Archives par mot-clé : Bernard Poupard

25è dimanche T.O. ( C )

22 sep­tembre 2019

25è dimanche T.O. ( C )

Am 8, 4–7
Lc 16, 1–13

« Faites-vous des amis avec l’argent trom­peur. »

Cette ami­tié ne sera-t-elle pas elle aus­si trom­peuse ? L’amitié peut-elle se vendre et s’acheter ? Avec l’argent, on ne se fait pas vrai­ment des amis, mais des obli­gés, ou des clients. Le frère qui est char­gé d’accueillir les qué­man­deurs sera sans doute accueilli lui-même par toute une escorte dans les demeures éter­nelles. Mais en atten­dant cet heu­reux dénoue­ment, il lui faut de l’argent pour aider ceux qui en manquent. Celui qui fait des lar­gesses n’est pas for­cé­ment celui qui dis­pose d’un bon compte en banque. Les pauvres savent mieux par­ta­ger que les riches.

« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénon­cé parce qu’il gas­pillait ses biens ». Dans la Bible comme dans le Coran, le gérant c’est l’homme à qui Dieu a confié le jar­din de la terre pour le gar­der et le culti­ver. Mais nous le gas­pillons en épui­sant ses res­sources. Nous sommes aler­tés sur les dan­gers de ce gas­pillage, mais rien n’y fait. Nous avions voca­tion à être les ber­gers de la Terre, mais nous en sommes les mer­ce­naires. L’inspiration éco­lo­gique sou­te­nue par le Pape François veut pré­ser­ver notre mai­son com­mune, mais elle est encore bien loin de gagner la par­tie. Trop d’intérêts mer­can­tiles sont en jeu. Voilà le mot lâché : le mar­ché. C’est la puis­sance qui domine le monde. Les poli­tiques doivent s’y sou­mettre. Ils ne peuvent que ten­ter avec peine de le régu­ler. Il n’a pas de visage mais il est par­tout. Nous pour­rions relire notre page d’évangile en rem­pla­çant l’argent par le mar­ché.

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Assomption 2019

Jeudi 15 aout 2019

Assomption 2019

Magnificat

Si l’on deman­dait à un qui­dam culti­vé qui est l’auteur du mag­ni­fi­cat, il répon­drait sans doute qu’il y en a plu­sieurs, et des plus grands : Bach, Vivaldi, Monteverdi.
Et si l’on insis­tait : d’où viennent les paroles ? Les réponses seraient ouvertes et vagues : de la Bible, de l’évangile. Les plus éru­dits diraient : de saint Luc, et ils auraient rai­son car il est pro­bable que Luc les a assem­blées dans un pot-pourri de cita­tions bibliques pour les mettre sur les lèvres de Marie. Mais alors il vou­lait aus­si par­ler d’elle. Et que dit-il ?

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Jeudi Saint

jeu­di 18 avril 2019

Jeudi Saint 2019

Le der­nier soir – la nuit qu’il fut livré – le der­nier repas, la der­nière cène. Jésus tient sa vie dans ses mains, sa vie si courte qu’il faut déjà don­ner. Il sait d’où il vient et où il va. On ne lui prend pas sa vie, c’est lui qui la donne.

Sa vie – le beau prin­temps gali­léen, les longues marches dans les villes et les vil­lages, les inlas­sables pré­di­ca­tions, les foules joyeuses. Et les gué­ri­sons : « il gué­rit tous les malades, dit Matthieu, afin que s’accomplit l’oracle d’Isaïe le pro­phète : « Il a pris nos infir­mi­tés et s’est char­gé de nos mala­dies » (Mt 8, 16–17). Et la mon­tée vers Jérusalem, les contro­verses avec les scribes, la sourde résis­tance des chefs, l’étau qui se res­serre. Tout a été si vite. Comme il a fal­lu peu de temps, et si peu d’espace : un can­ton per­du de l’Empire, pour que Dieu dévoile tout ce qu’il vou­lait dire au monde !

Jésus tient sa vie dans ses mains, et il regarde les siens. Il n’a rete­nu que les Douze pour ce der­nier soir. Il veut leur livrer tout le sens de son être et de sa mis­sion, et leur lais­ser des gestes ultimes à refaire pour le rendre pré­sent au long des siècles.

