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Toussaint 2017

Mercredi 1er novembre

Toussaint 2017

Introduction

« Par leur intercession à tous, et par celle de tous les grands saints qui nous ont précédés, demandons au Seigneur qu’il convertisse plus profondément nos cœurs, nos mentalités et nos énergies, pour les conformer à sa volonté de bienveillance pour tous les humains »

La Toussaint n’est pas d’abord une fête pour réca­pi­tu­ler en une fois tous les saints du calen­drier. Je crois même qu’aujourd’hui nous fêtons sur­tout les saints qui ne sont pas men­tion­nés au calen­drier, mais que nous connais­sons et qui nous ins­pirent, nous invitent à mieux aimer Dieu. Vous savez que pour être cano­ni­sé, il faut tout une pro­cé­dure, un tri­bu­nal au Vatican, avec un pro­mo­teur de la cause du can­di­dat, et même un avo­cat du diable qui évoque toutes les rai­sons qu’on aurait de ne pas le décla­rer saint. Il faut un miracle obte­nu par l’intercession du can­di­dat. Qui peut pas­ser toutes ces épreuves ? Or nous connais­sons tous des per­sonnes, déjà décé­dées ou encore vivantes par­mi nous et qui rayonnent la joie de l’Évangile. Elles ne font pas de miracles, mais leur sou­ve­nir, leur pré­sence sont une béné­dic­tion pour nous et un appel. Aujourd’hui nous ren­dons grâce à Dieu pour elles. Lire la suite →

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Homélie de la Toussaint

Je ne sais pas com­ment vous êtes, mais je sais que moi, je ne suis pas très à l’aise avec cette pro­ces­sion de 144.000 élus qu’on vient d’apercevoir dans le livre de l’Apocalypse.
Pas très à l’aise avec cette foule immense, en robes blanches et por­tant des palmes à la main… Pas très à l’aise avec « les vain­queurs entrés dans la lumière », les « élus dans la gloire », « écla­tant de puis­sance » comme on le chan­tait ce matin dans les antiennes des psaumes. Cela res­semble à ces grandes mani­fes­ta­tions que peuvent orga­ni­ser les par­tis poli­tiques, les syn­di­cats ou même l’Eglise à cer­taines heures. Où cha­cun est noyé dans la masse…
Non, je ne suis pas à l’aise avec tout cela. Oh bien sur, c’est un style, une façon de par­ler. Oh bien sur, ces images sont mar­quées par une époque. Mais bon, quand même, je ne suis pas à l’aise avec ces images là, d’une foule mar­chant au pas…

La sain­te­té, puisqu’il faut en par­ler aujourd’hui, me semble être plu­tôt de l’ordre d’un art plu­tôt que d’une conquête, d’un style de vie auquel cha­cun peut s’exercer bien hum­ble­ment, plu­tôt que d’une marche au pas…

J’ai envie ce matin de vous par­ler de la sain­te­té en terme de musique. Et même ce matin, de ne faire qu’une « demi homé­lie ». L’autre moi­tié, vous l’aurez same­di soir, lors du concert que nous orga­ni­sons ici et auquel vous serez sans doute. Il faut que vous y soyez. Ce matin, je parle. Et same­di soir, vous expé­ri­men­te­rez…

La pre­mière chose c’est que, avant le concert, il y a la musique. La musique pré­existe tou­jours au concert. Avant toute chose, avant même que nous exis­tions, avant même que nous le connais­sions, avant même que nous vivions de lui, il y a, comme une musique, l’amour du Père ; cette musique uni­ver­selle de l’amour dans laquelle nous sommes immer­gés depuis la fon­da­tion du monde…
Il faut ici entendre cette pre­mière lettre magni­fique de St Jean : “Voyez quel grand amour nous a don­né le Père. Dieu est lumière ; en lui il n’y a pas de ténèbres… Lui le pre­mier nous a aimés…”
Il faut d’abord entendre ça. Fermer les yeux et nous lais­ser sai­sir par cette réa­li­té pre­mière de la musique uni­ver­selle de l’amour… La sain­te­té com­mence par là. Par un enten­de­ment, au fond du fond de soi, de la musique uni­ver­selle de l’amour… Pas de sain­te­té pos­sible sans cela.

