Notre chapelle de Clerlande.

Mise en service à Noël 1981, notre chapelle fut consacrée dans sa mission de chapelle et d’oratoire le 28 février 1982 par le Cardinal Danneels.

Une chapelle n’est pas une salle polyvalente. Elle n’est pas un bâtiment utilitaire, inanimé ni un complément de corridor sans vie, sans âme. « L’oratoire sera ce que signifie son nom. » La chapelle est la dîme prélevée sur l’ensemble des biens du monastère : dîme par laquelle le monastère reconnaît que tour est don de Dieu et que lui seul est maître de tout. La chapelle a été donnée à Dieu : elle lui appartient. Respecter la chapelle comme étant un lieu de présence et de rencontre est un acte de foi bien concret. « Il a habité parmi nous. » Dans son agencement, tout doit aider à exprimer cette présence et aider le visiteur à une démarche intérieure de rencontre.

1. à partir du parking.

Voitures, groupes de visiteurs, mouvements bruyants : c’est le « monde » et son rythme. Et là, à l’écart dans le bois, la chapelle avec son grand œil ouvert sur le monde et sur le ciel. A l’écart signifie « sacrée », elle est mise à part, elle ne nous appartient pas : elle est sa demeure.

Aller à la chapelle, c’est donc passer de notre monde à sa demeure. C’est parcourir un chemin, un pèlerinage (en flamand : bedevaart : une marche en prière). Un pèlerinage du quotidien à l’essentiel, de la périphérie au centre. Cette démarche intérieure suppose temps et espace. Le chemin dallé nous fait faire un détour qui nous donnera ce temps et cet espace. Et, pcq il est étroit, il oblige à marcher au plus à deux de front, en procession : ce qui favorise un certain silence. Le rythme du pèlerin a besoin de temps et de calme : de silence.

2. Les cloches.

Une cloche d’église n’est pas une horloge parlante : elle ne donne pas seulement l’heure exacte comme le fait Big Ben à Londres. La cloche paroissiale invite, convoque, rassemble : ecclesia en grec : faire Église. Elle annonce à qui veut l’entendre, qu’une célébration liturgique se prépare : eucharistie, baptême, profession de foi, mariage, funérailles. « Venez à moi, vous tous qui ployez et peinez ! » Elle est une porte-parole officielle de Dieu qui invite : « Vox Dei ». C’est pour pouvoir assurer dignement cette mission liturgique, que les cloches sont baptisées selon le même rituel que tous les enfants du Seigneur, rituel qui comprend la consécration avec le Saint Chrême, l’eau baptismale, la robe blanche et même la remise du nom et l’assistance de marraine ou de parrain.

3. Le corridor.

Le plafond du corridor est fort bas. C’est une première invitation à baisser le volume des voix et à entrer dans un certain recueillement : se concentrer, aller vers son centre.

La chapelle n’est pas un musée qui se visite des yeux : on y entre, corps et esprit, totalement.

4. L’entrée sous la mezzanine.

Passé la porte, pénombre et plafond très bas. Ambiance particulière, qui vous prend comme de l’intérieur. Arrivés là, il y a toujours un instant de silence, un moment d’arrêt, d’étonnement.

Passé le goulot processionnel, on se répand dans la chapelle comme le delta du fleuve se répand dans la mer, avec calme et respect. En mer, le rythme est très différent du rythme sur terre. Il y a le rythme calme et régulier (la respiration) des vagues et des marées Ce calme est une forme de silence, qui invite à se laisser porter, et envahir par une vie tout intérieure. Contempler. Contempler la mer, c’est écouter ce que l’infini de l’horizon nous dit au cœur et à l’âme. Entrer à la chapelle est avant tout « écouter ». « Ecoute, ô mon fils ! »

5 Dans la chapelle : l’abside.

L’espace, côté chœur, est nettement délimité par le grand mur blanc. L’ouverture sur le renfoncement de l’abside, en permettant au regard de ne pas s’écraser sur le mur, invite le regard à dépasser l’espace délimité de la chapelle.

Le mouvement enveloppant des arrondis de l’abside accueille le regard avec douceur et calme. L’arête très nette de l’arcade affirme que l’espace dans l’abside est un espace distinct et séparé du reste de la chapelle. Séparé et donc sacré, un peu comme le Saint des Saints dans le Temple, mais dont le voile a été déchiré (Mtt. 27, 51).

Bien que le voile soit déchiré, cet espace est réservé à Dieu seul. On n’y circule pas. On n’y dépose rien, fût-ce une icône.

Seules les fleurs. En dessous de la croix, elles sont une décoration. Bien plus, elles représentent toute la création, fruits de la terre, qui monte vers la croix, comme aspirée dans un mouvement d’ascension. Lien qui relie la terre à la croix.

Par leur caractère festif, elles rappellent que la croix est source de Vie.

A côté de l’abside, un peu retirée et toute discrète, Marie, comme une maman regarde attentivement l’assemblée en prière tout en lui offrant son Fils. Notre Dame de Clerlande.

6 L’espace central.

Un tiers de la surface au sol, la partie centrale, et donc la plus belle partie, est vide : pas de chaises. Dieu dit à Moïse : « N’approche pas d’ici, retire les sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sainte ! » (Ex. 3, 5) Le vide de l’espace du centre est en réalité une plénitude de présence. Le sacré de cet espace vide nous porte au-delà de nos sens, face au transcendant. Cette densité de présence exige de notre part :

Le silence de la parole.

