Archives par mot-clé : prière

Rainer Maria Rilke : sur la prière

La prière est un rayon­ne­ment de notre être sou­dai­ne­ment incen­dié, c’est une direc­tion infi­nie et sans but, c’est un paral­lé­lisme bru­tal de nos aspi­ra­tions qui tra­versent l’u­ni­vers sans abou­tir nulle part. Oh que je me sais ce matin loin de ces avares qui, avant de prier, demandent si Dieu existe. S’il n’est plus ou pas encore : qu’im­porte. Ce sera ma prière qui le fera car elle est toute créa­tion telle qu’elle s’é­lance vers les cieux. Et si le Dieu qu’elle pro­jette hors de soi ne per­siste point : tant mieux : on le fera de nou­veau, et il sera moins usé dans l’é­ter­ni­té.”

Rainer Maria Rilke

Homélie du 17e T.O. ©, Luc 11, 1–13

24 juillet 2016

Homélie du 17e T.O. ©, Luc 11, 1–13,

Nous savons bien qu’il existe de nom­breuses formes de prière : la prière de louange, la prière d’action de grâces, ou de confes­sion de foi, ou de pro­tes­ta­tion, ou encore, de souf­france, ou d’interrogation, ou de repen­tir, et encore et encore, bref. Et il y a la prière la plus simple, la prière de demande. Et c’est cette prière dont il s’agit dans les 13 ver­sets du ch.11 de S. Luc que nous venons de réen­tendre, dans une lec­ture inha­bi­tuel­le­ment longue lors d’une messe domi­ni­cale. C’est donc un peu décon­cer­tant que cette prière de demande, appa­rem­ment la plus simple, exige un com­men­taire aus­si long.

Mais, en fait, c’est tout à fait nor­mal, parce que la prière de demande attend une réponse, l’espère, l’exige même, tan­dis que les autres prières n’attendent rien en retour. Ce sont des prières, appelons-les, gra­tuites. Nous louons Dieu parce que nous savons pour­quoi ; éga­le­ment lorsque nous lui ren­dons grâce. Et nous chan­tons notre Foi sans y mettre des bémols. Et lorsque nous pro­tes­tons ou crions notre souf­france et nos inter­ro­ga­tions, nous n’attendons même pas des réponses toutes faites à notre désar­roi. Par contre, la prière de demande, répu­tée la plus simple, est la plus dif­fi­cile à pra­ti­quer, parce qu’elle est habi­tée ins­tinc­ti­ve­ment par l’espoir d’une réponse, et d’une réponse idéa­le­ment adap­tée à nos sou­haits.

Cette concep­tion de la prière de demande a fait et conti­nue à faire bien des dégâts chez des per­sonnes pro­fon­dé­ment croyantes au départ, et qui, usées par des demandes inlas­sables et jamais exau­cées, perdent leur confiance en Dieu et perdent leur Foi bap­tis­male en Jésus Christ. Je vais insis­ter, parce que ma longue expé­rience pas­to­rale me per­met et me dicte de vous mettre en confi­dence. J’ai connu et je connais encore des per­sonnes chré­tiennes que je viens d’évoquer, ayant per­du leur confiance en Dieu — en tous cas au Dieu qu’elles ima­gi­naient -, qui cherchent un refuge dans leur déso­la­tion. Par exemple et d’abord chez les car­to­man­ciennes (ne pen­sez pas que leurs clients sont uni­que­ment des femmes), qui finissent par faire croire à leurs clients que ce qu’ils vivent ou vont vivre sans délai cor­res­pond exac­te­ment aux pré­vi­sions des cartes. Leurs clients deviennent de plus en plus paci­fiés de voir que leur sort est bien pris en charge. Ça coûte un peu plus cher qu’un cierge à S. Antoine de Padoue, mais au moins on est sûr des résul­tats. Un autre refuge est celui des sectes évan­gé­liques de gué­ri­son qui, elles aus­si, jouent le désir impa­tient de voir une inter­ven­tion divine concrète. Les dérives sont fré­quentes et les décep­tions par­fois sui­ci­daires, car on en arrive à pen­ser avoir été trom­pé par le pré­di­ca­teur évan­gé­liste, ou s’être soi-même trom­pé sur qui est vrai­ment Dieu.

