Une homélie de fr. Benoît Standaert
Bienvenue à vous tous, chers amis, sur la hauteur de Clerlande. Nous avançons dans les cinquante jours du Temps pascal, nous sommes au-delà de la quatrième semaine, la semaine centrale, et nous nous approchons à la fois de l'Ascension et de la Pentecôte, du 40e et du 50e jour. Temps d'approfondissement de notre foi pascale qui est foi baptismale. Chaque dimanche nous commençons la célébration en nous laissant asperger par l'eau qui a été bénie dans la nuit pascale, en souvenir de notre propre baptême, c'est-à-dire de notre plongée dans l'eau pour y renaître en Christ et ne plus vivre qu'à Dieu, comme nous l'a enseigné saint Paul. Vivre en Christ et à Dieu. Tout est dit !
Accueillons donc cette grâce et laissons-nous asperger vivement tous ensemble pour ne former qu'un même corps, le corps du Christ qui trouve sa joie à louer Dieu et à rendre grâces infiniment.
Tu es béni, Seigneur, pour ce renouveau de tes créatures par l'eau du baptême. Donnons de vivre d'Esprit saint, en Christ et de n'avoir d'autre but de l'existence que ta louange et ta gloire. Nous te le demandons par le même Christ notre Seigneur. AMEN.
J'ai vu l'eau vive...
Homélie
Chers amis, l'évangile de ce jour est particulièrement riche en paroles fortes de la part du Christ : « Je m'en vais vous préparer une demeure car dans la maison de mon Père il y a plusieurs demeures. Je suis le chemin, je suis la vérité, je suis la vie. Nul ne va au Père si ce n'est en passant par moi. Je suis dans le Père et le Père est en moi ».
Chacune de ces phrases ouvre à un abîme, un trésor infini, une source intarissable de sens variés !
Au milieu de tout cela il y a la question sur les lèvres d'un disciple : « Seigneur, montre-nous le Père. Cela nous suffit ! » Montre-nous le Père. Cela suffit !
Or qu'est-ce que « le Père » que nous voulons voir car il nous manque ? Nous qui sommes une génération déclarée sans père, sans loi, sans principe qui nous oriente clairement dans la vie, sans une voix forte qui dirige nos pas, nos actes, notre manière de gérer notre monde, oui, viens à notre secours : montre-nous le Père ! La voix du Père est la voix de la Loi, de l'orientation juste, la voix du droit et de la justice qui conduit enfin à la paix tant désirée. Oui, nous supplions : viens et fais-nous connaître le Père.
« Montre-nous le Père, cela nous suffit ». Une autre ligne d'interprétation pointe vers le Père en qui nous trouvons le repos, l'hébergement, la protection, l'abri tant désiré ; il est père et mère tout à la fois, celui qui enveloppe son petit dans le manteau de sa miséricorde inépuisable, lui qui pardonne et réconcilie. « Cela nous suffit ».
« Montre-nous le Père ». Serait-ce comme pour Moïse qui au sommet de son expérience prie ultimement: « Montre-moi ta gloire, cela me suffit » ! Montre-nous l'invisible, l'inaccessible, l'impossible que nous désirons tant voir, toucher, saisir, rejoindre, atteindre. Comme Thomas : je veux poser mes mains dans les siennes ! Je veux un vrai contact par-delà l'absence que crée la mort !
Est-ce là la prière qui nous habite aussi ? Le Père qui est Loi, le Père qui est Mère, le Père qui ouvre à un abîme incommensurable, l'au-delà de tout désir, le comble de toutes nos attentes ?
La réponse du Jésus johannique est à la fois déconcertante et révélatrice.
Tu cherches mais en réalité tu l'as déjà vu : car « qui m'a vu, a vu le Père ».
Ne cherche pas ailleurs, découvre la grande présence dès maintenant, en toi, ici même.
Qui m'a vu, a vu le Père : même là où j'ai l'air d'être réduit à rien : mes mains et mes pieds cloués au bois de la croix, mon corps transpercé, toute mon apparence défigurée... Même alors : tout reste vrai : « Qui m'a vu a vu le Père ».
Voir Dieu est impossible. Voir l'homme défiguré est également impossible car insupportable. Qui fixe l'un trouve l'autre, qui s'abîme dans l'abîme de souffrance, de rejet, d'abandon, trouve l'Autre qui accueille et envoie l'Esprit.
