Homélie du 11 avril 2023

Funérailles du Père Romain (Jean) Swaeles

Funérailles du Père Romain (Jean) Swaeles

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
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Introduction

C'est en ornements blancs que nous célébrons ces funérailles du Père Romain, et non pas en violet. La liturgie de cette semaine de Pâques convient en effet parfaitement à la foi en son Seigneur ressuscité qui l'a habité tout au long de sa vie. Nous avons donc décidé de suivre simplement le calendrier liturgique ; nous sommes aujourd'hui le mardi de la semaine in albis.

Le Père Romain a choisi, semble-t-il, de passer de ce monde à son Père pendant la semaine sainte, pendant ce temps qui est le centre de toute l'année liturgique. Grand liturgiste, il savait comment unir toute sa vie au Seigneur par les célébrations ; il a voulu également unir sa mort à la célébration de la mort et la résurrection du Christ.

C'est dans le mouvement même de la Pâques que nous célébrons ces obsèques, en reprenant la lecture de l'évangile prévue pour ce mardi in albis.

Commençons donc par nous recueillir dans l'action de grâce pour tout ce que nous avons reçu du Seigneur par l'intermédiaire de notre frère Romain.

Homélie (Jn 20, 11-18)

Marie de Magdala a été le premier témoin de la Résurrection. «  Dès l'aube, alors qu'il faisait encore sombre, dit l'évangile, elle est allée au tombeau et a constaté qu'il était vide. Elle a couru pour avertir les apôtres, et puis, elle est retournée au tombeau, et elle se tenait là, tout en pleurs ...  » Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Elle est également celle qui, la première, l'a reconnu, parce qu'elle a été elle-même d'abord reconnue par son Maître.

C'est pour tout cela qu'elle est un personnage emblématique pour les moines, pour d'autres encore, mais aujourd'hui, en faisant mémoire du Père Romain, nous voyons que sa démarche, au matin de Pâques, résume bien l'itinéraire du moine.

Comme elle, le moine se lève tôt, avant l'aurore même, parce qu'il est habité par un grand désir et se hâte pour aller à la rencontre de son Seigneur. Traditionnellement, le moine est aussi celui qui pleure, tant qu'il n'a pas pu retrouver son Seigneur. Pleurer, pour lui, c'est être habité par cette angoisse de se savoir encore séparé. Alors, comme la Bien-Aimée du Cantique des Cantiques il cherche partout, il cherche éperdument son Bien-Aimé.

Le moine est un chercheur, mais il est vrai qu'il réalise encore surtout l'absence de Dieu. Il a eu la révélation, un jour, de l'évidence de Dieu et de la nécessité intérieure de ne vivre que pour lui. Il s'est alors mis en route, mais sans savoir, sans bien savoir où cela le mènerait, dans la foi obscure, - dans l'espérance d'une rencontre. C'est ainsi qu'un jour d'octobre 1947, le Père Romain a demandé d'entrer à l'abbaye de Saint André, il y a de cela 75 ans... Il a entamé sa vie monastique ; et tout au long de sa vie, il a poursuivi cette quête éperdue, à travers tous les avatars de l'existence, par l'étude de Écritures, de la théologie, dans la prière, en toutes ses responsabilités, mais aussi à travers l'épreuve de sa longue maladie, pendant ces deux dernières années. Il a été parmi nous celui qui témoignait de cette souffrance qui frappe tant d'humains, et qui nous demandait tant de compassion. Il a dû affronter une épreuve redoutable, mais nous savons qu'elle l'a purifié et finalement apaisé d'une certaine façon, grâce aussi à ceux qui l'ont entouré de tant de soins.

C'est pourquoi nous savons que cette quête n'a pas été vaine. Comme la suite de l'évangile nous le révèle, Marie de Magdala a finalement pu rencontrer son Maître. Mais elle a dû comprendre que ce n'était pas au terme de sa propre recherche, ni au prix de ses larmes. C'est Jésus lui-même qui a pris l'initiative de l'a appelée par son nom : «  Marie !  » Alors seulement elle a reconnu Celui qu'elle avait cherché avec tant d'angoisse, et elle s'est écriée : « Rabbouni !  » mon Maître.

Oui, nous le savons, au terme de sa recherche inlassable, le Père Romain a lui aussi pu entendre son Maître l'appeler par son nom le plus secret. Nous savons qu'il vit désormais dans la paix de son désir, dans la joie pascale, au-delà de toutes les larmes.

