Une homélie de fr. Benoît Standaert
Bienvenue à vous tous, chers frères et sœurs ! Vous êtes venus sans invitation particulière, comme ça, par belle habitude, ou parce que cela s'arrangeait pour vous aujourd'hui, ou encore que vous arrivez à trouver sur le site la messe à Clerlande, transmise sur les ondes !
Or vous trouverez dans les lectures aujourd'hui un accent particulier : Dieu veut la fête, et il nous y invite ! Toute l'histoire et toutes nos histoires sont une marche vers la fête, celle à laquelle Dieu en personne tient à nous inviter tous. « Heureux les invités au repas, à la table du Seigneur », voilà un cri qu'on réentendra peu avant la communion, c'est la reprise du cri qui retentit dans le dernier livre de la Bible, l'Apocalypse de saint Jean : « Heureux les invités au festin de noce de l'Agneau ! » Disposons notre cœur à cette Fête ! Entrons avec un cœur humble et une âme réconciliée, en demandant, comme de coutume, à Dieu l'abondance de son pardon. Kyrie eleison !
Homélie
Bien chers amis.
Matthieu nous transmet son enseignement en se servant de paraboles. Cela fait trois semaines d'affilée qu'on lit l'une parabole après l'autre. Il y eût d'abord la parabole des deux fils (l'un qui dit oui à son père, mais n'agit pas en conséquence ; l'autre qui dit non, mais se reprend, et agit tout de même pour faire la volonté de son père) ; puis il y avait, la semaine dernière, la parabole des vignerons homicides qui en viennent à tuer le fils unique ; et aujourd'hui on assiste à la fête des noces du fils du grand Roi. Les trois paraboles ensemble forment un grand arc chez Matthieu qui rappelle toute l'histoire, le début, le milieu et la fin. Notons qu'il est chaque fois question d'un fils ! Le début est donné en rappelant la prédication de Jean le Baptiste et le refus de certains : l'un fils dit non mais se reprend, l'autre dit oui, mais refuse de travailler dans la vigne. Jésus rappelle aux autorités leur conduite contradictoire. Il est lui, le Fils qui dit Oui en tout et jusqu'au bout. Le milieu de l'histoire est illustré par le rejet du fils messianique, le dernier envoyé, après tous les prophètes. Le fils bien-aimé n'est pas épargné, on le jette hors de la vigne. Jésus raconte tragiquement son propre destin... qu'il accueille jusqu'à la fin, annonçant même que la pierre rejetée deviendra tête d'angle. La dernière parabole ouvre la perspective sur la fin de toute l'histoire : la grande fête du fils qui se marie. Il est le Fils, il est l'Agneau victorieux. Ses noces sont célébrées comme la fête des fêtes. Son épouse toute parée, c'est l'Église, figure de toute l'humanité invitée. Alors s'accomplira, au dénouement de l'histoire, un tri : l'un sera pris, l'autre rejeté.
Matthieu a hérité du trésor des paraboles de Jésus, ce langage imagé avec une profondeur toujours quelque peu mystérieuse. Il s'en sert avant tout pour en faire de grandes catéchèses où l'on apprend le sens de la vie, sa beauté et ses exigences.
Dans cette troisième parabole il apparaît que Dieu veut la fête. Il relance son invitation à plusieurs reprises : « Venez à la noce ! ». La salle de noces doit être remplie, par-delà le refus des premiers invités. Fête fracassante comme celle annoncée par les prophètes et notamment dans Isaïe 25, la première lecture : « Sur cette montagne le Seigneur a préparé pour tous les peuples un banquet, un festin de viandes grasses et de vins capiteux ! » La question demeure : voulons-nous la fête, voulons-nous la fête de Dieu ? Sommes-nous prêts, bien disposés, capables d'y donner toute la priorité ? Ou vivons-nous avec tant de soucis et préoccupations, des conflits et de guerres que l'écho de l'invitation à la fête ne nous parvient plus... Ou encore, suroccupés, nous nous considérons comme excusés ?
La fête est généreuse, dans la vision de Jésus. Tout le monde est le bienvenu ! « les mauvais comme les bons », écrit l'évangéliste Matthieu. Seulement, il nous le rappelle, il y aura un tri, inéluctablement. Nul ne vient à la fête sans porter la robe, le costume, l'accoutrement approprié pour La Fête ! Il y a donc un critère à respecter. On n'entre pas n'importe comment. Sinon « on sera jeté dehors, pieds et poings liés. Là il y aura des pleurs et des grincements de dents ». On est peut-être surpris en entendant ce dénouement assez terrible. C'est comme pour les dix vierges avec leurs lampes dans la nuit. Cinq sont prises, et les cinq autres sont renvoyées dans la nuit, parce que celles-ci n'avaient pas pris de l'huile avec leur lampe ! Qu'est-ce que l'huile ? Qu'est-ce que le vêtement de noce, approprié à la Fête ? Pour Matthieu le message est clair : le chrétien baptisé, qu'il soit Juif ou païen, méchant ou bon, s'il veut entrer dans la salle de fête, la salle des noces, doit avoir eu une conduite conforme à l'enseignement de Jésus, à savoir : « Tout ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ! Entrez ! » Voilà le critère : l'hospitalité, le souci du malade, du prisonnier, de l'étranger, de l'enfant, de l'hôte de passage, du réfugié...
Chers amis.
