Homélie du 22 mai 2022

 L'Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit 

6ème Dimanche de Pâques - Année C

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Introduction

Aujourd'hui encore, je vais présider cette rencontre de prière, mais c'est pour que vous tous, nous tous, ici rassemblés nous puissions célébrer l'eucharistie. Tous les baptisés, ensemble, nous partageons le 'repas du Seigneur', unis, réconciliés, et en nous accueillant les uns les autres dans notre diversité.

Cependant, pour bien exprimer cette diversité, nous sommes quatre aujourd'hui pour vous transmettre l'évangile, Pol et Marie-Madeleine Landrecies, Bernadette Mols et moi-même. Nous nous sommes réunis pour préparer cela, pour mieux entendre l'appel que l'évangile adresse à notre assemblée, et nous allons vous communiquer le résultat de cette rencontre.

Comme tous les dimanches de Pâques, en ce sixième dimanche, les lectures des Actes des Apôtres, de l'apocalypse et de l'évangile de Jean nous invitent à vivre plus pleinement la résurrection, par une vie transformée grâce à la présence de Jésus toujours vivant parmi nous, une vie portée par un amour renouvelée par l'Saint Esprit qui nous est donné.

Mais, comme saint Benoît nous y invite, commençons par une très instante prière. Tournons-nous vers l'image du Seigneur Jésus. Et demandons-lui de fortifier notre désir de réconciliation entre nous, de développer notre capacité de nous accueillir les uns les autres dans notre diversité, et aussi d'ouvrir plus largement nos cœurs pour embrasser tous nos frères humains et trouver les manières concrètes de réaliser ce désir.

Homélies introduction

Mes frères, mes sœurs, pour bien entendre ce texte et laisser résonner toutes ses harmoniques, les réflexions et suggestions de trois parmi nous sont les bienvenues.

Je leur laisse la parole.

1

Le texte d'Evangile que vous venez d'entendre (Evangile des promesses et de l'appel à la vie) est réponse à une question (formulée dans le verset qui précède le texte du jour), question posée à Jésus par un proche disciple, par Judas, dont il est précisé que ce n'est pas l'Ischariote, disciple aussi appelé Jude. Une question d'importance qui a interpellé Jésus et qui, comme en retour, nous questionne tout autant aujourd'hui

Cette question, la voici : « Seigneur, comment se fait-il que tu doives te manifester à nous et non pas au monde ? » Judas semble dire : Nous : tes proches disciples, nous : chacun d'entre nous dans nos singularités, moi y compris.

Aujourd'hui, poserions-nous cette même question à Notre Seigneur Jésus-Christ ? Attendons-nous sa manifestation ? « Te manifester à nous et non pas au monde ! » Serions-nous des privilégiés ? Est-ce à nous, nous : communauté dominicale, communauté monastique, mais aussi nous : individus particuliers, membres de ces communautés ? Est-ce à nous qu'aujourd'hui Jésus donne sa réponse ? Sommes-nous ceux dont le Christ s'approche et qui se laissent approcher ? Sommes-nous prêts à le recevoir, à entendre sa parole, celle que depuis le début de son ministère il a toujours clamée et celle qu'au seuil de ses tourments, de sa souffrance, de sa passion et de sa mort, il proclame, affine, amplifie en ce texte ?

Notre disponibilité d'accueil est bien souvent fluctuante, ballotée au rythme des tours et des détours de nos vies. Puissions-nous, quoi qu'il en soit, être éveillés par sa réponse, à commencer par son tout début qui va entraîner avec lui, toute la suite : début qui est comme le cordon sur lequel viennent s'enfiler une rivière de perles. Ce début, l'entendrons-nous comme un appel ?

« Si quelqu'un m'aime », s'il en est ainsi, alors, alors, alors, suivent toutes les perles promises. Voilà un début pleinement ouvert car des « quelqu'un », il peut y en avoir beaucoup, ici et ailleurs, aujourd'hui et demain ; l'amour peut toujours être naissant.

2

« Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole et mon père l'aimera... »

Aimer le Christ est la seule condition posée pour recevoir l'Amour du Père.

Il n'est nullement question de règles ou de prescrits à respecter, de lois rigides à suivre...

L'Amour, c'est un simple mouvement qui va de l'homme vers Dieu et qui revient de Dieu vers l'homme...

Nous aimons le Christ, le Père nous aime et Père et Fils établiront leur demeure en nous...

Cela semble tout simple ...

L'Amour du Père comme simple réponse à un amour inconditionnel au Fils...

Mais cet Amour inconditionnel n'est-ce pas un énorme défi qui nous est lancé à nous humains... ?

