Homélie du 18 fevrier 2026

Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera

jeudi après les cendres -

Une homélie de fr. Pierre de Béthune

Homélie :
avancez jusqu'à  00' 00"

Cet évangile évoque les trois pratiques traditionnelles de nos religions monothéistes : aumône, prière et jeûne. Au temps de Jésus, et jusqu'il y a peu, elles étaient évidentes et ne devaient pas être justifiées. Le Carême traditionnel consistait alors à relancer la ferveur dans l'observance de ces pratiques.

Mais aujourd'hui dans notre monde chrétien ou plutôt post-chrétien, la pratique est plus difficile, et le jeûne ou l'assistance à la prière liturgique ne sont plus aussi évidents. En entendant alors l'évangile de ce jour, nous sommes même tentés de conclure qu''au fond Jésus lui-même n'était pas tellement pour'. D'ailleurs en d'autres passages des évangiles, quand il parle du sabbat, du jeûne ou des diverses purifications, c'est plutôt pour en critiquer la pratique. Cela nous rassure donc et nous conforte dans notre non-pratique. Mais alors, cet évangile relativiserait il le reste de la liturgie de cette entrée en Carême, et même tout le Carême ?

Si vous êtes venus ici ce soir, c'est bien parce que vous êtes convaincus de l'importance de ce 'temps favorable' dans le cours de notre vie chrétienne. C'est pourquoi, aujourd'hui plus que jadis, il nous faut dépasser une lecture superficielle des évangiles pour entrer dans l'esprit de Jésus. Il n'est pas venu pour abolir ces pratiques, quelles qu'elles soient, mais pour nous rappeler qu'elles n'ont de sens que situées sur un chemin de conversion. Or le génie de la liturgie est précisément de situer toutes les pratiques spirituelles sur un chemin dans le temps, sur le chemin de Pâques, c'est-à-dire dans un processus de transformation, pour permettre un renouvellement, une libération, à la suite du Seigneur Jésus qui est allé vers sa mort et a reçu une nouvelle vie. Ces pratiques peuvent nous aider à mieux vivre notre communion au Seigneur. Pour nous aussi, il s'agit en effet de consentir plus consciemment à des pertes, des abandons pour recevoir un surcroît de vie et même une vie nouvelle.

Dans cet esprit nous pouvons entendre l'appel de Jésus aujourd'hui. Alors que les formulations de ces pratiques religieuses comme le jeûne, l'aumône et la prière peuvent sembler plutôt archaïques, nous pouvons découvrir que, concrètement, le chemin qu'elles proposent est d'une exigence très actuelle. Plutôt que de parler de jeûne et d'aumône, il suffit de penser aux exigences si actuelles de la sobriété et du partage.

Oui, dans notre monde, la sobriété est une nécessité, une exigence. C'est pourquoi d'ailleurs une des grandes tentations actuelles est la consommation, la surconsommation. Consentir à ne pas combler tous nos besoins, comme on peut en faire l'expérience en jeûnant, est donc un pas significatif pour contribuer à développer un monde plus juste.

Par ailleurs, aussi longtemps que nous croyons nécessaire de combler tous nos besoins, nous ne pouvons pas savoir ce qu'est le vrai désir. Saint Benoît nous dit dans sa Règle que le Carême doit creuser en nous le 'désir spirituel, dans l'attente de la sainte Pâques', car sans un grand désir, nous ne pouvons pas bien aller vers Pâques. Et il précise même que c'est là que nous pouvons trouver 'la joie de l'Esprit Saint'.

Mes frères, mes sœurs, nous sommes donc invités, là où nous sommes, à trouver la façon juste de vivre le partage et la communion avec tous nos frères humains. En réveillant notre imagination nous pouvons trouver des façons simples, à notre portée, pour mieux répondre à cette exigence élémentaire et urgente. Nous voyons en tout cas que les pratiques antiques évoquées dans l'évangile sont en réalité d'une actualité brûlante, si l'on veut bien être conscients de notre situation.

Mais dans ce contexte, la troisième pratique religieuse, la prière, est bien sûr elle aussi nécessaire, parce que, mieux que toutes les réflexions, elle peut nous accorder à la volonté du Père sur notre terre. La prière est même indispensable, nous le savons bien, pour tenir sur ce chemin vers Pâques, parce qu'elle nous met en contact avec la source de toute Énergie spirituelle.

Entrons donc dans ce 'temps favorable' du Carême en laissant l'invitation de la liturgie pénétrer notre cœur, et en priant le Seigneur, durant cette eucharistie, de nous donner la force pour rester cohérents avec nos convictions.

Pour exprimer cette conviction, le rite des cendres nous permet d'entrer personnellement dans ce temps de conversion et d'humilité. Alors, comme le dit saint Bernard, nous pourrons 'puiser dans notre humilité une nouvelle audace'.

 

Vois ! Aujourd'hui je vous propose la bénédiction ou la malédiction

Moïse disait au peuple : « Vois ! Je mets aujourd'hui devant toi ou bien la vie et le bonheur, ou bien la mort et le malheur. Ce que je te commande aujourd'hui, c'est d'aimer le Seigneur ton Dieu, de marcher dans ses chemins, de garder ses commandements, ses décrets et ses ordonnances. Alors, tu vivras et te multiplieras ; le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays dont tu vas prendre possession. Mais si tu détournes ton c?ur, si tu n'obéis pas, si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous le déclare aujourd'hui : certainement vous périrez, vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre dont vous allez prendre possession quand vous aurez passé le Jourdain. Je prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en vous attachant à lui ; c'est là que se trouve ta vie, une longue vie sur la terre que le Seigneur a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. »

- Parole du Seigneur.

Dt 30, 15-20

Heureux est l'homme qui n'entre pas au conseil des méchants, qui ne suit pas le chemin des pécheurs, ne siège pas avec ceux qui ricanent, mais se plaît dans la loi du Seigneur et murmure sa loi jour et nuit !

Il est comme un arbre planté près d'un ruisseau, qui donne du fruit en son temps, et jamais son feuillage ne meurt ; tout ce qu'il entreprend réussira. Tel n'est pas le sort des méchants.

Mais ils sont comme la paille balayée par le vent. Le Seigneur connaît le chemin des justes, mais le chemin des méchants se perdra.

1, 1-2, 3, 4.6

Celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Il faut que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »

Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu'il renonce à lui-même, qu'il prenne sa croix chaque jour et qu'il me suive. Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier, s'il se perd ou se ruine lui-même ? »

- Acclamons la Parole de Dieu

Lc 9, 22-25