Nous en arri­vons aus­si à consta­ter que la prière de demande, esti­mée géné­ra­le­ment comme la prière la plus simple, appa­raît en fait comme la prière qui exige la plus pro­fonde conver­sion de notre esprit et même de vivre notre rela­tion de Foi au Dieu de Jésus Christ. C’est d’ailleurs frap­pant de consta­ter à quel pont Jésus pri­vi­lé­gie son ensei­gne­ment sur cette prière par­mi toutes les autres. Au sou­hait des apôtres « Seigneur, apprends-nous à prier », on aurait pu s’attendre à ce que Jésus leur apprenne à glo­ri­fier Dieu, à lui rendre grâce, à l’interpeller dans nos détresses, à lui avouer sans honte nos folles pré­ten­tions. Et bien non. Jésus leur apprend la prière de demande. Et il le fait avec une conci­sion par­faite (en 4 ver­sets) dans l’admirable prière du « Notre Père » qui se déve­loppe sur deux demandes qui nous situent exac­te­ment devant Dieu, devant le vrai Dieu. Un Dieu tel­le­ment vrai, une Divinité qui sonne tel­le­ment juste, qu’il est arri­vé plu­sieurs fois, dans des ren­contres de large œcu­mé­nisme que, aux chré­tiens ont asso­cié leurs voix les Juifs, les Musulmans, les reli­gieux boud­dhistes, indouistes, et même des croyants des reli­gions pri­mi­tives, dans une réci­ta­tion una­nime de la prière du Notre Père.

Quel est donc le génie de cette prière de demande qui semble l’emporter sur toutes les autres formes de prière ? Tout d’abord, elle est brève et d’une pudeur spi­ri­tuelle par­faite. Elle ne demande rien en notre faveur, mais en faveur de Dieu, de son Règne, mieux que des demandes inté­res­sées, ce sont des sou­haits dés­in­té­res­sés.
Ton Nom, ô Dieu, qu’il soit sanc­ti­fié, c’est-à-dire hono­ré, recon­nu, sur la terre, comme il l’est déjà dans le ciel des anges et des élus. Ton Règne, ô Dieu, qu’il arrive sur la terre comme il est déjà éta­bli dans le ciel de ta demeure éter­nelle. Et, selon l’évangile de Matthieu :
Ta volon­té, ô Dieu, qu’elle soit accueillie sur la terre, comme elle l’est déjà au cœur de ta Trinité, depuis tou­jours, comme elle fut révé­lée à S.Paul : « Béni soit Dieu, le Père de Notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis de toute béné­dic­tion spi­ri­tuelle dans les cieux en Christ : il nous a choi­sis en lui avant la créa­tion du monde pour que nous soyons saints sous son regard dans l’amour ». Cette révé­la­tion est épous­tou­flante et est en train de se réa­li­ser. Quand et com­ment, ce n’est pas de notre pou­voir : il faut lais­ser Dieu faire son ouvrage, dans le monde et en chacun(e) de nous, même à notre insu.
A notre insu certes, mais pas tout à fait. Et c’est alors qu’intervient la seconde par­tie de la prière du Notre Père, où nous sommes alors per­son­nel­le­ment impli­qués. Elle dis­tingue trois demandes. « Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour ». Ce qui est impor­tant dans cette demande c’est « pour chaque jour », car ici inter­vient notre manière de nous situer dans cette demande : le pain selon notre besoin jour­na­lier, et pas plus. Cette pré­ci­sion fait allu­sion aux Hébreux qui, dans le désert, ne pou­vaient ramas­ser de la manne quo­ti­dienne que la quan­ti­té pour la jour­née. Ce que cer­tains déro­baient en plus moi­sis­sait sous leur tente durant la nuit. C’est donc, de notre part, un enga­ge­ment à nous conten­ter de ce qui suf­fit pour vivre sim­ple­ment, en per­met­tant ain­si à tous d’avoir au moins le mini­mum vital.

La 2e demande nous implique éga­le­ment. Pas ques­tion de deman­der « le par­don de nos péchés » si nous ne par­don­nons pas à autrui. C’est la clef de la paix, du bon­heur et de l’unité fra­ter­nelle du genre humain qui com­mencent dans notre mai­son, notre rue, notre tra­vail, notre com­mu­nau­té.

Et la 3e demande : « Ne nous laisse pas entrer en ten­ta­tion » pré­cise bien que ce n’est pas Dieu qui nous envoie les ten­ta­tions — car, dans ce domaine, le diable est plus fort que lui pour nous sug­gé­rer tous les fan­tasmes de l’argent, de la sen­sua­li­té débri­dée et du pou­voir oppres­sant sur nos sem­blables, les trois ten­ta­tions de Jésus au désert — mais Dieu nous envoie la force de ne pas entrer dans le jeu du diable. Là, Dieu est le plus fort, et cette force, nous pou­vons l’acquérir par les ver­tus spi­ri­tuelles du désert : la faim de la Parole divine, la prière, et la rete­nue dans tous nos appé­tits.
Bref, et voi­là que tout a été dit sur la prière de demande véri­ta­ble­ment chré­tienne.