Selon certaines représentations du Christ en croix on voit le Père qui se tient derrière Jésus, les bras écartés et dans ses deux mains il porte les extrémités des bras écartés de son Fils. Il se penche de derrière la croix en avant et entre leurs bouches une colombe étend ses ailes. L'une aile touche les lèvres de Jésus, l'autre s'étend jusqu'aux lèvres du Père. Le baiser du Cantique des Cantique - « qu'il me baise du baiser de ses lèvres » - est l'Esprit en personne qui unit les trois personnes en une Trinité. Qui m'a vu dans l'heure de mon trépas, a vu l'amour du Père qui m'élève, qui me glorifie, qui me ressuscite.
Chers amis, la prière de Philippe dérangera sans doute l'un ou l'autre, car elle est impossible : « Montre-nous le Père ». Le Père ne se laisse pas montrer, il est invisible, ne correspond à aucune image. Cette prière est un défi. Poursuivons l'eucharistie en nous rappelant la réponse de Jésus : « Qui m'a vu, a vu le Père ». Regarde bien, vois, mes mains, mes pieds et mon côté transpercés, et découvre l'abîme, considère le pain rompu, fractionné et partagé et lis-y un abîme de bonté illimitée.
Écoutons encore un moment la visionnaire Julian de Norwich : toute jeune elle voulait voir Jésus dans l'heure de son trépas, suspendu à la croix. Elle l'a vu et à un moment donné le Christ lui demande : « Veux-tu me voir ? » et « entrer dans ma plaie, celle dans mon côté ? » Elle acquiesce, et qu'a-t-elle vu ? Une immense salle de fête lumineuse, et une assemblée innombrable, depuis la création d'Adam et Ève jusqu'à la fin du monde. Tous sont là, réunis, dans la joie et la louange...
« Montre-nous l'abîme du Père, cela nous suffit ».
Nous marchons vers une fête encore plus belle que toutes celles du passé. Marchons en nous souvenant ce que certains saints ont contemplé déjà, avant de mourir. Marchons sans tergiverser, résolument, vers l'abîme de bonté qui est tout disposé à nous accueillir dans ses bras qui ne saignent plus mais embrassent et communiquent abri, joie et paix. C'est là notre foi. Amen.
En ces jours-là, comme le nombre des disciples augmentait, les frères de langue grecque récriminèrent contre ceux de langue hébraïque, parce que les veuves de leur groupe étaient désavantagées dans le service quotidien. Les Douze convoquèrent alors l'ensemble des disciples et leur dirent : « Il n'est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d'entre vous, des hommes qui soient estimés de tous, remplis d'Esprit Saint et de sagesse, et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » Ces propos plurent à tout le monde, et l'on choisit : Étienne, homme rempli de foi et d'Esprit Saint, Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parménas et Nicolas, un converti au judaïsme, originaire d'Antioche. On les présenta aux Apôtres, et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. La parole de Dieu était féconde, le nombre des disciples se multipliait fortement à Jérusalem, et une grande foule de prêtres juifs parvenaient à l'obéissance de la foi.
- Parole du Seigneur.
Ac 6, 1-7
Bien-aimés, approchez-vous du Seigneur Jésus : il est la pierre vivante rejetée par les hommes, mais choisie et précieuse devant Dieu. Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle, pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels, agréables à Dieu, par Jésus Christ. En effet, il y a ceci dans l'Écriture : Je vais poser en Sion une pierre angulaire, une pierre choisie, précieuse ; celui qui met en elle sa foi ne saurait connaître la honte. Ainsi donc, honneur à vous les croyants, mais, pour ceux qui refusent de croire, il est écrit : La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle, une pierre d'achoppement, un rocher sur lequel on trébuche. Ils achoppent, ceux qui refusent d'obéir à la Parole, et c'est bien ce qui devait leur arriver. Mais vous, vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au salut, pour que vous annonciez les merveilles de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière.
- Parole du Seigneur.
1 P 2, 4-9
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Que votre c?ur ne soit pas bouleversé : vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ?Je pars vous préparer une place' ? Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi. Pour aller où je vais, vous savez le chemin. » Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment pourrions-nous savoir le chemin ? » Jésus lui répond : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. Puisque vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père. Dès maintenant vous le connaissez, et vous l'avez vu. » Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répond : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : ?Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même ; le Père qui demeure en moi fait ses propres ?uvres. Croyez-moi : je suis dans le Père, et le Père est en moi ; si vous ne me croyez pas, croyez du moins à cause des ?uvres elles-mêmes. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi fera les ?uvres que je fais. Il en fera même de plus grandes, parce que je pars vers le Père »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Jn 14, 1-12