous sommes, nous aus­si, constam­ment appe­lés, l’accueil mutuel, l’hospitalité, sont des occa­sions de dépas­se­ment offertes au cœur de notre vie ordi­naire, des expé­riences de grâce et de salut. Ce temps de l’Avent est le temps de l’attente de la ren­contre. Mes sœurs, mes frères, regar­dons autour de nous ceux qui attendent de nous une ren­contre, ou une nou­velle ren­contre pour ceux qui nous sont les plus proches. C’est là que nous trou­ve­rons le plus sûre­ment le salut de Dieu.

Père Pierre de Béthune

Illustration : La gerbe, Matisse, gouache sur papier 1953

Billets apparentés

DIMANCHE IN ALBIS 2019 28 avril 2019 DIMANCHE IN ALBIS 2019 (Jn 20, 19–31) Introduction La fête de Pâques conti­nue encore aujourd’hui. Elle est trop grande pour n’être…
Pâques 2019 Dimanche 21 avril 2019 PÂQUES 2019 (Jean 20, 1–9) Introduction Cette année, pour fêter Pâques, nous rece­vons un prin­temps extra­or­di­nai­re­ment lumin…
UN RETOUR À LA VIE UN RETOUR À LA VIE 5ème dimanche Carême C (2019) Jn 8, 1–11 La situa­tion de l’Église aujourd’hui est deve­nue sou­dain dif­fi­cile, parce que l’on exig…

UN MONASTÈRE BÉNÉDICTIN A PROXIMITÉ DE LOUVAIN-LA-NEUVE ET D'OTTIGNIES