Vivons bien. Vivons dignes en tout d'une fête à venir. N'oublions pas l'exigence finale, le critère des critères : l'action engagée à l'égard du « plus petit de mes frères ou de mes sœurs ». Ne les cherchons pas trop loin, ces plus petits qui sont comme la prunelle des yeux de notre Maître. Ils sont à côté et au milieu de nous.
Vous avez peut-être entendu parler du jésuite italien Paolo d'all'Oglio. Il travaillait en Syrie, cherchait à établir la compréhension mutuelle entre chrétiens et musulmans. Porté disparu depuis plusieurs années, il est considéré aujourd'hui comme mort, victime de l'intransigeance de certains extrémistes. Or à la fin de son livre sur l'islam où il professe son amour pour la religion musulmane, il raconte l'histoire suivante. À la porte du ciel on n'entre pas n'importe comment. Voilà qu'arrive un bon moine pieux, mais il se voit refusé l'accès. Puis vient un juif orthodoxe d'Anvers, bien reconnaissable et lui aussi est renvoyé dehors ; enfin vient un musulman shi'ite très soigné, au turban noir sur la tête. Tous ont entendu la même question : « Où est ton ami ? » « Ici on n'entre pas seul. C'est fini. On entre avec un ami de l'autre religion ! » Tous les trois se trouvent renvoyés à l'extérieur, sur le pas du paradis. Ils s'interrogent et s'interpellent mutuellement : « On a changé les lois ! Aujourd'hui on change tout, même ici en haut ! » Un des trois dit : « Mais c'est pire que pour entrer dans la communauté européenne ! » Un autre laisse tomber : « Non, ce n'est pas pire, c'est juste le contraire : on entre dès qu'on a un ami ! Alors, frappons à trois à la porte d'un coup ! » « Bonne idée, ça sera une fête ! »
Et quelle fête !
Un jour toutes nos guerres idéologiques, raciales ou de religions sont appelées à s'épuiser pour nous retrouver à la même table : israéliens et palestiniens, Russes et Ukrainiens, Iraniens, Turcs et Arméniens... Serons nous dignes de cette table de fête aux noces de l'Agneau ?
Chers amis, restons tous vigilants et ouvrons-nous à la fête du Dieu universel qui ne veut exclure personne. Seul celui qui refuse son universalité, s'exclut lui-même. Nous sommes avertis ! Vivons dignement notre vocation et accueillons la béatitude : heureux les invités à la Fête Dieu, le repas de noces que Dieu a préparé pour son Fils. Dès maintenant et ici même, car l'eucharistie est déjà le prélude de cette fête qui annonce la toute grande fête de la fin. Amen.
Prière universelle
Dieu veut la fête. Il nous y invite de façon pressante. Marchons dans cette direction en intercédant largement :
En ce mois d'intercession pour la mission, prions pour les missionnaires qui dans les contextes culturels les plus divers font connaître la bonne nouvelle de Jésus-Christ : qu'ils témoignent de leur joie, de leur liberté en Christ, de leur force de paix, Prions le Seigneur.
Seigneur notre Dieu.
Tes prophètes et ton fils Jésus
nous ont ouvert une perspective de plénitude et de fête
sur l'histoire dans laquelle nous sommes impliqués.
Nous te rendons grâce et nous te demandons :
Renouvelle notre espérance.
Que, comme une étoile, elle guide notre marche de jour en jour.
nous rapproche les uns des autres
et nous conduise tous ensemble en ton Royaume.
Toi qui vis et règnes pour les siècles des siècles. Amen.
Le Seigneur de l'univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations. Il fera disparaître la mort pour toujours. Le Seigneur Dieu essuiera les larmes sur tous les visages, et par toute la terre il effacera l'humiliation de son peuple. Le Seigneur a parlé.
Et ce jour-là, on dira : « Voici notre Dieu, en lui nous espérions, et il nous a sauvés ; c'est lui le Seigneur, en lui nous espérions ; exultons, réjouissons-nous : il nous a sauvés ! » Car la main du Seigneur reposera sur cette montagne.
- Parole du Seigneur.
Is 25, 6-10a
Le Seigneur est mon berger : je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche, il me fait reposer.
Il me mène vers les eaux tranquilles et me fait revivre ; il me conduit par le juste chemin pour l'honneur de son nom.
Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi, ton bâton me guide et me rassure.
Tu prépares la table pour moi devant mes ennemis ; tu répands le parfum sur ma tête, ma coupe est débordante.
Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ; j'habiterai la maison du Seigneur pour la durée de mes jours.
Ps 22 (23), 1-2ab, 2c-3, 4, 5, 6
Frères, je sais vivre de peu, je sais aussi être dans l'abondance. J'ai été formé à tout et pour tout : à être rassasié et à souffrir la faim, à être dans l'abondance et dans les privations. Je peux tout en celui qui me donne la force. Cependant, vous avez bien fait de vous montrer solidaires quand j'étais dans la gêne. Et mon Dieu comblera tous vos besoins selon sa richesse, magnifiquement, dans le Christ Jésus.
Gloire à Dieu notre Père pour les siècles des siècles. Amen.
- Parole du Seigneur.
Ph 4, 12-14.19-20
En ce temps-là, Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens, et il leur dit en paraboles : « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités : ?Voilà : j'ai préparé mon banquet, mes b?ufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.' Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce ; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : ?Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.' Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.
- Acclamons la Parole de Dieu.
Mt 22, 1-10