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Prière universelle du 3è dimanche de l’Avent 2018

Deman­dons au Christ la grâce de la joie,
afin que notre séré­ni­té soit connue de tous les hommes,
et qu’elle leur offre la paix.

Demandons au Christ la grâce de la confiance,
afin que nous gar­dions vivante l’action de grâce,
et ren­dions vaine toute inquié­tude.

Deman­dons au Christ la grâce de la joie,
afin d’annoncer que la mois­son est proche,
et que Dieu pré­pare, pour la terre, une fête éter­nelle.

Demandons au Christ la grâce de l’espérance,
afin de réap­prendre à nos contem­po­rains
les pas de danse de Dieu qui se pré­pare
aux retrou­vailles de ses enfants dis­per­sés.

Deman­dons au Christ la grâce de la joie,
la grâce de l’allégresse,
puisque Dieu est par­mi nous
et qu’il n’y a plus rien à craindre.
Que cette eucha­ris­tie ban­nisse toute vaine tris­tesse
et nous pro­cure le bon­heur des pauvres de cœur.

fr. Dieudonné (2009)

Homélie du 3è dimanche de l’Avent 2018. ( C )

Homélie du 16 décembre 2018

3e dimanche d’Avent 2018. ( C )

« Gaudete ! »

C’est un dimanche de joie. Les lec­tures de ce jour nous adressent huit invi­ta­tions à la joie. « Pousse des cris de joie, dit Sophonie, tres­saille d’allégresse ! » « Soyez tou­jours dans la joie » dit Paul, et il en rajoute : « Laissez-moi vous le redire : soyez dans la joie ! »

La joie pourrait-elle donc se com­man­der ? Nous ne sommes pas tou­jours dis­po­sés à nous réjouir sim­ple­ment parce qu’on nous le demande. Ceux qui sont dans la peine pour­raient bien s’en offus­quer. Et il faut don­ner une bonne rai­son pour invi­ter à la joie. Sophonie la donne : « Le Seigneur a repous­sé les enne­mis. Il est là, au milieu de vous, il veut vous renou­ve­ler par son amour, et il va dan­ser pour vous avec des cris de joie ». Paul donne la même rai­son de se réjouir : « Le Seigneur est proche ». Nous pou­vons entendre cette annonce de deux manières : il est proche parce qu’il va venir bien­tôt ; ou bien : il est là, à côté, tout proche.

Or nous sommes confron­tés à une réa­li­té toute contraire : le Seigneur n’est pas là, il est étran­ge­ment absent dans ces fêtes ; nos rues et nos bou­tiques ne nous accueillent même plus en nous sou­hai­tant joyeux Noël, mais de joyeuses fêtes. Les fêtes de quoi, de qui ? On l’a oublié, on a per­du la mémoire de celui qui est fêté. C’est la fête pour la fête, autant dire la fête de rien. Ces fêtes cha­leu­reuses sont donc aus­si trou­blantes parce qu’elles se sont vidées de leur sens. Et c’est dans cet oubli que nous sommes conviés à réveiller la mémoire. « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur » dit Isaïe. Aurons-nous encore l’audace de dire autour de nous, dans nos rues illu­mi­nées et nos maga­sins bien acha­lan­dés : « Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connais­sez pas, que vous ne connais­sez plus, que vous avez oublié. C’est pour­tant lui que vous fêtez sans plus le savoir. C’est sa nais­sance, nous disons : sa Nativité, qui vous est rap­pe­lée, et dans ce rap­pel il veut encore renaître par­mi vous, il veut que vous renais­siez vous aus­si avec lui, en lui. Alors, oui, vous pou­vez vous réjouir, tres­saillir de joie, car tout est en renais­sance. « Ne voyez-vous pas, écri­vait Rilke, que tout ce qui arrive est tou­jours un com­men­ce­ment ? Ne pourrait-ce pas être son com­men­ce­ment à lui ? Il est tant de beau­té dans tout ce qui com­mence. Soyez patient et de bonne volon­té. Le moins que nous puis­sions faire, c’est de ne pas plus lui résis­ter que la Terre au Printemps quand il vient. » En ce moment de l’année, il ne s’agit pas pour nous de ne pas résis­ter au prin­temps mais de consen­tir à l’hiver. Il y a tant de beau­tés à recueillir dou­ce­ment dans les jours plus courts et les nuits plus longues ; la cha­leur du foyer, les bou­gies allu­mées, le recueille­ment des arbres dénu­dés, la per­sis­tance tran­quille des pins. Il faut lais­ser dor­mir la Terre.