Et cette prière dite avec hon­nê­te­té, nous pou­vons être sûrs qu’elle est tou­jours exau­cée de la part de notre Dieu, ce Père qui ne donne pas un ser­pent à ses enfants qui lui demandent un pois­son, car il sait ce qui est bon pour eux.
Ainsi : c’est à Lui qu’appartiennent le Règne, la puis­sance et la gloire pour les siècles des siècles. Amen.

fr. Dieudonné

Peinture : La prière au jar­din des oli­viers, Giovanni Bellini

Billets apparentés

Messe de funé­railles du Père Dieudonné (Homélie)… Vendredi 27 octobre 2017 Messe de funé­railles du Père Dieudonné​Le cœur du moine, de tout chré­tien, est sans repos tant qu’il ne demeure en Die…
26e dimanche du temps ordi­naire. Homélie du 1er octobre 2017 26e dimanche du temps ordi­naire. Nous pour­sui­vons len­te­ment mais sûre­ment notre par­cours dans l’Evangile selon saint Mat…
21è dimanche T.O. 2017 année A 27 aout 2017 21è dimanche TO (A) 2017 (Mt 16, 13–20) Pour vous, nous demande Jésus, qui suis-je ? Ce n’est pas moi qui ai choi­si cette ques­tion, …

Prière universelle : 5ème dimanche de Carême

Prière uni­ver­selle :

1. Il y a ceux et celles qui mènent une vie déré­glée,
et qui vou­draient domp­ter leurs ser­vi­tudes.
Seigneur, apprends-leur la sagesse de l’esprit et du corps.
Et ceux et celles qui sont sub­mer­gés de honte,
et qui aime­raient être cou­verts de tendre res­pect.
Seigneur, pose sur eux la pure­té de ton regard.

2. Il y a ceux et celles qui sont encer­clés dans le juge­ment d’autrui,
et qui vou­draient être libé­rés de la peur.
Seigneur, introduis-les dans le cercle de ta paix.
Et ceux et celles dont la mai­son est froide de soli­tude.
Seigneur, entre chez eux et ranime les braises du foyer.
3. Il y a ceux et celles qui sont fiers de leur vie hon­nête,
et dont la pro­bi­té les pousse à mépri­ser les délin­quants.
Seigneur, conduis-les à la clair­voyance de leurs péchés.
Et il y a ceux et celles dont la pro­fes­sion
est de faire res­pec­ter les lois de la vie sociale.
Seigneur, aide-les à mani­fes­ter la pro­messe du Psaume :
Amour et Vérité se ren­contrent,
jus­tice et Paix s’embrassent.

4. Il y a toutes celles, les innom­brables femmes de par le monde,
qui subissent, de la part des hommes,
les châ­ti­ments les plus vio­lents et publics
pour des fautes de leur vie per­son­nelles.
Seigneur, parviendras-tu à sug­gé­rer à ces bour­reaux
qu’aucune noble reli­gion ne per­met cette bar­ba­rie ?
Et pour ter­mi­ner, veuille, Seigneur, accueillir
l’audace de notre lita­nie d’intercession
en faveur de ceux et celles qui ont le plus besoin de ta misé­ri­corde :
les déshé­ri­tés et les pusil­la­nimes,
les faibles et les petits, les aban­don­nés, les mépri­sés,
les acca­blés, les abat­tus, les reje­tés, les per­dus,
les adeptes de tes Béatitudes,
et, si tu le per­mets, nous aus­si,
tous et toutes, princes et prin­cesses de ton Royaume.

fr. Dieudonné

Billets apparentés

Sainte Trinité 2019 Dimanche 16 JUIN 2019 Sainte Trinité ( C ) Nous avons un Grand-Prêtre, le Christ, le Fils du Père des cieux qui inter­cède auprès de Lui, tan­dis qu…
Pentecôte Dimanche 9 juin 2019 Pentecôte Bénissons notre Dieu, Créateur de l’univers, pour l’Esprit Saint qui sus­cite, main­tient, et inten­si­fie la vie sur n…
2è dimanche de Pâques (B) 28 avril 2019 2è dimanche de Pâques (B) Seigneur Jésus res­sus­ci­té, nous avons déver­rouillé nos portes, nous n’avons plus peur, car tu es ici au …