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HORAIRE DE LA SEMAINE SAINTE 2018

HORAIRE DE LA SEMAINE SAINTE 2018

MERCREDI SAINT

07h00 Laudes
11h00
Eucharistie
19h00
Vêpres
De 18h30 à 20h30
 : pos­si­bi­li­té de rece­voir indi­vi­duel­le­ment le sacre­ment de la récon­ci­lia­tion

JEUDI SAINT

7h00 Laudes
10h30 : Conférence (Paul Scolas)
19h30LA CÈNE DU SEIGNEUR
sui­vie d’un temps d’adoration, jus­qu’à 22h00

VENDREDI SAINT

7h30 Laudes
15h00 Prière (au Centre W. Lennox)
19h30 LA PASSION DU SEIGNEUR

SAMEDI SAINT

7h30 Laudes
10h30Conférence (Paul Scolas)
18h30 Moment de prière silen­cieuse

DIMANCHE DE PÂQUES

05h00
VIGILE PASCALE
sui­vie d’un petit déjeu­ner à la salle Jacques Dupont

11h00 EUCHARISTIE
18h30 Vêpres

LUNDI DE PÂQUES

8h00 Laudes
12h15 Eucharistie

MARDI DE PÂQUES

7h30 Laudes

Éclat de Pâques

J’ai pré­pa­ré cette homé­lie du jour de Pâques dans l’accablement des atten­tats en me deman­dant quelle Pâque nous allions vivre.

Et je me suis sou­ve­nu des Pâques de mon enfance pen­dant la guerre, des Pâques de ma jeu­nesse pen­dant la guerre d’Algérie. Rien ne nous a jamais empê­chés de fêter Pâques et de renou­ve­ler notre foi en la Résurrection de Jésus. Mais nous n’avons jamais non plus célé­bré la Résurrection sans faire mémoire de la mort de Jésus sur la croix. Regardons cette croix devant nous : la grande ver­ti­cale du corps de Jésus de la terre au ciel, de l’humanité à Dieu, et les grands bras ouverts pour ras­sem­bler tous les hommes. Fêter Pâques, c’est plan­ter encore cette croix au cœur du monde et croire encore que la vie de Jésus est vic­to­rieuse de la mort, de toute mort, de toutes les morts.

Il n’y a pas si long­temps, on disait et on écri­vait que les reli­gions s’affaissaient de plus en plus dans une socié­té sécu­la­ri­sée. On s’employait même à cette dis­pa­ri­tion pro­gram­mée en tra­quant tous les signes et les sym­boles qui les rap­pe­laient encore : plus de crèches à Noël, pas de signes osten­ta­toires d’appartenance reli­gieuse dans les lieux publics. Mais les reli­gions sont reve­nues en force, et de la plus mau­vaise manière : affir­ma­tions iden­ti­taires, cris­pa­tions inté­gristes, relents fon­da­men­ta­listes. Et donc les reli­gions font peur à nou­veau. Elles sont accu­sées d’être les sources de toutes les vio­lences.

Allons-nous donc fêter Pâques non seule­ment dans la peur mais en plus dans la fri­lo­si­té, en osant à peine chan­ter nos allé­luias ? Comment pourrions-nous empê­cher Pâques d’éclater encore dans la lumière du prin­temps ? Le Ressuscité est là pré­sent au cœur de nos com­mu­nau­tés, dans la dou­ceur et la paix. Il n’a pas fait vio­lence, il a subi la vio­lence. Il n’a pas mani­fes­té sa résur­rec­tion sur le par­vis du temple mais à quelques amis qui ont dû d’abord croire devant le vide du tom­beau. Et à par­tir de ceux-là, la foi en sa pré­sence silen­cieuse s’est trans­mise jusqu’à nous. Ce n’est pas une foi aisée, parce qu’au moment même où nous disons qu’il est res­sus­ci­té dans sa chair, nous n’avons aucun contact sen­sible avec lui. Nous le guet­tons en tour­nant les pages de nos évan­giles et en contem­plant les visages de nos frères puisqu’il nous a dit que c’est là qu’il était, et d’abord chez les plus pauvres et les plus petits. Mais quel bon­heur alors de nous regar­der les uns les autres pour le dévi­sa­ger.