Mais ne lais­sons pas dor­mir la joie. Car ce n’est pas la joie pas­sa­gère d’un moment heu­reux, mais la joie d’être, la joie de l’être. Sainte Claire d’Assise priait ain­si : « Je te remer­cie, ô Dieu, de m’avoir créée ». Nous rece­vons chaque jour de Dieu la joie d’être. Jésus nous a don­né la plé­ni­tude de sa joie, sa joie d’être Fils de Dieu, de faire tou­jours la volon­té de son Père. « Je demeure en son amour, et je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit com­plète ». (Jn 15, 10–11)

La joie d’être, toute simple, enfan­tine, n’est donc pas la joie com­plète, ce n’est pas toute la joie, et heu­reu­se­ment, car autre­ment pour ceux qui sont en manque d’être, la joie serait tarie. Job en est l’incomparable témoin quand, sur son fumier, il mau­dit son être même : « Périsse, dit-il, le jour qui me vit naître, et la nuit qui a dit : un gar­çon a été conçu ! ». C’est le même Job qui dit à la fin : « Je sais, moi, que mon Défenseur est vivant, que lui, le der­nier, se lève­ra sur la pous­sière, et dans ma chair je ver­rai Dieu. ». « Jésus nous a pro­mis le même pas­sage : « Vous êtes tristes main­te­nant, mais je vous ver­rai de nou­veau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne pour­ra vous la ravir ». (Jn 16, 22)

« Vous êtes tristes main­te­nant ». Cette parole est encore dite à ceux d’entre nous qui sont dans l’épreuve et qui peut-être n’en aper­çoivent pas le bout. Peuvent-ils entendre la suite : « votre tris­tesse se chan­ge­ra en joie » ? Ce n’est pas facile d’y croire quand on est acca­blé. Mais que nous don­ne­rait l’évangile s’il ne nous livrait pas une pro­messe de joie ? Dieu ne veut pas que la tris­tesse soit notre demeure. Jésus a le droit de nous pro­mettre la joie parce qu’il a connu l’agonie et la détresse. Il est là, dans nos tour­ments, non pas pour nous plaindre et gémir avec nous, mais pour nous mur­mu­rer dou­ce­ment : « Confiance ! J’ai tra­ver­sé la tem­pête avant toi, j’ai eu peur, j’ai crié. J’ai payé le droit de te dire : Confiance ! Une lumière brille­ra pour toi. Elle est déjà là, blot­tie en ton cœur comme une luciole. C’est moi qui la pro­tège des vents du monde. N’aie pas peur, sois sans crainte ! C’est ma charge d’apaiser les tem­pêtes. Dépose-toi en moi. Mais laisse-moi te redire : tout au fond de toi j’ai posé ma joie. Libère ma joie en toi.
Oui, laisse-moi le redire : sois dans la joie, soyez dans la joie. Que ma joie soit en vous !

Fr. Bernard

La force d’une espérance.

Troisième dimanche de l’Avent, année C

En écou­tant ou en lisant les lec­tures de Sophonie et de Saint Paul pour ce troi­sième dimanche d’Avent, nous pour­rions nous deman­der si elles sont audibles dans la situa­tion actuelle du monde et le trouble qu’elle pro­voque en nous.

Tout le Moyen-Orient est à feu et à sang, les pays musul­mans sont mena­cés par les méta­stases de l’islamisme, et Sophonie nous appelle à crier de joie, à tres­saillir d’allégresse, et il nous annonce que Dieu veut dan­ser au milieu de nous. Nos démo­cra­ties occi­den­tales sont gra­ve­ment malades, et Paul nous demande de ne pas nous inquié­ter mais de vivre dans la séré­ni­té.

Mais si nous regar­dons ces textes de plus près, ils nous parlent autre­ment. D’où viennent-ils ? Dans quels contextes ont-ils été écrits ? Le livre du pro­phète Sophonie tient en quatre pages. Il date d’une époque de bou­le­ver­se­ments et de ruines de tout le Moyen-Orient (déjà !) qui abou­tit à la ruine de Jérusalem et à la dépor­ta­tion. Et c’est à Sophonie que nous devons l’expression « jour de colère », dies irae, sui­vie de « jour de détresse et d’angoisse, jour de désastre et de déso­la­tion, jour de ténèbres et d’obscurité ». Il fal­lait alors au pro­phète une sin­gu­lière espé­rance pour annon­cer l’incroyable allé­gresse qui ter­mine sa pro­phé­tie et dire que Dieu brû­lait d’envie de venir dan­ser au milieu de son peuple.

Quant à Paul, il ché­ris­sait les Philippiens et trou­vait dans leur fer­veur un sou­tien, mais quand il leur deman­dait de se réjouir constam­ment et de n’être inquiets de rien, il était lui-même pri­son­nier, et il parle aus­si de ses com­bats et de ses angoisses. L’invitation à la joie et à la séré­ni­té ne relève donc pas de la méthode Coué.

Le mes­sage de ces textes est alors celui de la force de l’espérance. Sophonie croit que Dieu veut le bon­heur de son peuple envers et contre tout. Paul est tout entier ten­du vers le Christ parce qu’il a été sai­si par lui. À nous alors d’aller cher­cher notre joie dans notre espé­rance et de dire encore au monde, en ces jours qui nous ache­minent vers Noël, que Dieu l’aime irré­sis­ti­ble­ment et que cet amour nous donne d’espérer tou­jours un salut pour l’humanité.

