Homélie du 22 fevrier 2023

Ton Père qui voit dans le secret te le rendra

Mercredi des Cendres -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Cet évangile évoque les trois pratiques traditionnelles de nos religions monothéistes : aumône, prière et jeûne. Au temps de Jésus, et jusqu'il y a peu, elles étaient évidentes et ne devaient pas être justifiées. Le Carême traditionnel consistait alors à relancer la ferveur dans l'observance de ces pratiques.

Mais aujourd'hui dans notre monde chrétien ou plutôt post-chrétien, la pratique est plus difficile, et le jeûne ou l'assistance à la prière liturgique ne sont plus aussi évidents. En entendant alors l'évangile de ce jour, nous sommes même tentés de conclure qu'au fond Jésus lui-même n'était pas tellement pour'. D'ailleurs en d'autres passages des évangiles, quand il parle du sabbat, du jeûne ou des diverses purifications, c'est plutôt pour en critiquer la pratique. Cela nous rassure donc et nous conforte dans notre non-pratique. Mais alors, cet évangile relativiserait il le reste de la liturgie de cette entrée en Carême, et même tout le Carême ?

Si vous êtes venus ici ce soir, c'est bien parce que vous êtes convaincus de l'importance de ce « temps favorable » dans le cours de notre vie chrétienne. C'est pourquoi, aujourd'hui plus que jadis, il nous faut dépasser une lecture superficielle des évangiles pour entrer dans l'esprit de Jésus. Il n'est pas venu pour abolir ces pratiques, quelles qu'elles soient, mais pour nous rappeler qu'elles n'ont de sens que situées sur un chemin de conversion. Or le génie de la liturgie est précisément de situer toutes les pratiques spirituelles sur un chemin dans le temps, sur le chemin de Pâques, c'est-à-dire dans un processus de transformation, pour permettre un renouvellement, une libération, à la suite du Seigneur Jésus qui est allé vers sa mort et a reçu une nouvelle vie. Ces pratiques peuvent nous aider à mieux vivre notre communion au Seigneur. Pour nous aussi, il s'agit en effet de consentir plus consciemment à des pertes, des abandons pour recevoir un surcroît de vie et même une vie nouvelle.

Dans cet esprit nous pouvons entendre l'appel de Jésus aujourd'hui. Alors que les formulations de ces pratiques religieuses comme le jeûne, l'aumône et la prière peuvent sembler plutôt archaïques, nous pouvons découvrir que, concrètement, le chemin qu'elles proposent est d'une exigence très actuelle. Plutôt que de parler de jeûne et d'aumône, il suffit de penser aux exigences si actuelles de la sobriété et du partage.

Oui, dans notre monde, la sobriété est une nécessité, une exigence. C'est pourquoi d'ailleurs une des grandes tentations actuelles est la consommation, la surconsommation. Consentir à ne pas combler tous nos besoins, comme on peut en faire l'expérience en jeûnant, est donc un pas significatif pour contribuer à développer un monde plus juste.

Par ailleurs, aussi longtemps que nous croyons nécessaire de combler tous nos besoins, nous ne pouvons pas savoir ce qu'est le vrai désir. Saint Benoît nous dit dans sa Règle que le Carême doit creuser en nous le « désir spirituel, dans l'attente de la sainte Pâques » , car sans un grand désir, nous ne pouvons pas bien aller vers Pâques. Et il précise même que c'est là que nous pouvons trouver « la joie de l'Esprit Saint » .

Mes frères, mes sœurs, nous sommes donc invités, là où nous sommes, à trouver la façon juste de vivre le partage et la communion avec tous nos frères humains. En réveillant notre imagination nous pouvons trouver des façons simples, à notre portée, pour mieux répondre à cette exigence élémentaire et urgente. Nous voyons en tout cas que les pratiques antiques évoquées dans l'évangile sont en réalité d'une actualité brûlante, si l'on veut bien être conscients de notre situation.

Mais dans ce contexte, la troisième pratique religieuse, la prière, est bien sûr elle aussi nécessaire, parce que, mieux que toutes les réflexions, elle peut nous accorder à la volonté du Père sur notre terre. La prière est même indispensable, nous le savons bien, pour tenir sur ce chemin vers Pâques, parce qu'elle nous met en contact avec la source de toute Énergie spirituelle.

Entrons donc dans ce « temps favorable » du Carême en laissant l'invitation de la liturgie pénétrer notre cœur, et en priant le Seigneur, durant cette eucharistie, de nous donner la force pour rester cohérents avec nos convictions.

Pour exprimer cette conviction, le rite des cendres nous permet d'entrer personnellement dans ce temps de conversion et d'humilité. Alors, comme le dit saint Bernard, nous pourrons « puiser dans notre humilité une nouvelle audace » .

 

Déchirez vos c?urs et non pas vos vêtements

Maintenant - oracle du Seigneur - revenez à moi de tout votre c?ur, dans le jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos c?urs et non pas vos vêtements, et revenez au Seigneur votre Dieu, car il est tendre et miséricordieux, lent à la colère et plein d'amour, renonçant au châtiment. Qui sait ? Il pourrait revenir, il pourrait renoncer au châtiment, et laisser derrière lui sa bénédiction : alors, vous pourrez présenter offrandes et libations au Seigneur votre Dieu. Sonnez du cor dans Sion : prescrivez un jeûne sacré, annoncez une fête solennelle, réunissez le peuple, tenez une assemblée sainte, rassemblez les anciens, réunissez petits enfants et nourrissons ! Que le jeune époux sorte de sa maison, que la jeune mariée quitte sa chambre ! Entre le portail et l'autel, les prêtres, serviteurs du Seigneur, iront pleurer et diront : « Pitié, Seigneur, pour ton peuple, n'expose pas ceux qui t'appartiennent à l'insulte et aux moqueries des païens ! Faudra-t-il qu'on dise : ?Où donc est leur Dieu ?? »

Et le Seigneur s'est ému en faveur de son pays, il a eu pitié de son peuple.

- Parole du Seigneur.

Jl 2, 12-18

Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. Lave-moi tout entier de ma faute, purifie-moi de mon offense.

Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi, et toi seul, j'ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.

Crée en moi un c?ur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.Ne me chasse pas loin de ta face, ne me reprends pas ton esprit saint.

Rends-moi la joie d'être sauvé ; que l'esprit généreux me soutienne. Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange.

Ps 50, 3-4, 5-6ab, 12-13, 14.17

Ton Père qui voit dans le secret te le rendra

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l'accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n'y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux.

Ainsi, quand tu fais l'aumône, ne fais pas sonner la trompette devant toi, comme les hypocrites qui se donnent en spectacle dans les synagogues et dans les rues, pour obtenir la gloire qui vient des hommes. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu fais l'aumône, que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite, afin que ton aumône reste dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra.

Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites : ils prennent une mine défaite pour bien montrer aux hommes qu'ils jeûnent. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu jeûnes, parfume-toi la tête et lave-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. »

- Acclamons la Parole de Dieu.

Mt 6,1-6.16-18