Et il nous laisse le témoignage de sa fidélité inlassable de vrai moine. Le vrai moine, comme il aimait le redire, en citant un autre chercheur de Dieu, c'est celui qui ajoute une flamme à la flamme, une ardeur à l'ardeur et un amour à l'amour initial.

 

Nous avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts

En ces jours-là, quand Pierre arriva à Césarée chez un centurion de l'armée romaine, il prit la parole et dit : « Vous savez ce qui s'est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l'onction d'Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu'il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu'ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l'a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d'avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d'entre les morts. Dieu nous a chargés d'annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l'a établi Juge des vivants et des morts. C'est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés. »

- Parole du Seigneur.

Ac 10, 34a.37-43

Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! Oui, que le dise Israël : Éternel est son amour !

Le bras du Seigneur se lève, le bras du Seigneur est fort ! Non, je ne mourrai pas, je vivrai, pour annoncer les actions du Seigneur.

La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d'angle : c'est là l'?uvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux.

Ps 117 (118), 1.2, 16-17, 22-23

Purifiez-vous des vieux ferments, et vous serez une Pâque nouvelle

Frères, ne savez-vous pas qu'un peu de levain suffit pour que fermente toute la pâte ? Purifiez-vous donc des vieux ferments, et vous serez une pâte nouvelle, vous qui êtes le pain de la Pâque, celui qui n'a pas fermenté. Car notre agneau pascal a été immolé : c'est le Christ.

Ainsi, célébrons la Fête, non pas avec de vieux ferments, non pas avec ceux de la perversité et du vice, mais avec du pain non fermenté, celui de la droiture et de la vérité.

- Parole du Seigneur.

1 Co 5, 6b-8

Voici le Dieu qui me sauve : j'ai confiance, je n'ai plus de crainte. Ma force et mon chant, c'est le Seigneur ; il est pour moi le salut.

Rendez grâce au Seigneur, proclamez son nom, annoncez parmi les peuples ses hauts faits ! Redites-le : « Sublime est son nom ! »

Jouez pour le Seigneur, il montre sa magnificence, et toute la terre le sait. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion, car il est grand au milieu de toi, le Saint d'Israël !

Is 12, 2, 4bcd, 5-6

Dans sa miséricorde éternelle, le Seigneur, ton rédempteur a pitié de toi

Parole du Seigneur adressée à Jérusalem : Ton époux, c'est Celui qui t'a faite, son nom est « Le Seigneur de l'univers ». Ton rédempteur, c'est le Saint d'Israël, il s'appelle « Dieu de toute la terre ». Oui, comme une femme abandonnée, accablée, le Seigneur te rappelle. Est-ce que l'on rejette la femme de sa jeunesse ? - dit ton Dieu. Un court instant, je t'avais abandonnée, mais dans ma grande tendresse, je te ramènerai. Quand ma colère a débordé, un instant, je t'avais caché ma face. Mais dans mon éternelle fidélité, je te montre ma tendresse, - dit le Seigneur, ton rédempteur. Je ferai comme au temps de Noé, quand j'ai juré que les eaux ne submergeraient plus la terre : de même, je jure de ne plus m'irriter contre toi, et de ne plus te menacer. Même si les montagnes s'écartaient, si les collines s'ébranlaient, ma fidélité ne s'écarterait pas de toi, mon alliance de paix ne serait pas ébranlée, - dit le Seigneur, qui te montre sa tendresse. Jérusalem, malheureuse, battue par la tempête, inconsolée, voici que je vais sertir tes pierres et poser tes fondations sur des saphirs. Je ferai tes créneaux avec des rubis, tes portes en cristal de roche, et toute ton enceinte avec des pierres précieuses. Tes fils seront tous disciples du Seigneur, et grande sera leur paix. Tu seras établie sur la justice : loin de toi l'oppression, tu n'auras plus à craindre ; loin de toi la terreur, elle ne t'approchera plus.

- Parole du Seigneur.

