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4ème dimanche de Pâques

JÉSUS, NOTRE ACCÈS À LA VIE EN ABONDANCE

4ème dimanche Pâques (2020)

Jn 10,1–10

Jésus est la porte. Cette image ne nous ins­pire pas tel­le­ment, au pre­mier abord. Nous devons tou­jours pen­ser à fer­mer la porte. Mais la porte est aus­si une ouver­ture dans le mur, un pas­sage, une issue. C’est cela que Jésus veut nous dire dans cet évan­gile : il est pour nous un accès à la vie en abon­dance.
En célé­brant la fête de Pâques durant ces 50 jours, la litur­gie nous invite à vivre, nous aus­si, ce pas­sage vers une vie plus abon­dante, et, par ces lec­tures, elle nous dit aus­si com­ment.
Le pas­sage par la Mer Rouge, cette tra­ver­sée dans l’angoisse qui a débou­ché sur la libé­ra­tion, est à l’origine du peuple de Dieu. Pour Jésus, la Pâque a aus­si été une tra­ver­sée, un pas­sage par la souf­france et la mort, pour accé­der à une vie nou­velle. Et pour nous éga­le­ment ce che­min réca­pi­tule notre vie chré­tienne. Voyons com­ment.

Il faut d’abord bien com­prendre que la vie du Christ ne nous est vrai­ment com­mu­ni­quée, que lorsqu’elle peut faire dans notre cœur comme une brèche, une bles­sure. C’est ce que nous raconte la lec­ture des Actes de Apôtres : ceux qui, le jour de la Pentecôte, ont enten­du Pierre par­ler de la mort et de la résur­rec­tion du Christ « eurent le cœur trans­per­cé », nous dit le texte, tra­duit ici fai­ble­ment par « ils furent tou­chés au cœur ». Mais il faut gar­der toute la force de ce mot ‘trans­per­cé’. C’est le même que celui que l’évangéliste Jean uti­lise quand il écrit qu’au Calvaire, « un sol­dat, avec sa lance, trans­per­ça le cœur » de Jésus. Oui, mes frères, mes sœurs, quand nous avons vrai­ment écou­té l’histoire de Jésus, les paroles de l’évangile, notre cœur n’en a‑t-il pas été tou­ché, ne fût-ce qu’une fois, inter­pe­lé, atteint, et même ‘bles­sé’ ? On ne parle plus beau­coup aujourd’­hui de la ‘com­ponc­tion’, mais c’est pour­tant bien de cela qu’il s’agit : une ponc­tion. On sait ce qu’est une ‘ponc­tion lom­baire’ ; ici il s’agit d’une ‘ponc­tion car­diaque’. Médicalement, cela n’est pas à conseiller, mais spi­ri­tuel­le­ment, c’est le che­min du salut. Soyons atten­tifs à l’état de notre cœur : est-il com­blé, tout lisse, blin­dé, ou au contraire, inquiet, pré­oc­cu­pé pour tous ceux que nous aimons, plein de sol­li­ci­tude et d’espérance ? Est-il ouvert à l’Évangile et à l’appel que Jésus nous y adresse per­son­nel­le­ment ? Saint Benoît nous recom­mande d’être assi­dus à « la com­ponc­tion du cœur dans notre prière ». Quand nous avons été un jour tou­chés par une ren­contre avec le Christ, il est impor­tant d’empêcher que se cica­trise cette bles­sure, si nous vou­lons res­ter vivants et accueillants. L’écoute de la Parole, ou des appels, par­fois angois­sés, que nous adressent nos frères et sœurs est vitale. Aussi nous chan­tons volon­tiers cette prière : « Ne per­mets pas que leur bles­sure en nous se ferme ! » pour que l’appel du Christ reste vibrant en nous.

Rappelons-nous que le jour de Pâques, c’est en mon­trant aux dis­ciples ses bles­sures, son cœur trans­per­cé, que Jésus leur dit « La paix soit avec vous ! ». La paix nous vient de ses bles­sures. En effet, c’est parce qu’il est pas­sé par ses souf­frances qu’il peut nous appor­ter la paix, la vie.
Et dans l’épitre, saint Pierre nous rap­pelle aus­si que c’est « par ses bles­sures (que) nous sommes gué­ris ». Il pré­cise : « C’est pour vous que le Christ a souf­fert, (…) afin que vous sui­viez ses traces ». Nous sommes appe­lés à mar­cher à sa suite, à tra­ver­ser, avec lui, les pas­sages par­fois angois­sants, quand nous devons « tra­ver­ser les ravins de la mort ». Mais nous savons qu’« il est avec nous ; son bâton nous guide et nous ras­sure ». Oui, « nous étions errants, comme des bre­bis ; mais à pré­sent nous sommes retour­nés vers le ber­ger, le gar­dien de nos âmes ».

Mais, com­ment concrè­te­ment « suivre ses traces » ?
Si nous avons le cœur éveillé, ouvert, nous pou­vons essayer de com­prendre ce que dit saint Pierre dans son épître. Il demande quelque chose de vrai­ment dif­fi­cile, du moins au pre­mier abord. « Supporter la souf­france, alors que nous avons fait le bien. C’est bien à cela que vous avez été appe­lés… » Nous vou­lons bien sup­por­ter les consé­quences pénibles d’une mau­vaise action, mais accueillir de la souf­france quand nous avons fait le bien, cela est plus dif­fi­cile à accep­ter ! C’est révol­tant ! Sommes-nous vrai­ment appe­lés à cela ? Pour répondre de façon réa­liste, je crois qu’il faut d’abord évi­ter de per­son­na­li­ser ces situa­tions. Il y a des cas où nous sommes per­son­nel­le­ment mis en cause, mais, le plus sou­vent, la non-violence évan­gé­lique que nous sommes appe­lés à déve­lop­per consiste à affron­ter de l’incompréhension, de l’inertie, l’indifférence mon­dia­li­sée. Plus géné­ra­le­ment encore, nous devons ren­con­trer la mal­chance, la frus­tra­tion, l’oubli. Ce ne sont pas des souf­frances aigües, seule­ment elles peuvent miner notre espé­rance, et nous rési­gner à une cer­taine stag­na­tion, une expé­rience de l’impasse. Mais Jésus nous appelle à avan­cer, à pas­ser, même par une porte étroite. Oui, il dépend de nous que ces situa­tions res­tent des impasses ou deviennent des creu­sets. Un creu­set, ce n’est pas un endroit com­mode ! C’est le lieu d’une épreuve, comme par le feu, d’où le meilleur peut se déga­ger. C’est là qu’est créée une nou­velle situa­tion, une nou­velle chance. Ce que nous subis­sons comme une injus­tice peut alors deve­nir une occa­sion pour une nou­velle étape de notre vie, plus féconde au ser­vice de la jus­tice et de la paix. Il ne faut pas attendre (indé­fi­ni­ment) des situa­tions excep­tion­nelles pour vivre cela.
Mais c’est bien cela, me semble-t-il, que saint Pierre essaie de nous faire com­prendre en ce temps de Pâques. Même à notre petite mesure, dans notre vie quo­ti­dienne, nous pou­vons pas­ser à une vie plus intense, si nous gar­dons notre cœur ouvert. Parce qu’alors nous pou­vons décou­vrir et suivre les traces de Jésus qui nous ouvre de nou­veaux hori­zons. Et si nous pas­sons par lui, par la porte qu’il consti­tue en quelque sorte, nous pou­vons accé­der à la vie, et la vie en abon­dance.

Fr. Pierre