Une musique de l’amour qui est tou­jours contem­po­raine. Rien de tré­pas­sé chez Dieu. Rien de fini. Rien de conser­vé. Sa sym­pho­nie est pour tou­jours inache­vée. Rien de fixé défi­ni­ti­ve­ment, sauf la misé­ri­corde comme une basse conti­nue. L’amour dont nous aime le Père, cet amour mani­fes­té dans l’évangile en la per­sonne de Jésus, est tou­jours un amour vécu — et à vivre — au temps pré­sent, une ten­dresse pour l’homme à déployer au gré des cir­cons­tances de la vie et de nos vies.

Un amour invi­tant à des départs tou­jours nou­veaux, et pour des tra­ver­sées tou­jours nou­velles. Car Dieu connaît bien l’homme. Il est tou­jours recom­men­çant au cœur des humains. Amour tou­jours recom­men­cé. Toujours nou­veau et inédit. Une musique inédite qui se joue dans la diver­si­té de nos cultures, de nos fai­blesses, de nos gran­deurs.
La sain­te­té à laquelle nous sommes appe­lés n’est pas de l’ordre de la recon­duc­tion, de la répé­ti­tion, ou de la ren­gaine. Il fau­drait vivre comme untel a vécu. Il fau­drait imi­ter, copier, décal­quer ; pla­gier ou repro­duire ce que d’autres ont vécu. Il fau­drait vivre en réfé­rence à un pas­sé, à des règles et des cou­tumes, alors qu’il s’agit bien de vivre ici et main­te­nant. Tout l’évangile et toute la vie de l’Eglise semble dire que la musique de Dieu est réso­lu­ment contem­po­raine et qu’il vaut le coup de la gou­ter comme telle.
Et de se lais­ser sur­prendre par des har­mo­niques que nous n’aurions même pas osé ima­gi­ner. Et par des dis­so­nances qui parlent bien de la vraie vie qui est – il faut bien le dire, tou­jours dis­so­nante.

Samedi, vous écou­te­rez… Vous vous lais­se­rez sur­prendre… En vous lais­sant sur­prendre, en écou­tant ce beau concert, vous pen­se­rez à votre vie, à la musique uni­ver­selle de l’amour, tou­jours contem­po­raine, tou­jours sur­pre­nante, tou­jours dérou­tante.

Dieu le pre­mier nous a aimés.
Il y a la musique. Mais il y a aus­si les musi­ciens, les inter­prètes.

La sain­te­té, c’est de jouer tout sim­ple­ment, avec les pauvres ins­tru­ments que sont nos vies et nos talents, l’universelle musique de l’amour. L’apprentissage n’est pas simple… Permettez que je vous lise ce qu’écrivait Madeleine Delbrêl à ce sujet…

Notre grande dou­leur, c’est de vous aimer sans joie,
ô vous que nous « croyons » être notre allé­gresse,
c’est d’être cram­pon­nés sans aisance et sans grâce
à votre volon­té qui nous meut dans nos jours.
Notre grande dou­leur, ô Seigneur,
c’est d’entendre un artiste jouer la musique des hommes
en se lais­sant por­ter par elle sans fatigue,
en ren­con­trant à tra­vers l’acrobatie de l’harmonie
une vague d’amour qui n’a que taille d’homme.
C’est peut‐être de lui qu’il nous fau­drait apprendre à jouer votre amour,
nous pour les­quels cet amour est trop grand, est trop lourd.
J’ai vu un homme qui jouait un chant tzi­gane sur un vio­lon de bois avec des mains de chair.
Dans le vio­lon se ren­con­traient son cœur et la musique.
Ceux qui l’écoutaient n’auraient jamais pu devi­ner que ce chant était dif­fi­cile.
Que long­temps il avait fal­lu suivre des gammes, bri­ser ses doigts,
lais­ser les notes et les sons s’enfoncer dans les fibres de sa mémoire.
Son corps ne bou­geait presque pas, sinon les doigts, sinon les bras.
S’il avait long­temps tra­vaillé pour pos­sé­der la science de la musique,
c’est la musique qui main­te­nant le pos­sé­dait, qui l’animait,
qui pro­je­tait hors de lui‐même comme un enchan­te­ment sonore.
Sous chaque note qu’il jouait on aurait pu retrou­ver une his­toire d’exercices, d’efforts, de lutte. Et chaque note s’enfuyait comme si son rôle était fini
quand elle avait tra­cé, par un son juste, exact, par­fait, le che­min d’une autre note par­faite.
Chaque note durait ce qu’il fal­lait.
Aucune ne par­tait trop vite.
Aucune ne s’attardait.
Elles ser­vaient un souffle imper­cep­tible et tout‐puissant.
J’ai vu de mau­vais artistes contrac­tés sur des mor­ceaux trop dif­fi­ciles.
Leur jeu mon­trait à tous la peine qu’ils pre­naient.
On enten­dait mal la musique tant il fal­lait les regar­der.