Et j’ai vrai­ment envie de dire : Quel bon­heur d’être chré­tiens. Nous ne sommes pas supé­rieurs aux autres, nous res­pec­tons les autres croyances et les incroyances, et nous culti­vons les ren­contres et le dia­logue. Mais nous avons bien le droit d’être fiers d’être dis­ciples de Jésus avec la res­pon­sa­bi­li­té de témoi­gner de son Évangile, de tout l’Évangile, dans la misé­ri­corde et dans l’exigence, dans la dou­ceur et la vigueur, dans la vigi­lance et la confiance. Dans un monde que la peur des autres pousse aux replis et aux méfiances, nous sommes les humbles por­teurs d’un mes­sage d’amour et de paix. Nous nous sou­ve­nons de la parole de Jésus dans la tem­pête : « C’est moi, n’ayez pas peur ! » Et nous accueillons aujourd’hui dans la joie la salu­ta­tion du Ressuscité aux dis­ciples : « La paix soit avec vous ! »

Nous ne sommes pour­tant ni naïfs ni incons­cients. Nous savons bien que cette Pâque ne balaie pas les désordres et les tour­ments du monde. Nous savons seule­ment, et nous croyons qu’il n’y a pas d’autre issue pour le monde que l’amour. Nous croyons que Dieu aime le monde, il l’a tel­le­ment aimé qu’il lui a don­né son Fils unique, et son amour sera plus fort que tout le mal du monde.

Chrétiens de Pâques, com­ment regardons-nous le monde ? Avec une infi­nie com­pas­sion en pen­sant aux peuples du Moyen-Orient et aux flots de réfu­giés. Avec aus­si une adhé­sion renou­ve­lée aux grandes valeurs qui ont fait l’Europe et qui risquent aujourd’hui d’être bafouées. Avec la téna­ci­té têtue de l’espérance que l’Esprit tient vive en nous. Emmanuel Mounier par­lait d’optimisme tra­gique. Le chré­tien de Pâques se tient debout dans le monde. Il regarde en avant, se sou­ve­nant de la parole de Jésus res­sus­ci­té : « Je vous pré­cède. »

Il nous pré­cède, et en même temps il envoyait les dis­ciples en avant de lui. C’est encore sa der­nière parole de Ressuscité : « Allez ! Je vous envoie ! » Et c’est à l’exacte mesure de notre envoi, de nos mis­sions, que nous éprou­ve­rons sa pré­sence vivante. Nous avons vécu le carême comme une bonne retraite d’intériorité et de soli­da­ri­té. Vivons ce beau temps pas­cal au vent du monde, la joie au cœur, même cachée dans nos épreuves, parce que le Christ est là, hier, aujourd’hui et demain.

Fr. Bernard

Illu : La Résurrection. Chora Church / Museum, Istanbul, fresque de l’Anastasis.

Aurore Pascale

Frères et sœurs bien-aimés,

L’aurore de ce matin de Pâques nous découvre le mys­tère de la mort de Jésus, de sa des­cente aux Enfers et de sa Résurrection. Un matin nou­veau se lève qui éclaire dou­ce­ment l’obscurité qui s’était éten­due sur la terre au moment où Jésus remet son Esprit à son Père et s’était écrié : « Tout est accom­pli ».

Déjà Homère chan­tait l’aurore aux doigts de rose et l’Egypte pha­rao­nique célé­brait la déesse de la nuit étoi­lée, qui avait rete­nu cachée la pré­sence du soleil et qui l’avait ren­due le matin, lorsque l’aurore annon­çait une espé­rance nou­velle. C’est aux pre­mières lueurs du matin, le pre­mier jour de la semaine, que les femmes apportent les aro­mates qu’elles avaient pré­pa­rées et trouvent la pierre rou­lée devant le tom­beau. Le mys­tère est là entier.

Le fr. Grégoire a chan­té l’Exultet pas­cal : « En cette nuit, le Christ, ayant rom­pu les chaînes de la mort (Act. 2.24), est remon­té vic­to­rieux des Enfers. Ô nuit bien­heu­reuse qui seule a pu connaître le temps et l’heure en les­quels le Christ est res­sus­ci­té des Enfers ».

Job, dans sa souf­france, s’exclame : « Que se voilent les étoiles de son aube, qu’elles ne voient point s’ouvrir les pau­pières de l’aurore » Job 3. 9. Dieu lui répon­dra plus tard : « Job, as-tu, une fois dans ta vie, com­man­dé au matin ? assi­gné l’aurore à son poste » ? Job 38. 12. Oui, l’aurore marque un tour­nant et la fin d’un long com­bat. Le patriarche Jacob se bat corps à corps avec Dieu toute la nuit jusqu’au lever de l’aurore et Dieu lui dit : « lâche-moi ; l’aurore est levée » Gen.32. 25. C’est alors que Dieu bénit Jacob et lui don­na le nom nou­veau, Israël. Moïse est atti­ré par Dieu près du buis­son de feu où Il lui déclare son Nom : « Je suis celui qui suis ; j’ai vu la misère de mon peuple. Tu le libé­re­ras de ce pays et le condui­ras à tra­vers le désert ».