Nous sommes nombreux dans cette chapelle à nous être engagés par les liens du mariage, à aimer notre conjoint sans condition, pour le meilleur et pour le pire ... Cet amour inconditionnel à la base n'a-t-il pas tendance à s'effilocher au fil des ans... ?

N'en est-il pas de même pour l'Amour que nous portons au Christ : ne varie-t 'il pas avec les épreuves, les difficultés que la vie nous réserve ? Ne devient-il pas moins inconditionnel avec le temps lui aussi ????

Mais n'oublions pas que face à cet Amour nous sommes totalement libres :

Si quelqu'un m'aime, il observera ma parole...

Celui qui ne m'aime pas n'observe pas mes paroles...

Tout simplement, sans jugement aucun...

La deuxième partie de l'évangile de ce dimanche parle de la paix ; la paix et la guerre, c'est bien d'actualité, n'est-ce pas... Bien sûr il s'agit de la paix dans le monde, mais aussi de la paix autour de nous, dans nos familles, avec nos amis, nos voisins, et puis enfin il s'agit aussi de la paix intérieure, la paix, la sérénité en nous-mêmes. Selon St Jean, Jésus nous donne sa paix, mais pas à la façon du monde, et sa façon c'est : « que votre cœur cesse de se troubler et de craindre ». Jésus nous dit cela à un moment grave et douloureux : au cénacle, avant sa passion, il vient de laver les pieds de ses disciples, Judas vient de trahir, Jésus lui-même est troublé, il sait vers où il va ... il pourrait ne pas être en paix ... Et pourtant il donne, dans un long entretien, à ses amis les plus proches ce qui fait l'essentiel de ce qui l'habite : l'amour du Père, l'amour les uns des autres, l'annonce de L'Esprit saint, bien sûr, mais aussi cette paix, « que votre cœur cesse de se troubler et de craindre ». La paix, c'est « la plénitude de vie » nous dit St Luc. Ces chapitres de St Jean, 14, 15 et suivants sont vraiment à relire car ils vont au cœur du message de la Bonne Nouvelle. Et quand Jésus parle de la paix, son message est clair : il veut réconforter ses amis : « je m'en vais et je viens à vous ». C'est l'annonce, déjà, (de la Pentecôte) du Paraclet que le Père enverra son nom. Le Paraclet, c'est l'Esprit Saint. Cet Esprit Saint qu'il nous envoie encore et toujours, à nous tous, ... c'est ainsi qu'il vient à nous ; Jésus s'en va mais il vient à nous par son Esprit. « je m'en vais et je viens à vous ». Je me suis demandé comment il venait à nous aujourd'hui ... pour nous dire que même dans les pires situations que « votre cœur cesse de se troubler et de craindre ». Il me semble qu'il peut venir, comme une brise légère, dans le silence de nos cœurs - merci pour ces moments divins - . Il peut venir par ses amis d'aujourd'hui, par nos frères et sœurs, celles et ceux qui prêchent la paix, qui prêchent la Parole. Je ne peux m'empêcher de penser d'abord à notre cher Pape, mais il en est d'autres, en certains lieux comme ici à Clerlande ... et puis, d'ailleurs, ces prophètes, il n'y en a pas rien que chez les chrétiens. Repérons-les ! Me viennent à l'esprit plusieurs prophètes d'aujourd'hui. Pierre Rabbi par ex qui nous parle, lui aussi en paraboles, lorsqu'il nous raconte l'histoire du colibri qui, dans son petit bec, apporte ses gouttes d'eau pour éteindre l'incendie de la forêt ... « je fais ma part », dit-il ... Nous aussi, nous pouvons faire notre part et rester dans la paix intérieure « que votre cœur cesse de se troubler et de craindre ». Nous pouvons encourager la Paix en nous, autour de nous et ... plus loin ... en jetant, non pas de l'huile sur le feu, mais de l'eau ... l'eau du lavement des pieds ?

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J'ajoute encore une réflexion. Non pas pour avoir quand même le dernier mot,mais pour mieux situer dans son temps l'évangile que nous avons entendu. Saint Jean rappelle la dimension d'intériorité de notre foi, mais le livre des Actes que nous avons aussi entendu, évoque une autre dimension tout aussi indispensable du message de Jésus : l'ouverture inconditionnelle. Je veux en dire un mot, pour compléter le message que nous propose ce temps pascal.