Notre grande dou­leur, c’est de jouer sans joie votre belle musique, Seigneur,
vous qui nous mou­vez de jour en jour.
C’est d’en être tou­jours au temps des exer­cices, au temps des efforts dis­gra­cieux.
C’est de pas­ser par­mi les hommes comme des gens char­gés, sérieux et mal­me­nés.
C’est de ne pas étendre sur notre coin de monde
par­mi le tra­vail, la hâte et la fatigue, l’aisance de l’Eternité.

Allez, je vous pro­mets que same­di soir, en contem­plant nos amis musi­ciens jouer une musique contem­po­raine, vous com­pren­drez encore mieux que la sain­te­té, c’est de jouer avec aisance et grâce, et légè­re­té, l’universelle musique de l’amour…
Vous les regar­de­rez. Vous regar­de­rez leurs mains, elles par­le­ront de vos vies.
Vous regar­de­rez aus­si leurs regards qui se croisent, cela vous par­le­ra de l’Eglise.
Vous enten­drez même leurs silences. Vous les regar­de­rez se mou­voir avec légè­re­té, jouer cha­cun sa par­ti­tion en s’accordant à d’autres. Vous regar­de­rez leurs doigts, leur corps, leur art…
Et tout cela vau­dra bien mieux qu’une homé­lie sur la sain­te­té…

Raphaël Buyse

Le texte de Madeleine Delbrêl est tiré du tome 3 des œuvres com­plètes “Humour dans l’amour” page 50

Photograpie : ‘Généalogie’, Clerlande, 1 novembre.

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31è dimanche du Temps Ordinaire — Fête de Toussaint

Matthieu 5, 1–12a – 31e dimanche du Temps Ordinaire — Fête de Toussaint

La fête de Toussaint est une fête pro­vo­ca­trice. En effet, quoi qu’en pense le monde de notre temps, quoi qu’il en dise, quoi que beau­coup s’en mordent les doigts, “l’affaire Jésus a réus­si”.

Voici le peuple immense de ceux qui l’ont cher­ché !
Voici le peuple immense de ceux qui l’ont trou­vé.

*

Au milieu des brouillards de l’automne se lève radieuse, la fête de Toussaint ! Alors que l’année du calen­drier de la terre marche vers sa fient que la nature se dépouille de son éclat pas­sa­ger, l’Eglise, dans la litur­gie du pre­mier novembre, se pare d’une jeu­nesse flam­boyante et éter­nelle : elle relève la tête et, vibrante de joie, fait mon­ter des hymnes d’action de grâce vers la Maître de l’histoire sainte qui, un jour dans l’histoire des hommes s’est rele­vé d’entre les morts.

La fête de Toussaint s’environne par­fois d’une odeur de mort ; en effet, la mémoire des dis­pa­rus, quand nulle espé­rance ne l’éclaire, pré­fi­gure l’épuisement des êtres et des choses.

Pour les croyants par contre, tous ceux et celles qui ont quit­té cette terre et rejoint la Cité céleste consti­tuent un peuple immense de “super vivants”, par­tagent la gloire de Celui qui a dit : “Je suis la résur­rec­tion et la Vie”.