Le silence des yeux : sobriété, dépouillement, équilibre : pas d’objet cause de distraction.

Le silence des mouvements : seuls des « mouvements liturgiques ». Ce lieu réservé ne se traverse donc pas en diagonales ou en grandes enjambées. Seul le célébrant et ses acolytes y ont accès pour l’exercice de leur fonction. Au moment de l’entrée et de la sortie des offices, cette «réserve» devrait contribuer à créer le climat nécessaire à la rencontre. Dans cet espace seuls quelques signes parlants qui, sans discours, suggèrent la réalité supérieure de ce lieu : une présence réelle, ou plutôt une réelle présence.

La disposition des chaises est comme un appel à former la communauté, l’assemblée, l’unité centrée autour de la « présence ».

7 . Le tabernacle.

Dès sa conception, le tabernacle a été voulu dans sa forme de colonne blanche.

Cette colonne, et la lampe à ses côtés, veut nous rappeler toute la spiritualité et toute la symbolique de l’Exode : la longue marche d’Israël dans le désert en route vers la Terre Promise, le pays où coulent le lait et le miel. Colonne de nuée et colonne de feu. Sa présence, à la tête de la communauté et de l’assemblée, est pleine de sens, cad pleine de signification comme aussi pleine de direction. Emmanuel, Dieu avec nous. Dieu en marche devant nous. En-dehors de la liturgie des Jeudi et Vendredi Saints, il est inconcevable de lui faire céder la place pour une icône ou pour toute autre activité profane. Profanus : qui est hors du temple, et donc qui est non sacré.

En plus d’être la nourriture quotidienne du peuple en marche, la manne dans le désert était surtout le signe visible de la présence et de la providence constante du Seigneur. De même le tabernacle : il n’est pas qu’un meuble quelconque où l’on dépose la réserve eucharistique.

8. La croix.

Elle est le signe de l’Alliance nouvelle et éternelle.

« Dieu a tellement aimé le monde qu’il y a envoyé son Fils unique afin que le monde vive. »

« Comme Moïse éleva le serpent dans le désert, ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’Homme afin que quiconque croit ait –par lui- la Vie éternelle. »

Jésus est déjà ressuscité.

Les bras ouverts nous invitent et nous accueillent : « Venez à moi ! » Entourés des quatre évangiles, ils nous envoient : « Allez dans le monde entier ! »

Au pied de la croix : Marie. Elle est comme la rencontre du sang sorti du côté de son fils et de la terre, cad de l’humanité. D’où la couleur de sa robe : mélange de terre et de sang.

« Mère, voici ton fils. Fils, voilà ta mère. »

S.André et S.Benoît : les saints patrons de notre monastère.

La main du Père qui descend du ciel et rejoint son Fils.

Au-dessus de la croix, la verrière est comme la réplique du ciel ouvert de la croix. Elle est source de lumière « la lumière qui éclaire le monde. »

9. Le lutrin.

Lieu de la parole et de la proclamation.

« Au commencement était le Verbe. Le Verbe était avec Dieu. Le Verbe était Dieu. Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous. »

« Celui-ci est mon Fils bien-aimé :écoutez-le ! »

« Ma mère et mes frères, ce sont qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »

« Et la parole du Seigneur me fut adressée. »

« Voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Et prenant la parole, il les enseignait. »

Le lecteur est le porte-parole du Seigneur. C’est pourquoi sa place est dans l’abside. Sa parole est donnée à l’assemblée : le lutrin se trouve dans l’espace de l’assemblée, en-dehors de l’abside.

Porte-parole du Seigneur : le lecteur doit disparaître derrière le message proclamé : il n’est pas un acteur qui entre dans un rôle et qui, pour ce faire, fait des effets oratoires ou théâtraux.

10. L’autel.

Il est le centre du grand espace vide. Pas seulement le centre géographique, mais surtout le centre de l’action liturgique, le centre de la présence active.

Sa forme est comme la combinaison de 2 formes différentes. Il est comme la convergence de 2 aspects de la présence active de Dieu :

La stèle : monument mémorial, rappel d’une rencontre importante p.e. avec Jacob. Ici, il est le mémorial de la rencontre avec Dieu dans le mystère de l’Incarnation.

La table : table du sacrifice, table de la dernière cène dans la Chambre Haute.

Par définition comme par destination, il est sacré. Il est donc gênant d’y voir tout objet étranger au culte comme aussi d’y voir des gestes disgracieux, p.e. passer son bras entre les fleurs et les cierges pour y déposer ou prendre un objet.

11. Les 4 colonnes.

Rappel des arbres de la forêt environnante. Aussi les mains ouvertes vers le ciel dans un geste d’offrande et de prières qui « montent comme un encens » et pour recevoir les grâces qui en descendent.

12. Invitation à la prière.

Par l’ordonnance générale et particulière de la chapelle, le grand espace vide au centre acquiert une forte densité de présence, qui nous fait dépasser de loin l’ordinaire de notre vie quotidienne..« Pour entendre la voix du Verbe de Dieu, il faut savoir écouter son silence ! » (Evdokimov)

Yves L. à partir de notes du 16.06.90, complétées à Noël 2006

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