Une homélie de fr. Pierre de Béthune
« Vous êtes revenus vers le berger qui veille sur nous. » C'est ainsi que se terminait la lecture de l'épître de saint Pierre. Ce quatrième dimanche de Pâques est en effet le dimanche du Bon Pasteur.
Seulement, au début de ce dixième chapitre de l'évangile selon saint Jean, auquel se limite la lecture en cette année liturgique A, il n'est pas encore beaucoup question du bon pasteur, mais plutôt de la porte : Jésus dit : « Je suis la porte des brebis ». L'image de la porte est moins belle que celle du berger, mais nous verrons qu'elle est également très parlante, et en particulier pour nous introduire au mystère de Pâques.
Mes frères, mes sœurs, comme vous savez, il y a deux façons de voir la porte. Elle peut être une ouverture, un accès, un passage, une sortie, mais elle peut aussi être vue comme une fermeture, une protection, un enfermement, voire une exclusion, quand on se retrouve devant une porte fermée.
Mais vous avez entendu qu'il s'agit, pour Jésus, d'une porte de sortie : « le berger appelle chacune de ses brebis par son nom, et il les fait sortir » et « Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. » Il s'agit d'une porte qui est un passage vers plus de vie, « pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance ».
Nous voyons dans tout l'évangile que Jésus aime sortir et faire sortir. On essaie de le retenir, mais il s'échappe. Déjà à douze ans il a fugué. On veut qu'il reste à Capharnaüm, mais, dès avant l'aurore, il est parti. On veut le faire roi, et il s'enfuit au désert. À la Transfiguration, Pierre veut l'installer, mais il redescend. Après la résurrection, Marie Madeleine s'attache à lui, mais il lui dit : « Ne me retiens pas ! Et va annoncer ! »
Toute la vie de Jésus est un passage. Mais ce n'était pas une marche triomphale, à laquelle on pouvait assister, comme certains s'y attendaient. Il remettait tout en mouvement ; il remettait en question. Et cela gênait évidemment les tenants de l'ordre établi, surtout de l'ordre religieux. Alors, comme ils n'ont pas pu l'arrêter, ils l'ont saisi et finalement supprimé. Comme le disait Caïphe, « c'est notre avantage qu'un seul homme meure, et que la nation ne périsse pas toute entière », c'est à dire pour que la religion établie ne soit bouleversée.
Mais là, ils se sont trompés. En le condamnant, ils l'ont obligé à « traverser les ravins de l'ombre et de la mort », mais sa mort a été une 'Pâque', et elle a révélé où était la vie en plénitude, quand il nous a envoyé son Esprit. En effet, il est revenu pour envoyer ses disciples continuer son œuvre. À tous, il a redit : « Allez ! », et il les a invités à sortir à leur tour. S'il « passe devant », comme il est dit dans l'évangile, c'est pour « faire sortir les brebis qui l'écoutent ». « Il nous précède. » À nous donc, désormais, d'aller sur son chemin.
Mes sœurs, mes frères, être chrétiens, ce n'est pas rester fidèlement dans le bercail. Il est vrai que, quand on regarde l'histoire de l'Église, il a souvent été question de garder les brebis enfermées dans le bercail, d'exclure les brebis galeuses, mais de protéger de tout danger extérieur celles qui restent pieusement à l'intérieur, en établissement des portes bien solides contre les dangers extérieurs. La religion, toutes les religions, se développent pour protéger et guider les fidèles, pour les assurer de leur destin. Notre religion chrétienne remplit aussi cette tâche. Mais l'évangile est plus que la religion ; il fait même un peu craquer les limites de la religion !
Parce que la vie chrétienne est un chemin, et même un passage, une sortie, pour rencontrer nos frères et sœurs, là où ils sont. Quelquefois cette porte de sortie peut nous sembler une « porte étroite ». C'est que nous sommes encombrés de beaucoup de bagages, tant personnels que communautaires. Pour pouvoir avancer, il nous faut régulièrement abandonner ce qui entrave notre marche. Mais il ne faut pas pour autant vouloir supprimer toute porte ! Il ne faut pas faire de notre religion un carrefour, traversé en tous sens, un caravansérail...
D'ailleurs s'il n'y a pas de porte, il n'y a pas non plus d'accueil ! On n'accueille pas n'importe où, dans un terrain vague. Il faut un endroit précis où recevoir. Jésus, en nous disant : « Je suis la porte », nous guide ici encore, en nous montrant la manière bien précise dont il abordait tous ses frères et sœurs.
Oui, il nous précède dans la vie en plénitude, et, en ce temps de Pâques, nous réalisons mieux qu'il nous envoie sur ce chemin qu'il a ouvert pour nous, pour aller, avec une espérance nouvelle, hospitalière, audacieuse, - avec confiance, parce que nous savons qu'il est notre bon Berger.
Le jour de la Pentecôte, Pierre, debout avec les onze autres Apôtres, éleva la voix et fit cette déclaration : « Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude : Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous aviez crucifié. » Les auditeurs furent touchés au c?ur ; ils dirent à Pierre et aux autres Apôtres : « Frères, que devons-nous faire ? » Pierre leur répondit : « Convertissez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ pour le pardon de ses péchés ; vous recevrez alors le don du Saint-Esprit.
Car la promesse est pour vous, pour vos enfants et pour tous ceux qui sont loin, aussi nombreux que le Seigneur notre Dieu les appellera. » Par bien d'autres paroles encore, Pierre les adjurait et les exhortait en disant : « Détournez-vous de cette génération tortueuse, et vous serez sauvés. »
Alors, ceux qui avaient accueilli la parole de Pierre furent baptisés. Ce jour-là, environ trois mille personnes se joignirent à eux.
- Parole du Seigneur.
Ac 2, 14a.36-41
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6
Bien-aimés, si vous supportez la souffrance pour avoir fait le bien, c'est une grâce aux yeux de Dieu. C'est bien à cela que vous avez été appelés, car c'est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces. Lui n'a pas commis de péché ; dans sa bouche, on n'a pas trouvé de mensonge. Insulté, il ne rendait pas l'insulte, dans la souffrance, il ne menaçait pas, mais il s'abandonnait à Celui qui juge avec justice. Lui-même a porté nos péchés, dans son corps, sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice. Par ses blessures, nous sommes guéris. Car vous étiez errants comme des brebis ; mais à présent vous êtes retournés vers votre berger, le gardien de vos âmes.
- Parole du Seigneur.
1 P 2, 20b-25
En ce temps-là, Jésus déclara : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans l'enclos des brebis sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a poussé dehors toutes les siennes, il marche à leur tête, et les brebis le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un étranger, mais elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »
Jésus employa cette image pour s'adresser aux pharisiens, mais eux ne comprirent pas de quoi il leur parlait. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : Moi, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra entrer ; il pourra sortir et trouver un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger, faire périr. Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »
- Acclamons la Parole de Dieu.
Jn 10, 1-10