*

Cette auda­cieuse Vision de ce peuple immense des saints nous donne un immense souffle. Ne le rape­tis­sons pas en nous essouf­flant à com­pa­rer l’estimation des orga­ni­sa­teurs à celle de la gen­dar­me­rie.

Qui sont‐ils ces quelques mil­liers d’hommes et de femmes saintes et saints par l’Eglise, qui ont “pignon‐sur‐rue” et sta­tues sur les autels ?
Ce sont de simples dis­ciples du Christ, comme nous, qui, du haut du ciel, nous font un clin d’oeil ami­cal pour nous assu­rer que le com­bat de l’Evangile, semence enfouie dans le sol de la vie ter­restre, pro­duit un fruit d’éternité.

L’Eglise nous les pro­pose en exemple, non pas pour leur pié­té, mais pour sur com­bat. Et ici, on ne compte plus en mil­liers mais en mil­liards les saintes et saints de Dieu. L’Apocalypse — que nous ven­dons de réen­tendre -, rejoint notre ques­tion : “Qui sont‐ils, ces mil­liards de saints ?”

J’ai vu une foule immense, que nul ne peut dénom­brer, une foule de toutes nations, races, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le trône et devant l’Agneau, en vête­ments blancs. L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : “Tous ces gens vêtus de blanc, qui sont‐ils et d’où viennent‐ils ?” Je répon­dis : “C’est toi qui le sais, mon Seigneur”. Il reprit : “Ils viennent de la grande épreuve. Ils ont lavé leurs vête­ments, ils les ont puri­fié dans le sang de l’Agneau”.

A l’époque du livre de l’Apocalypse, le sang dont il est ques­tion fait allu­sion au mar­tyre san­glant des chré­tiens déchi­rés par les bêtes du cirque.

Et depuis lors, d’autres cirques, au propre et au figu­ré, ont mar­ty­ri­sé des chré­tiens, jusqu’à aujourd’hui. Mais à part ces situa­tions plu­tôt excep­tion­nelles, et heu­reu­se­ment, le com­bat évan­gé­lique a été et demeure la grande réserve des saints, réserve d’autant plus immense qu’elle concerne non seule­ment les chré­tiens mais le peuple indé­nom­brable, parce que caché, de tout ceux et celles qui tiennent bon, qui ne se lassent pas de fabri­quer de la dou­ceur, de ma misé­ri­corde, de la jus­tice, de la pure­té, de la paix, avec le maté­riau médiocre et sou­vent même rebelle de la vie quo­ti­dienne. Les Béatitudes évan­gé­liques sont le pain dont ils se nour­rissent et qu’ils par­tagent avec leur pro­chain. “Les gens des rues”, pourrait‐on dire.

Ils sont plus nom­breux qu’on ne croit, eux jus­te­ment que nous célé­brons aujourd’hui glo­ba­le­ment, parce qu’ils ont vécu, vivent tou­jours, cachés, igno­rés, ano­nymes, loin des célé­bri­tés humaines et des cano­ni­sa­tions ecclé­sias­tiques. Ce sont eux qui sau­ve­gardent le sens suprême de la vie humaine, non pas dans leurs biblio­thèques ou dans leurs dis­cours, mais dans le vif de leur réa­li­sa­tion quo­ti­dienne, dans le regard puri­fié qu’ils portent sur le monde, dans le coeur fré­mis­sant avec lequel il res­pectent et accueillent tous les êtres, et Dieu, qui lui même vient à eux.

Dès lors, soeurs et frères, avec har­diesse, je vous sou­haite “bonne fête”, selon l’invitation de Jésus :

Soyez saints comme votre Père des cieux est saint”

et selon sa pro­messe :

Vous pou­vez deve­nir saints, puisque votre Père des cieux est saint, et met sa joie à vous la par­ta­ger”.

La sain­te­té ne se conquiert pas par le force humaine des poi­gnets.
La sain­te­té se reçoit dans la fai­blesse de nos mains ouvertes au Don de dieu.

Fr. Dieudonné

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