D’abord il leur lave les pieds. Il ren­verse ain­si le sens de toute prière : ce ne sont pas les dis­ciples qui sont à genoux, mais le Maitre. Il ne fau­dra plus cher­cher Dieu en haut, mais en bas, aux pieds des autres.
En leur lavant les pieds, il s’est sans doute sou­ve­nu de la femme qui lui avait lavé les pieds, chez Simon. Elle les avait lavé de ses larmes et essuyés avec ses che­veux, les cou­vrant de bai­sers et y ver­sant du par­fum. Jésus avait les pieds sales, Simon ne les lui avait pas fait laver en arri­vant comme il se devait. Les larmes se mêlaient à la pous­sière. Elle aimait ces pieds. Elle se répan­dait en humi­di­té : larmes, bai­sers, par­fum. Jésus l’avait lais­sé faire. Il aimait son amour.
Nous n’avons gar­dé le lave­ment des pieds qu’une fois par an : ce jeu­di saint. Dans nos monas­tères, nous accueillons un novice en lui lavant les pieds, et chaque frère vient les bai­ser. Ce soir, le célé­brant lave les pieds de quelques fidèles. Il fau­drait que cha­cun puisse laver les pieds de son voi­sin, ce qui deman­de­rait trop de bas­sines ! Mais gar­dons avec soin le sens de ce geste : « vous devez vous laver les pieds les uns aux autres », vous ser­vir mutuel­le­ment.

L’autre geste lais­sé par Jésus est celui du pain rom­pu et de la coupe par­ta­gée. Nous avons le bon­heur, ici, de rompre le pain en plu­sieurs points de l’assemblée et de nous pas­ser la coupe. Nous le ferons ce soir avec une fer­veur par­ti­cu­lière en mémoire du der­nier soir, de la pre­mière eucha­ris­tie. L’Eucharistie de ce jour est la source de toute eucha­ris­tie. Nous avons cette belle longue table, et tout autour notre assem­blée que le Père Frédéric aimait appe­ler « enve­lop­pante ». Il fait bon prendre le temps de nous regar­der et de nous sou­rire. Le Christ est là, au milieu de nous. Quand j’ai dans les mains ce pain et cette coupe, je le vois livrant sa vie, don­nant sa vie, et je sou­ris à sa pré­sence.

Voilà deux fois que je parle de sou­rire. Ce soir est bien le soir du sou­rire. C’est notre belle réponse au christ qui s’offre à nous. Nos assem­blées sont bien trop graves, bien trop sérieuses, même si nous aimons chan­ter ensemble. Ce n’est pas pour rien que le pre­mier mot du grand dis­cours de Jésus dans l’évangile de Matthieu, c’est le bon­heur. Heureux ! Bienheureux ! Bonheur à vous ! Dieu veut le bon­heur, notre bon­heur. Nous le disons dans la prière qui suit le Notre Père : « Rassure-nous devant les épreuves en cette vie où nous espé­rons le bon­heur que tu pro­mets ». Quel sens a cette demande ? Il s’agit sans doute du bon­heur éter­nel dans l’au-delà. Mais nous espé­rons bien aus­si le bon­heur dans cette vie qui est la nôtre. Et c’est heu­reu­se­ment ce que Dieu veut pour nous. Le bon­heur que nous éprou­vons ici, ce soir, dans la fer­veur du sou­ve­nir du der­nier soir, c’est une pro­messe de bon­heur éter­nel ; et ce bon­heur est déjà com­men­cé dans les bon­heurs simples de nos vies fami­liales comme dans les grands bon­heurs de nos émois si mer­veilleux.

Mais notre bon­heur n’ignore pas le mal­heur. Tandis que nous célé­brons cette Cène pai­si­ble­ment, d’autres, tout près de nous, souffrent sur leur lit d’hôpital. Et d’autres encore, un peu plus loin, sont vic­times de la haine vio­lente. Notre bon­heur ne peut pas être celui de Narcisse qui se com­plaît en lui-même. Cette com­plai­sance est sa mort. Notre bon­heur porte en lui-même l’urgence de la soli­da­ri­té. S’il ne peut tou­jours être par­ta­gé, il peut tou­jours être bles­sé par le mal­heur des autres. Notre prière nous incline à les rejoindre. C’est en com­mu­nion avec eux que nous disons : « délivre-nous de tout mal ».

« La nuit qu’il fut livré », cette nuit, il a rom­pu le pain en signe de sa mort. « Ceci est mon corps livré, ceci est mon sang ver­sé pour vous et pour la mul­ti­tude. Vous ferez cela en mémoire de moi ».

Nous allons le faire encore, et quand nous par­ta­ge­rons le pain et la coupe, nous devien­drons son Corps. Il ne fau­dra pas fer­mer les yeux pour réa­li­ser sa pré­sence en notre cœur, mais ouvrir les yeux tout grands au corps du Christ que nous deve­nons ensemble. Ceci, cette assem­blée fer­vente et fra­ter­nelle, c’est mon corps. Vous êtes mon corps, et mon sang coule en vous. Alors, comme je me suis livré, livrez-vous ce soir encore. Le Père vous ouvre ses mains. Et vos frères humains attendent le don de vous-même. Cette nuit où je fus livré, qu’elle soit la nuit où vous vous livrez pour vivre plei­ne­ment de ma vie. La paix que je vous ai lais­sée au der­nier soir dila­te­ra vos âmes.

Fr. Bernard