Durant cette tra­ver­sée du désert, une colonne de nuée leur indi­quait la route le jour et une nuée lumi­neuse la nuit. Ex 13. 21–22. C’est aus­si de bon matin que Moïse, seul sur la mon­tagne, reçoit les tables de la Loi ins­crites sur la pierre. Ce matin de Pâques, la pierre est rou­lée, le lieu est vide, le res­sus­ci­té est ailleurs.

Pareil au soleil qui se cache la nuit, Pâques est ce temps de pas­sage, celui de l’obscurité qui a enva­hi le ciel le Vendredi Saint. Jésus s’est enfon­cé jusqu’aux enfers le Samedi Saint et resur­git à l’aube de ce jour por­tant sur lui les stig­mates de la Passion. Cette ligne lumi­neuse à l’horizon, annon­çant la Résurrection du Christ, est signe de l’immense souf­france des hommes qui débouche sur une nou­velle espé­rance : « Vraie Lumière, celle qui jaillit de la Nuit ; et vraie Nuit, celle d’où jaillit la Lumière » écrit François Cheng.

L’Orient chré­tien exprime ce Passage en des termes inou­bliables que je reprends à mon tour. La terre a trem­blé le Vendredi Saint, l’obscurité s’est éten­due sur le monde, parce que Dieu s’est endor­mi dans la chair et qu’il est allé réveiller ceux qui dor­maient depuis des siècles.

Il va visi­ter ceux et celles qui sont assis dans les ténèbres et à l’ombre de la mort. Le Seigneur Jésus entra dans les Enfers, tenant les armes vic­to­rieuses de la Croix, de la Passion qu’il a tra­ver­sée pour nous. Lorsque le pre­mier Père, Adam, le vit, plein de stu­peur, il se frap­pa la poi­trine et cria aux autres : « Mon Seigneur soit avec vous » et le Christ répon­dit à Adam : « Et avec ton Esprit ». Et lui ayant sai­si la main, il dit : « Eveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts et le Christ t’illuminera ». Et il ajou­ta à tous : « Levez-vous, soyez illu­mi­nés. Je ne vous ai pas créés pour demeu­rer ici, enchaî­nés dans les Enfers. Levez-vous, œuvres de mes mains, créées à mon image. Partons d’ici. Car vous êtes en moi et moi en vous ».

Mes sœurs, mes frères bien-aimés, voi­là l’aurore pas­cale, voi­là l’espérance nou­velle dont nous sommes les témoins. Aux pre­mières lueurs du matin, le pre­mier jour de la semaine, les femmes apportent les aro­mates qu’elles avaient pré­pa­rées et trouvent la pierre rou­lée. Le Cantique des can­tiques pose la ques­tion : « Qui est celle qui sur­git comme l’aurore ? » Saint Jean y répond dans l’Apocalypse : « C’est le peuple des croyants, la fian­cée de Dieu, qui des­cend, parée comme une épouse pour son époux ».

Pâques est à la fois l’aurore et le plein éclat du soleil. L’éclat du Christ res­sus­ci­té qui appa­raî­tra à Marie-Madeleine dans le matin de Pâques, aux dis­ciples enfer­més dans la crainte, aux dis­ciples d’Emmaüs sur la route. Il demeure pour nous l’aurore du ciel à venir, d’une terre nou­velle et il nous demande d’œuvrer à ce monde nou­veau.

Guetteurs de l’aube, les moines ne cessent de chan­ter : « Eveille-toi, harpe, cithare, que j’éveille l’aurore » Ps 57. 9 ; 108. 3. « Mon âme attend le Seigneur plus qu’un veilleur n’attend l’aurore » Ps. 130. 6.

Si l’Esprit de Dieu lui-même nous accom­pagne dans notre marche, comme il a éclai­ré le peuple qui mar­chait dans le désert, nuée lumi­neuse le jour, colonne de feu la nuit, il nous rap­pelle sa pré­sence tout au long de la vie des hommes. La vie et la mort de Jésus nous tournent vers la Pâque défi­ni­tive. L’aurore de la Pâque 2016 est là. Nos cœurs sont dans la joie. Une joie qui tra­verse les dou­leurs du monde et les nôtres. Une dou­leur qui rejoint celle du Christ pas­cal. Une joie vécue de l’attente de la Pâque défi­ni­tive où Jésus-Christ, Soleil de nos vies, nous réuni­ra toutes et tous, vivants et morts, dans son Royaume de dou­ceur, de paix, de com­mu­nion.

Fr. Martin

Illustration : Roma, Basilica di San Paolo fuo­ri le Mura. (Candelabro pas­quale, XIII sec. Dettaglio : Cristo esce dal sepol­cro. Détail : Le Christ sort du sépulcre. Detail : Christ comes out of the tomb).