Homélie du 13 mars 2022

 Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre 

2ème Dimanche de Carême - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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HOMÉLIE SUR LA TRANSFIGURATION

Aujourd'hui, ce n'est pas facile d'être chrétien.

Les églises se vident.

Elle est où la descendance d'Abraham aussi nombreuse que les étoiles ?

Le discours des évangiles semble de plus en plus inaudible à nos contemporains, à nos amis, à nos enfants.

On craint de passer pour des allumés en en parlant ouvertement.

Aujourd'hui la foi, ça devient un tabou.

L'histoire de la transfiguration.

Les histoires comme celle de la transfiguration ne nous facilite pas la tâche.

Comment on en parle ? Comment déjà la comprendre, pour pouvoir ensuite l'expliquer ? Je ne vais pas prétendre avoir une brillante explication.

Le silence des apôtres.

Faute de pouvoir s'identifier à Jésus, je propose d'observer les apôtres.

Ils sont bousculés par une expérience qui les dépasse. Ensuite, ils ne disent rien.

Pourquoi sont-ils si pudiques alors qu'ils viennent de voir la divinité en face ?

Peut-être sentent-ils d'avance l'impuissance désespérante des mots pour transmettre une expérience aussi déstabilisante.

Peut-être se taisent-ils par respect pour l'expérience qu'il leur a été donné de vivre.

Peut-être sentent-ils que cette expérience ne doit pas être transmise, qu'elle leur était destinée à eux, qu'elle était profondément personnelle.

Peut-être sentent-ils qu'il va falloir du temps pour qu'une telle expérience les travaillent suffisamment de l'intérieur pour que progressivement elle rayonne à l'extérieur.

Nous sommes comme les apôtres.

Il en est de même de nous face aux évangiles et de notre impuissance à transmettre notre foi.

Je pense que bien souvent on se trompe de façon.

On aimerait comprendre, trouver une bonne explication, faire un bon discours.

Mais il y a une impasse. Parce que la foi est un mystère. Plus on veut l'exposer, moins elle brille. (Et paradoxalement, c'est à partir de ce moment que l'on passe pour des allumés).

L'histoire des cierges.

Ça me fait penser à ma dernière veillée pascale : Les personnes qui, aussitôt leur cierge allumé, s'empressent pour aller allumer celui de leurs voisins. Mais quand ces personnes arrivent devant leurs voisins, elles découvrent que leur cierge s'est éteint dans leur précipitation.

Après avoir répété plusieurs fois la même erreur, on finit par se rendre à l'évidence : ce n'est déjà pas facile de tenir son propre cierge allumé. Alors On veille d'abord à maintenir sa propre flamme et on laisse s'approcher ceux qui aimeraient allumer la leur.

Épictète, Jésus, Paul : l'exemplarité et non le discours.

Épictète, le philosophe stoïcien, nous dit avec la sévérité du maître :

Tu t'es ingurgité quelques préceptes de philosophie, et tu vas tout de suite les enseigner. Que fais-tu là que régurgiter ce que tu n'as pas digéré. Les brebis ne vont pas montrer à leurs bergers combien elles ont mangé, mais après avoir bien digéré, elles produisent de la laine et du lait. 

Ce qui nous perd, c'est que nous n'avons pas plus tôt goûté la philosophie du bout des lèvres, que nous voulons faire les sages et être tout de suite utiles aux autres ; nous voulons réformer le monde. Eh ! mon ami, réforme-toi auparavant toi-même, et ensuite fais voir aux hommes un homme que la philosophie a formé.

Et Paul de nous dire dans la lettre que nous lisons aujourd'hui :

Imitez-moi et regardez bien ceux qui se conduisent selon l'exemple que je vous donne.

Jésus lui-même s'abstient de discours de propagande. Il dit :

Venez et voyez.

La pudeur, seule attitude à l'égard du mystère.

C'est vrai aujourd'hui une certaine pudeur est demandée aux chrétiens quant à l'expression de leur foi.

Ne nous en offusquons pas. Je dirais même qu'il aurait été préférable qu'il en soit toujours ainsi.

Tout ce qui nous dépasse est marqué de tabou : l'amour, la sexualité, la mort.

Le tabou est une marque de respect, de révérence, face à ce qui nous échappe.

On préserve le mystère en s'abstenant de le défigurer par nos balbutiements immatures.

Prenons soin de notre flamme intérieure.

Gardons la même pudeur que les apôtres et apprenons à respecter l'indispensable intimité qu'exige notre flamme intérieure.

Soyons humble dans nos discours, mais soyons généreux dans nos actions.

Alors peut-être qu'un jour certains en nous voyant demanderont : «  Dites, d'où vient-elle cette lumière qui vous habite ?  » et nous leur répondrons en souriant «  Venez et voyez  ».

 

Le Seigneur conclut une alliance avec Abraham, le croyant

En ces jours-là, le Seigneur parlait à Abraham dans une vision. Il le fit sortir et lui dit : « Regarde le ciel, et compte les étoiles, si tu le peux... » Et il déclara : « Telle sera ta descendance ! » Abram eut foi dans le Seigneur et le Seigneur estima qu'il était juste.

Puis il dit : « Je suis le Seigneur, qui t'ai fait sortir d'Our en Chaldée pour te donner ce pays en héritage. » Abram répondit : « Seigneur mon Dieu, comment vais-je savoir que je l'ai en héritage ? » Le Seigneur lui dit : « Prends-moi une génisse de trois ans, une chèvre de trois ans, un bélier de trois ans, une tourterelle et une jeune colombe. » Abram prit tous ces animaux, les partagea en deux, et plaça chaque moitié en face de l'autre ; mais il ne partagea pas les oiseaux. Comme les rapaces descendaient sur les cadavres, Abram les chassa. Au coucher du soleil, un sommeil mystérieux tomba sur Abram, une sombre et profonde frayeur tomba sur lui. Après le coucher du soleil, il y eut des ténèbres épaisses. Alors un brasier fumant et une torche enflammée passèrent entre les morceaux d'animaux. Ce jour-là, le Seigneur conclut une alliance avec Abram en ces termes : « À ta descendance je donne le pays que voici, depuis le Torrent d'Égypte jusqu'au Grand Fleuve, l'Euphrate. »

- Parole du Seigneur.

Gn 15, 5-12.17-18

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t'appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon c?ur m'a redit ta parole : « Cherchez ma face. »

C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N'écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours.

J'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »

Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14

Le Seigneur est ma lumière et mon salut ; de qui aurais-je crainte ? Le Seigneur est le rempart de ma vie ; devant qui tremblerais-je ?

Écoute, Seigneur, je t'appelle ! Pitié ! Réponds-moi ! Mon c?ur m'a redit ta parole : « Cherchez ma face. »

C'est ta face, Seigneur, que je cherche : ne me cache pas ta face. N'écarte pas ton serviteur avec colère : tu restes mon secours.

J'en suis sûr, je verrai les bontés du Seigneur sur la terre des vivants. « Espère le Seigneur, sois fort et prends courage ; espère le Seigneur. »

Ps 26 (27), 1, 7-8, 9abcd, 13-14

Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre

En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier. Pendant qu'il priait, l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d'une blancheur éblouissante. Voici que deux hommes s'entretenaient avec lui : c'étaient Moïse et Élie, apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem. Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés. Ces derniers s'éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu'il disait. Pierre n'avait pas fini de parler, qu'une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu'ils y pénétrèrent. Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j'ai choisi : écoutez-le ! » Et pendant que la voix se faisait entendre, il n'y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu'ils avaient vu.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 9, 28b-36