En effet le livre des Actes des apôtres évoque la difficulté des premiers chrétiens à accueillir le message de l'évangile en toute son ouverture, en toute sa largeur. Il s'agissait de sortir des prescriptions rituelles juives, pour accueillir dans la communauté des croyants des personnes venant du monde grec et romain. Il s'agissait d'appliquer ce que saint Paul disait aux Galates : « en Christ il n'y a plus ni Juif ni Grec ; il n'y a plus ni esclave ni homme libre, il n'y a plus l'homme et la femme ». Nous savons que cette difficulté est de tous les temps. L'ouverture de l'Église, inaugurée par le pape Jean XXIII et vigoureusement développée par notre pape François n'est pas acquise. Accueillir l'autre, vraiment respecter l'altérité, en découvrir toute la fécondité, il y a là une tâche évangélique qui est toujours devant nous. Nous voulons y collaborer, non seulement au niveau de l'Église, par exemple en participant à la préparation du Synode romain, mais surtout dans notre vie quotidienne, dans notre milieu où nous pouvons toujours davantage accueillir les autres, parfois marginalisés, oubliés, et pourtant importants...

L'eucharistie est le lieu, ou mieux l'action la plus efficace pour commencer à dépasser les confrontations stériles et créer une unité plus profonde. C'est chaque fois l'œuvre du Saint Esprit de Jésus. Nous l'appelons sur nos offrandes, sur chacun de nous.

 

L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci qui s'imposent

En ces jours-là, des gens, venus de Judée à Antioche, enseignaient les frères en disant : « Si vous n'acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés. » Cela provoqua un affrontement ainsi qu'une vive discussion engagée par Paul et Barnabé contre ces gens-là. Alors on décida que Paul et Barnabé, avec quelques autres frères, monteraient à Jérusalem auprès des Apôtres et des Anciens pour discuter de cette question. Les Apôtres et les Anciens décidèrent avec toute l'Église de choisir parmi eux des hommes qu'ils enverraient à Antioche avec Paul et Barnabé. C'étaient des hommes qui avaient de l'autorité parmi les frères : Jude, appelé aussi Barsabbas, et Silas. Voici ce qu'ils écrivirent de leur main : « Les Apôtres et les Anciens, vos frères, aux frères issus des nations, qui résident à Antioche, en Syrie et en Cilicie, salut ! Attendu que certains des nôtres, comme nous l'avons appris, sont allés, sans aucun mandat de notre part, tenir des propos qui ont jeté chez vous le trouble et le désarroi, nous avons pris la décision, à l'unanimité, de choisir des hommes que nous envoyons chez vous, avec nos frères bien-aimés Barnabé et Paul, eux qui ont fait don de leur vie pour le nom de notre Seigneur Jésus Christ. Nous vous envoyons donc Jude et Silas, qui vous confirmeront de vive voix ce qui suit : L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d'autres obligations que celles-ci, qui s'imposent : vous abstenir des viandes offertes en sacrifice aux idoles, du sang, des viandes non saignées et des unions illégitimes. Vous agirez bien, si vous vous gardez de tout cela. Bon courage ! »

- Parole du Seigneur.

Ac 15, 1-2.22-29

Que Dieu nous prenne en grâce et nous bénisse, que son visage s'illumine pour nous ; et ton chemin sera connu sur la terre, ton salut, parmi toutes les nations.

Que les nations chantent leur joie, car tu gouvernes le monde avec justice ; tu gouvernes les peuples avec droiture, sur la terre, tu conduis les nations.

La terre a donné son fruit ; Dieu, notre Dieu, nous bénit. Que Dieu nous bénisse, et que la terre tout entière l'adore !

Ps 66 (67), 2-3, 5, 7-8

Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel

Moi, Jean, j'ai vu un ange. En esprit, il m'emporta sur une grande et haute montagne ; il me montra la Ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu : elle avait en elle la gloire de Dieu ; son éclat était celui d'une pierre très précieuse, comme le jaspe cristallin. Elle avait une grande et haute muraille, avec douze portes et, sur ces portes, douze anges ; des noms y étaient inscrits : ceux des douze tribus des fils d'Israël. Il y avait trois portes à l'orient, trois au nord, trois au midi, et trois à l'occident. La muraille de la ville reposait sur douze fondations portant les douze noms des douze Apôtres de l'Agneau. Dans la ville, je n'ai pas vu de sanctuaire, car son sanctuaire, c'est le Seigneur Dieu, Souverain de l'univers, et l'Agneau. La ville n'a pas besoin du soleil ni de la lune pour l'éclairer, car la gloire de Dieu l'illumine : son luminaire, c'est l'Agneau.

- Parole du Seigneur.

Ap 21, 10-14.22-23

L'Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; mon Père l'aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m'aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père, qui m'a envoyé. Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ; mais le Défenseur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre c?ur ne soit pas bouleversé ni effrayé. Vous avez entendu ce que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens vers vous. Si vous m'aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi. Je vous ai dit ces choses maintenant, avant qu'elles n'arrivent ; ainsi, lorsqu'elles arriveront, vous croirez. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Jn 14, 23-29