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Vigile Pascale

Dimanche 21 avril 2019

Vigile Pascale

Mes sœurs, mes frères,
En cette nuit très sainte nous veillons encore, atten­dant ce matin lumi­neux où l’aurore aux doigts de rose va lever les angoisses de nos vies et confor­ter en nos cœurs l’espérance d’un ciel nou­veau et d’une terre nou­velle. C’est la Lumière du Christ res­sus­ci­té qui va cou­vrir toutes les com­mu­nau­tés chré­tiennes de l’Occident à l’Orient, du Nord au Sud.

La Vérité l’emporte sur les men­songes, l’hypocrisie, les ténèbres. Quelle que soit la manière dont nous avons par­cou­ru la route, le Christ est là à nos côtés et nous a ouvert le Passage, c’est le sens du mot Pâques, la décou­verte d’une vie libé­rée de la mort, mêlée dès ici-bas d’éternité. L’aurore en est le signe, rayons de vie qui trans­forme nos regards et nos cœurs, comme les deux êtres en habit éblouis­sant qui nous annoncent devant le tom­beau vide que le Seigneur Jésus est ailleurs et nous attend.

Lors de sa Transfiguration, il nous est rap­por­té que le visage du Christ devint res­plen­dis­sant comme le soleil et que ses vête­ments étaient éblouis­sants de blan­cheur. Une voix parle du sein de la nuée et nous redit la com­pas­sion du Père pour ce Fils bien-aimé. C’est Dieu, une part de Dieu qui va souf­frir et mou­rir pour que soit révé­lé en plé­ni­tude l’être même de sa gloire, de sa pré­sence forte au sein de l’humanité.

Aux côtés de Moïse et d’Elie, Il nous annon­çait que sa gloire, cette pré­sence si forte et intime, était liée à ce mys­tère de souf­france et de mort. Et déjà l’apôtre Pierre, enthou­siaste, dési­rait dres­ser trois tentes et demeu­rer dans le bon­heur de Celui qui est le che­min, la véri­té, la vie.

L’icône de la Vierge Marie au Patriarcat de Constantinople, dra­pée dans un vête­ment d’un bleu vio­let bor­dé d’or, tra­duit les sen­ti­ments d’une mère trans­cen­dant nos réa­li­tés ter­restres, ser­rant son enfant contre son visage, devi­nant l’avenir. L’enfant, ouvre lar­ge­ment ses bras, ser­rant l’extrémité du voile de Marie, le visage ren­ver­sé vers le ciel, comme une croix. Sur ses épaules un vête­ment bleu, signe de sagesse et de véri­té, est cou­vert d’une d’étoffe dorée qui l’habille des pieds aux épaules, aux plis cha­toyants, pleins de déter­mi­na­tion, expri­mant com­bien la dou­leur et les souf­frances futures sont enve­lop­pées de lumière écla­tante qui sur­git de la terre et va cou­vrir de feuilles d’or l’auréole au rebord rouge de Marie et tout le fond de l’icône. Comment pourrions-nous tra­duire par des mots ce mys­tère du tom­beau vide, ce mys­tère de pré­sence de Marie à son Fils, cette lumière d’espérance qui jaillit des corps et des vête­ments ?

Sans doute, les doigts de rose de l’aurore pas­cale nous suggèrent-ils des sen­ti­ments et des pen­sées qui nous trans­fi­gurent et nous laissent muets. Déjà le Prophète Isaïe avait expri­mé le mys­tère du Serviteur souf­frant, le der­nier ou le pre­mier des Justes, qui don­nait sa vie non pour son peuple seul, mais pour toute la créa­tion. Au cha­pitre 49, après l’exil, il pro­clame : « Ecoutez-moi, îles loin­taines (toute l’humanité). Soyez atten­tifs ! J’étais encore dans le sein mater­nel quand le Seigneur m’a appe­lé ; j’étais encore dans les entrailles de ma mère quand Il (Dieu Père) a pro­non­cé mon Nom. Il m’a façon­né dès le sein de ma mère pour que je sois son Serviteur, que je lui ras­semble Israël (son peuple). Et le Père lui répond : « C’est trop peu que tu sois mon Serviteur pour rame­ner les res­ca­pés d’Israël ; je fais de toi la lumière des nations, pour que mon salut par­vienne jusqu’aux extré­mi­tés de la terre ». Is. 49. 1–6.

Entre la fai­blesse de Jésus au jar­din des Oliviers et sa pré­sence rayon­nante au jar­din du matin de Pâques, ce jar­din de la nou­velle créa­tion, il n’y a pas oppo­si­tion, mais indé­chi­rable uni­té, pour ne pas dire amour et com­pas­sion sans limite qui s’inscrivent sur ce Corps de gloire por­tant les stig­mates de la pas­sion. Oui, « mets dans ta main dans mon côté, dit Jésus à Thomas et crois désor­mais »

Il s’était pro­me­né au jar­din des Oliviers, il avait prié son Père d’écarter la coupe de la souf­france qu’il avait bue jusqu’au bout par amour pour nous. Ce matin, dès les pre­miers rayons de lumière, il se pro­mène dans le jar­din de la nou­velle créa­tion et dans une brise légère, il se révèle à Marie-Madeleine, à cha­cune et à cha­cun de nous en pro­non­çant notre nom secret et en nous invi­tant à le retrou­ver en Galilée. C’est une nou­velle route à déchif­frer pour cha­cune et cha­cun de nous, tan­tôt obs­cure tan­tôt lumi­neuse, qui appelle dans la clar­té du Christ à d’infinis com­men­ce­ments. Nos souf­frances pré­sentes, nos joies pré­sentes sont déjà les pré­mices du Royaume et ce qu’Isaïe décri­vait du Serviteur dont le visage n’avait plus d’éclat tant il avait souf­fert, devient celui du Maître de nos vies, doux et humble de cœur, assis à la droite du Père.

Qu’Il nous donne de pres­sen­tir la beau­té et la gloire de son Visage, de nous lais­ser habi­ter par le bon­heur de sa pré­sence. Que cette joie rayonne dans nos vies de tous les jours.

fr. Martin