Is 54, 5-14

Venez à moi, et vous vivrez ; je m'engagerai envers vous par une alliance éternelle

Ainsi parle le Seigneur : Vous tous qui avez soif, venez, voici de l'eau ! Même si vous n'avez pas d'argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l'oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. Je m'engagerai envers vous par une alliance éternelle : ce sont les bienfaits garantis à David. Lui, j'en ai fait un témoin pour les peuples, pour les peuples, un guide et un chef. Toi, tu appelleras une nation inconnue de toi ; une nation qui ne te connaît pas accourra vers toi, à cause du Seigneur ton Dieu, à cause du Saint d'Israël, car il fait ta splendeur.

Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver ; invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme perfide, ses pensées ! Qu'il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, - oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées.

La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission.

- Parole du Seigneur.

Is 55, 1-11

Je répandrai sur vous une eau pure et je vous donnerai un c?ur nouveau

La parole du Seigneur me fut adressée : « Fils d'homme, lorsque les gens d'Israël habitaient leur pays, ils le rendaient impur par leur conduite et leurs actes. Alors j'ai déversé sur eux ma fureur, à cause du sang qu'ils avaient versé dans le pays, à cause des idoles immondes qui l'avaient rendu impur. Je les ai dispersés parmi les nations, ils ont été disséminés dans les pays étrangers. Selon leur conduite et leurs actes, je les ai jugés. Dans les nations où ils sont allés, ils ont profané mon saint nom, car on disait : ?C'est le peuple du Seigneur, et ils sont sortis de son pays !' Mais j'ai voulu épargner mon saint nom, que les gens d'Israël avaient profané dans les nations où ils sont allés. Eh bien ! tu diras à la maison d'Israël : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Ce n'est pas pour vous que je vais agir, maison d'Israël, mais c'est pour mon saint nom que vous avez profané dans les nations où vous êtes allés. Je sanctifierai mon grand nom, profané parmi les nations, mon nom que vous avez profané au milieu d'elles. Alors les nations sauront que Je suis le Seigneur - oracle du Seigneur Dieu - quand par vous je manifesterai ma sainteté à leurs yeux. Je vous prendrai du milieu des nations, je vous rassemblerai de tous les pays, je vous conduirai dans votre terre. Je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un c?ur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J'ôterai de votre chair le c?ur de pierre, je vous donnerai un c?ur de chair. Je mettrai en vous mon esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles. Vous habiterez le pays que j'ai donné à vos pères : vous, vous serez mon peuple, et moi, je serai votre Dieu. »

- Parole du Seigneur.

Ez 36, 16-17a.18-28

Ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus

Frères, nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c'est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c'est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi, comme le Christ qui, par la toute-puissance du Père, est ressuscité d'entre les morts. Car, si nous avons été unis à lui par une mort qui ressemble à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection qui ressemblera à la sienne. Nous le savons : l'homme ancien qui est en nous a été fixé à la croix avec lui pour que le corps du péché soit réduit à rien, et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est affranchi du péché.

Et si nous sommes passés par la mort avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité d'entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n'a plus de pouvoir sur lui. Car lui qui est mort, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; lui qui est vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même, vous aussi, pensez que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ.

- Parole du Seigneur.

Rm 6, 3b-11

Reste avec nous car le soir approche

Le même jour (c'est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem, et ils parlaient entre eux de tout ce qui s'était passé.

Or, tandis qu'ils s'entretenaient et s'interrogeaient, Jésus lui-même s'approcha, et il marchait avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Jésus leur dit : « De quoi discutez-vous en marchant ? » Alors, ils s'arrêtèrent, tout tristes. L'un des deux, nommé Cléophas, lui répondit : « Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. » Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple : comment les grands prêtres et nos chefs l'ont livré, ils l'ont fait condamner à mort et ils l'ont crucifié. Nous, nous espérions que c'était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c'est arrivé. À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l'aurore, elles sont allées au tombeau, elles n'ont pas trouvé son corps ; elles sont venues nous dire qu'elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu'il est vivant. Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit ; mais lui, ils ne l'ont pas vu. » Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre c?ur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l'Écriture, ce qui le concernait.

Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d'aller plus loin. Mais ils s'efforcèrent de le retenir : « Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse. » Il entra donc pour rester avec eux.

Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l'ayant rompu, il le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards. Ils se dirent l'un à l'autre : « Notre c?ur n'était-il pas brûlant en nous, tandis qu'il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » À l'instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent : « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. » À leur tour, ils racontaient ce qui s'était passé sur la route, et comment le Seigneur s'était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

- Acclamons la Parole de Dieu.

Lc 24, 13-35