« Le peuple était en attente » dit Luc. Nous pour­rions bien dire aujourd’hui que nos peuples n’attendent plus rien, qu’ils sont abat­tus par une lourde décep­tion, la perte des grands rêves qui ne sont plus que des illu­sions. Et nous en vou­lons à nos diri­geants poli­tiques qui ne com­prennent pas cette amer­tume et qui ne dis­cernent pas toute la soif de véri­té et de jus­tice que menace le déses­poir.

Vous aurez remar­qué que dans cette page d’évangile les foules demandent à Jean : « Que devons-nous faire ? » Voilà une belle ques­tion à ren­voyer à ceux qui ne savent plus que se déso­ler : arrê­tez de gémir sur le temps qui est le nôtre, ces­sez d’incriminer tou­jours les autres, demandez-vous : que devons-nous faire, nous ?

Or Jean ne demande pas de faire la révo­lu­tion. Il leur dit sim­ple­ment de par­ta­ger ce qu’ils ont, à ceux qui col­lectent les impôts de ne pas pres­su­rer les gens, et aux sol­dats de ne faire ni vio­lence ni tort, ce qui est tout de même un comble. Il s’agit de quoi ? Simplement de bonne volon­té et de géné­ro­si­té. Or nous avons là de belles rai­sons d’espérer et de nous réjouir si nous savons regar­der toute la bon­té, toute la géné­ro­si­té autour de nous. Car le plus sou­vent tous ces gens qui se lamentent et sont désa­bu­sés sont en même temps pleins de bon­té et croient tou­jours en la beau­té de la vie. Ils savent se sou­te­nir dans les épreuves. Ils résistent aux pires menaces en pré­pa­rant quand même la fête. Et là, il y a bien de quoi se réjouir. Quand les gens se mobi­lisent pour accueillir les réfu­giés, quand ils bravent les fous en s’installant aux ter­rasses des cafés, quand ils ont du bon­heur à réjouir leurs enfants, alors, oui, Dieu danse au milieu de son peuple.

Il ne s’agit pour­tant pas seule­ment pour nous d’une confiance en la noblesse du cœur des hommes, ce qui est certes déjà beau­coup. À la source de cette confiance, il y a pour nous l’assurance que le Père tient le monde dans ses mains, qu’il le berce de sa misé­ri­corde alors même qu’il est meur­tri par tout le mal dont nous souf­frons et le mal que nous fai­sons. C’est dans cette assu­rance que Paul peut nous invi­ter à une pro­fonde séré­ni­té qui nous per­met de mêler comme des enfants nos prières et nos sup­pli­ca­tions à nos actions de grâce.

Nous tenons bon aus­si dans toutes nos épreuves parce que nous croyons que le Christ est là, qu’il vient tou­jours, et que nous allons fêter à Noël non seule­ment sa nais­sance de petit d’homme mais sa venue constante par­mi nous. Il est pour nous tou­jours celui qui vient. C’est notre foi de l’Avent.

Et il vient, dit Jean, nous bap­ti­ser dans l’Esprit et le feu. Le feu est jus­te­ment l’un des noms que nous don­nons à l’Esprit Saint. L’Esprit embrase. Nous voi­ci donc conviés, en ces jours d’Avent, à nous lais­ser embra­ser par le feu de l’Esprit. S’agit-il là de belles paroles et de belles images pour nous récon­for­ter aux temps dif­fi­ciles et aux jours d’épreuve ? Il faut plus que des belles paroles pour rendre l’espérance à nos peuples. Mais il faut bien encore et encore le feu d’un amour qui brûle les cœurs. Alors, comme nous répé­tons sans cesse au Christ en ces jours : viens ! répé­tons aus­si notre appel à l’Esprit : Viens, Esprit Saint, embra­ser nos cœurs, embra­ser le monde du feu de ton amour.

Tout au long des siècles pas­sés, mal­gré les famines et la peste, mal­gré des guerres épou­van­tables, le peuple chré­tien a relu à chaque approche de Noël les grandes pro­phé­ties d’Isaïe, de Sophonie, et les mes­sages du Baptiste, dans la foi et l’espérance. J’étais enfant pen­dant la der­nière guerre et nous allions tous ensemble à l’église la nuit de Noël avec nos lan­ternes. Nous dis­po­sions nos crèches comme les chré­tiens réfu­giés le font aujourd’hui dans leurs camps à Erbil, dans la rue. Nous sommes les héri­tiers de toutes ces géné­ra­tions de croyants et d’espérant, et nous sommes les frères des chré­tiens pour­chas­sés, exi­lés, qui fêtent un enfant né au hasard d’un dépla­ce­ment pour un recen­se­ment et vite emme­né en fuite hors de son pays. Il faut hono­rer nos ancêtres et être dignes de nos frères dans la tour­mente. Des menaces nous inquiètent, mais nous nous pré­pa­rons quand même à fêter Noël dans la paix. Nous n’avons pas le droit de le fêter dans la tié­deur, en nous pré­oc­cu­pant de nos menus et de nos cadeaux. « Tenez en éveil la mémoire du Seigneur, dit Isaïe, ne pre­nez aucun repos. »

Fr. Bernard

Illustration : La Danse, Henri Matisse, 1909